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à notre bon maire. Savez-vous, foutre, pourquoi nous avons mangé à Paris notre pain blanc le premier, et pourquoi nous en avons si difficilement du bis? Voici le fin mot : Pache veut ménager la chèvre et le chou par trop de bonté; moi, je vais vous découvrir le pot aux roses : quand Dumourier fit sa belle équipée, l'ancien comité de salut public, croyant voir ce Mandrin aux portes de Paris, dit, en ma présence, à Pache d'approvisionner Paris à tel prix que ce soit, pour soutenir un siége s'il en était besoin. Pache donna dans le godas, et acheta des farines pour près d'un an; mais quand il fallut faire honneur aux marchés, le gentilhomme Barrère et les autres bougres du comité firent la sourde oreille, et manquèrent de parole au maire qui fut forcé de manquer également à ses engagemens. Les fournisseurs vendirent les blés qu'ils nous destinaient aux marchands de galon de Lyon et aux accapareurs de llarseille. On a été forcé de vider les magasins de Paris, et ça ne se remplit pas dans un jour. Quoique çà soyez tranquilles, les farines ararrivent de tous côtés, et çà ira, foutre. Ah ! qu'eux coups de chien , qu'elles bougres de gabegies, dirent nos commères; en revenant, elles ne firent que jurer avec moi contre ces jeanfoutres. »

Danton vint aux Jacobins le 26 août. Ni le Journal de la Mon. tagne, ni le Républicain français , ne renfermeni le texte entier du discours qu'il prononça pour sa défense. Leur analyse est à peu près la même; nous transcrivons celle du Républicain français, n. CCLXLVII.

« Danton demande à se justifier des imputations qui lui ont élé faites, au moins imprudemment, par des hommes dont il hounore le patriotisme, mais dont il plaint les erreurs. Il cite les faits rapportés par Hébert. Il demande que celui-ci reconnaisse qu'il a été mal informé; qu'il a avancé des faits dont il n'était pas sûr. Il ajoute qu'Hébert aurait dû le prévenir ; il lui aurait démontré amicalement que ce dont il l'accusait, était d'une fausselé évidente. Il lui demande de se rétracter, et de convenir loyalement qu'il a été induil en erreur. Il veut donner à tous ceux

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qui ont pu suspecter son civisme, des explications franches et loyales. Si elles ne suffisent pas, si on persiste à le calomnjer, alors il rassernblera ses détracteurs, et après les avoir confondus, il leur dira : Prenez ma tête !.... ou reconnaissez que je suis un bon patriote. )

Hébert. « Danton a eu tort de prendre pour lui seul ce que j'adressais à l'ancien comité de salut public collectivement. Je ne cache pas cependant que Danton n'a pas rempli dans la Convention l'attente des patriotes.

» L'ancien comité de salut public a entravé toutes les démarches et les efforts de Pache pour procurer du pain à la ville de Paris ; j'ai été indigné de la manière dont on osa traiter, dans ce comité, l'homme le plus pur de la révolution, le patriote le plus zélé et le plus vertueux, le maire de Paris. »

Dufourny. « Au mois d'avril, où Pache avait le plus besoin d'argent pour aprovisionner Paris, Cambon fut celui qui s'opposa le plus fortement à ce qu'il lui en fùi délivré. Un soir, le maire et moi, nous étions au comité de salut public; j'eus la douleur de voir le maire prier, conjurer, se mettre à genoux pour sauver la ville de Paris ; enfin, il obtint, quoique verbalement, de Cambon , une promesse de cent mille écus ; il s'en alla heureux, et avait l'air d'un filou qui vient d'escamoter une bourse.

» Je ne pus in'empêcher, après son depart, de reprocher à ce comité, avec toute l'énergie dont je suis capable, ve traitement qu'ils faisaieni au premier magistral du peuple ; j'en oblins que le soir on se réunirait pour reprendre celle discussion, et je m'en fus chez le maire de Paris pour lui reprocher d'apporter dans ces entrevues plus de verlu domestique que de dignité de magistral.

» Le soir nous y trouvámes Danton et Robespierre, qui bataillaient de toutes leurs forces en faveur de la ville de Paris; mais Cambon ne lâchait rien. Enfin, dit Danton ennuyé, à combien se montent les avances que vous avez faites à la commune de Paris ? A cent dix millions, répond Gambon. Eh bien! s'écria

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Danton, sacrifions cent dix millions et saayons Paris, et dans lui la République. »

Danton. « La simple politique ne me permettait point de dévoiler , en dénonçant le comité de salut public, l'état où se trouvait Paris en ce moment; mais je fis décréter dix millions à mettre entre les mains du ministère de l'intérieur , et je ne cessai de répéter qu'il fallait tout donner au maire de Paris, si celui-ci l'exigeait, pour nourrir ses habitans.) - Après s'être justifié des inculpations d'Hébert, Danton passa à celles qui n'avaient peut

છે être encore été que des bruits de conversation, à moins, comme nous le supposons plus haut, qu'elles n'eussent été articulées à la tribune des Cordeliers. Le journal que nous transcrivons continue ainsi :

Danton finit par répondre à diverses imputations répandues contre lui, à l'occasion de son second mariage. Il invita , après la mort de sa femme, à vérifier son inventaire et l'état de sa fortune chez son notaire. Elle consistait dans le remboursement d'une charge qu'il avait possédée. En se remariant, on prétendit qu'il assurait à sa nouvelle épouse une somme de 140,000 liv.! c'était simplement celle de 40,000 liv., produit de sa charge et de ses travaux ; il s'app'audit d'être né sans-culotte, et d'avoir reçu de la nature des forces suffisantes pour pourvoir à så subsistance. »

Pour que notre histoire des faits révolutionnaires accomplis en août 1793 soit terminée, nous devons encore jeter un rapide coup d'oeil sur ce qui se passa dans les départemens pendant la seconde quinzaine du mois. La correspondance des Jacobins et celle de la Convention nous fourniront les documens que nous allons réunir : nous renvoyons au mois de septembre le bulletin de la guerre extérieure, ainsi que la reddition de Toulon aux Anglais.

Le 17 août la société des Jacobins de Nancy avait été entourée de canons chargés à mitraille par ordre des autorités constituées. Voici le motif et le but de cette démarche. Maugé, commissaire du conseil exécutif provisoire, avait été envoyé à

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Nancy , après le 31 mai. Il trouva la société populaire de celle ville dominée par les Girondins, et il proposa une épuration. Elle eut lieu le 27 juillet, et quatre-vingt-huit membres, parmi lesquels on comptait quarante-cinq fonctionnaires publics, des exdéputés à la Constiluante et à la Législative , des hommes de loi , des négocians, des prêtres et des suppléans à la Convention, furent bannis de la société. Duquesnoy, ex-constituant et directeur des postes à Nancy, était le meneur de ce parti. Plusieurs mouvemens populaires naquirent de cette querelle. La majorité des habitans se prononçait toutefois pour la mesure que les Jacobins avaient prise, lorsque, le 17 août, la municipalité fit cerner le club afin d'en arrêter le président et Maugé. Nous transcrivons du Journal de la Montagne, no LXXXII, le procèsverbal de la séance des Jacobins de Nancy, pendant laquelle ils furent investis.

Séance des amis de la liberté et de l'égalité de Nancy. Présidence du citoyen Bisisse. « Mille voix s'élèvent et annoncent que la société est en bulle à la rage de l'aristocratie.... La société reste calme; elle invite le peuple à la tranquillité et conti

;; nue sa séance..... On avertit que les inculpations contre la société populaire se renforcent; on l'accuse de dépasser ses droits; d'outrer ses delibérations; de précher la desunion, la révolte, l'insurrection.... La société reste dans le calme; elle instruit le peuple.... Elle envoie des députations ; elle tient avec toutes les autorités constituées la correspondance la plus exacte, la plus suivie ; elle invite le peuple, elle l'exhorte à la loi.... Mauge est toujours au sein de la société.... Le péril croit et le peuple en foule se précipite au-dedans et autour de la salle des séances, protège la société populaire........ Vers les six heures du soir, plusieurs citoyens annoncent une partie de la garde nationale, el des troupes en armes.... les canonniers à leur posle reçoivent quatre boîtes à mitraille et deux gargousses à boulet, pour chaque pièce de canon..... Des cartouches sont distribuées aux soldats..... Tous ignorent la destination de ces preparatifs ; tous les rapports confirment qu'ils sont destinés contre Maugé, le pré

et

sident et deux ou trois membres de la société..... La société députe à la municipalité; celle-ci répond qu'elle use de précautions nécessaires pour disperser des rassemblemens dangereux. La société reçoit cette réponse et reste calme..... Les braves canonniers, instruits de ce que l'on attendait d'eux, viennent se réunir avec transport à la société et au peuple..... Maugé est arrêlé, mis à la Conciergerie, à deux heures du matin..... Sa mission nationale est cependant consignée au registre de toutes les autorités légitimes..... La société prend la mesure d'envoyer à la Convention l'extrait abrégé de tous ces faits signés et attestés des braves républicains qui la composent, conforme à l'original.

Suivent plus de cinq cents siguutures. )

Celle pièce fut lue, le 21 août, aux Jacobius de Paris. La société décida qu'elle irait le lendemain toule entière à la barre de la Convention, pour demander une prompie justice contre la municipalité de Nancy (1). Elle y vint, en effet, et sa petition

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(1) La table du Moniteur (t. IV, titre des matières; articles sociétés populaires, société des Jacobins ) dit que la société des Jacobins demanda, en cette circonstance , la peine de mort contre quiconque entreprendrait de dissoudre les sociétés populaires. Ces deux articles portent que leur pétition est insérée dans les numéros CCXXXV de l'an for de la République ( 25 août 1793). La pelition s'y trouve en effet , mais au lieu qu'elle ait pour objet de faire rendre un décret, elle sollicite simplement l'application d'un décret existant : « Une loi, y est-il dit, porte peine de mort contre ceux qui lenteraient de détruire ces foyers de patriotisme. ) - Et c'est bien là le texte de la petition, car nous l'avons collationné à celui du Républicain français , n. CCLXXXI, et nous avons constaté qu'ils étaient entièrement conformes.—En outre, le rapport de Julien de Toulouse sur l'affaire de Nancy (Séance du 24 août) rappelle également que la peine de mort a été décrétée contre toute atteinte à l'existence des sociétés populaires ; il est donc. bien établi que la société des Jacobins n'a pas demandé ce décret, au moios à l'occasion dont il s'agit. Mais voici bien une autre difficulie; malgré nos plus attenlives recherches, nous n'avons pu découvrir dans aucua des nombreux journaux que nous possédons la moindre trace du décret lui-même. Il faut bien qu'il ait existe puisque la société des Jacobins l'invoque, et puisque le rapporteur du comité de sûreté générale en fait mention; ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'a été conservé ni dans le journal officiel, ni daos les autres feuilles. Nous pensons que ce décret fut une mesure de premier mouvement, comme la Convention en prenait si souvent, et que la rédaction définitive en diminua la rigueur; ce qui le prouve, c'est l'historique mème de la pénalité eo malière de dissolution des sociétés populaires. Le 4 juillet 1793, Delacroix (de la Marne) ela ainsi l'attention de la Convention sur ce sujet. «Dans les circonstances où nous nous trouvons, la Convention doit porter son attention sur les sociétés populaires qui ont toujours

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