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ce procès au compte rendu que nous en insérerons dans notre prochain volume.

L'histoire des Jacobins, à la fin d'août, ne se borne point aux débats que nous venons d'exposer. L'opposition des enragés est dénoncée de nouveau dans le club, par le même homme qui altaque maintenant Danton.

A la séance du 21 , Hebert se déchaîna contre Jacques Roux, avec un véritable emportement; jamais ce chef de parti n'avait eu affaire à un aussi implacable antagoniste; aussi, le père Duchesne combattait-il en cela pour ses autels et pour ses foyers.

Jacques Roux, dit Hébert, ce prêtre infâme, qui a beaucoup d'influence dans la section des Gravilliers, avait fait prendre à cette section un arrêté tendant à présenter une adresse à la Convention pour en obtenir la cassation des autorités constituées, adresse dans laquelle le maire lui-même était peint comme un accapareur. Heureusement, cette section a reconnu le piége qui lui était tendu. Elle a rapporté son arrêté, et sera sans doute la première à dénoncer le scélérat qui l'induisit volontairement en erreur. » (Journal de la Montagne, n. LXXXIII.) – La même feuille, même numéro, dans son bulletin municipal, séance du 22, nous fournii, sur les entreprises de Jacques Roux, des renseignemens que nous allons rapporter.

« Le citoyen Truchon, à la tête des comités civils et de surveillance de la section des Gravilliers, obtient la parole et dit: Citoyens magistrals, vous avez dû être instruits que dimanche dernier, vers minuit, Jacques Roux s'est introduit dans l'assemblée de la section des Gravilliers; il y a cassé le président el le secrétaire ; il a également fait casser, à la faveur d'un parti qui s'est fait, les comités civil et de surveillance et le commissaire de police, et il a fait mettre plusieurs personnes en état d'arreslation. La section est entièrement désorganisée : nous demandons que le conseil nomme des commissaires pour se transporter dans notre assemblée, et en réhabiliter les divers membres fonctionnaires publics qui ont été destitués illégalement.

Chaumelle, « Je trouve ici deux délits bien distincts , et plus

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graves l'un que l'autre, le crime qu'a commis Jacques Roux, , en destituant arbitrairement les fonctionnaires publics, et en lançant arbitrairement les foudres de l'arrestation contre plusieurs citoyens, est, sans contredit, très-grave; mais celui qu'il a commis, en prononçant la dissolution d'une assemblée du peuple souverain, en y portant l'esprit de discorde et de division, est beaucoup plus répréhensible. Jacques Roux a attenté à la souveraineté du peuple; quiconque se rend coupable de ce crime est un contre-révolutionnaire, et tout contre-révolutionnaire doit être puni de mort. Je propose que le conseil arrête, que toutes les dénonciations, charges et renseignemens contre Jacques Roux soient renvoyés à l'administration de police; et que néanmoins le conseil nomme six commissaires, pour aller réorganiser sur le champ la section des Gravilliers, et y rétablir l'ordre.

Hébert. « Vous connaissez tous le prêtre Jacques Roux, vous connaissez ce contre-révolutionnaire, chassé des Jacobins et des Cordeliers, expulsé de l'assemblée électorale, où il distribuait des affiches pour se faire députer à la Convention. Cet homme qui affecte de paraitre dans l'indigence, tandis qu'il distribue chaque jour des sommes immenses à des citoyens de la section Gravilliers, pour les corrompre; cet homme dit un jour à l'assemblée électorale qu'il se moquait de la religion catholique; le lendemain il dit la messe, et a continué de la dire tous les jours. Celui qui abuse aussi grossièrement de la foi publique est coupable de tous les crimes. »

Froidure, administrateur de police. « Un mandat d'amener a été lancé contre Jacques Roux et quelques autres de son parti. Je dois l'interroger incessamment, et l'administration a fait des démarches pour se procurer tous les arrêtés qui ont été pris contre Roux, aux Jacobins, aux Cordeliers, à l'assemblée éiec. torale , etc. ) – Le conseil général adopla le réquisitoire de Chaumette.

Le motif qui détermina Hébert à dénoncer Danton était tout personnel. On se souvient qu'Hébert était l'un des candidats préT, XXVIII,

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sentés à la Convention pour le remplacement du ministre de l'intérieur, Garat, et que Paré l'emporta sur lui (20 août). Le crédit de Danton n'était pas étranger à cette préférence. Les hébertistes n'osèrent point l'attaquer nominativement à ce sujet, dans le club des Jacobins ; ils se contentèrent de demander le renouvellement intégral de tous les ministres. Robespierre écarta cette proposition. Ce fut dans un numéro de son propre journal qu'Hébert accusa Danton, mais, d'après la justification de ce dernier, nous devons croire qu'il fut encore accusé ailleurs, car il y repousse certaines inculpations dont nous n'avons trouvé nulle trace, ni dans les séances des Jacobins, ni dans les feuilles du père Duchène : il faut que ce soit du club des Cordeliers qu'elles étaient parties. A cet égard, nous sommes réduits à une simple conjecture; il ne nous reste, en effet, des séances de cette société, publiées seulement dans les grandes occasions, aucun bulletin régulier. Voici les preuves historiques des faits.

A la séance des Jacobins, du 23 août, Robespierre écarta, par cette seule observation, le renouvellement des ministres : « Le ministère, dit-il, est entre les mains de la Montagne, et il doit être conservé; d'abord parce qu'elle pourra le changer s'il venait à dévier des principes par lesquels il doit se conduire; ensuite parce qu'il est en ce moment composé de manière à ce qu'on ne puisse le remplacer sans désavantage. » (Journal de la Montagne, n. LXXXIV.)

Hébert attaqua Danton dans le n. CCLXXVI du Père Duchesne. Il y feint « une grande ribotte à la Courtille avec toutes ses commères, pour leur découvrir le pot aux roses et leur faire connaître les jean-foutres qui sont cause que la République a mangé son pain blanc le premier. » — On se met à table; « enfin nous buvons; à peine avions-nous étouffé deux ou trois enfans de chąur (1) que nous voyons arriver une cotterie de notre

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(1) Ce mot, celui de pingre q 'on lit plus bas , et un grand nombre d'autres, sont des termes d'argot. On voit qu'Hébert, qui prétendait reproduire dans son journal les formes du patois parisien, y parlait tout bonnement la langue des voleurs,

(Note des auteurs.)

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voisinage, tous compères et commères, de braves gens, à l'exception d'un vieux grimaud, gripesou de son métier et tout cousu d'or et d'assignats. Pardi, c'est ben heureux d'rencontrer comme çà, Père Duchesne; n'faisons qu'on écot. Plus on est de foux, plus on rit. Vous voilà donc, ministre manqué, me dit notre vieux pingre? Là sérieusement a-t-on voulu vous donner cette place, Père Duchesne ! Je ne sais pas, foutre, si c'était une frime, mais au moins on m'a mis sur le tapis; et si on avait eu la soltise de vous nommer, auriez-vous fait celle d'accepter ? Citoyen pincemaille, à soite demande, point de réponse. Pardi, citoyen Duchesne, s'écrie la commère Martichon, la ravaudeuse du coin, comme çà serait farce de te voir, avec la vieille souquenille couverte de terre et de plâtre, dans ce beau carosse doré où le vieux Roland se carrait comme un prince. Au lieu de venir pomper avec nous de cette mauvaise piquette de Surêne, le plus chenu Bordeaux, le plus fin Muscat arroserait ton gosier desséché; et vous, commère Jacqueline, comme vous vous dorloteriez dans le boudoir de la reine Coco ! Vous nous donneriez, à notre tour, du nanan et des confitures, comme la vieille Roland à son petit Louvet. Auriez-vous aussi bien arrangé le front du marchand de fourneaux, que madame Coco le crâne pelé de son vieil intérieur ! Nous auriez-vous regardé tous les deux par sus les épaules d'un air de protectioa ! Ce que j'aurais fait, compères et commères ! C'est mon secret ; mais puisque vous me forcez de parler sü' ce chapitre, je vais vous ouvrir mon coeur. Les ambitieux, les intrigans, les voleurs désirent les grandes places, pour pêcher en eau trouble; mais les bougres de ma trempe, ceux qui se foutent des richesses et des honneurs, regardent les plus grandes places comme un fardeau accablant. On ne pouvait me rendre un plus manvais service, que de m'arracher de ma boutique, où je vis heureux, pour me fontre dans une passe où il est presque impossible de faire le bien, et où, sans le vouloir, on fait sonvent beaucoup de mal; je n'aurais pas été quinze jours ministre, sans être villipende de tous côtés; un tas de coquins qui se disputent les places, comme des chiens af,

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famés lorsqu'on leur jelte, seraient tombés sur ma friperie, et dans peu, je n'aurais plus été bon, ni à bouillir, ni à rôtir. Qui trop embrasse, mal étreint. Je me souviens du brave Pache qui arriva , le fouet à la main , dans les bureaux de la guerre, et qui chassa tous les muscadins nommés par les comités de la Convention et par les jean-loutres qu'il remplaçait. Tandis que ce père des sans-culottes suait sang et eau, gardait le boire et le manger pour approvisionner les armées, Dumourier et les bris. sotins qui ne voulaient pas que les armées fussent approvisionnées, le criblaient d'injures; tous les cuistres soudoyés par le roi Coco, tous les journalistes à tant la page, lui reprochaient ses souliers croités , ses mailles échappées, ses coudes percés. Eh bien, foutre; j'aurais été aussi tourmenté, si je m'étais avisé de continuer mes joies et mes colères (comme je n'y aurais pas manqué); les gens du bon ton seraient venus me foutre sous le nez la civilité puérile et honnête, pour m'empêcher de dire mes bougreries. Grand bien te fasse, maître Paré, qui tombes à cette place des nues. Lorsque Danton faisait la guerre aux aristocrates, vous étiez le feu et l'eau; vous voilà amis comme cochons, aussi amis que ce Dantorr l’était de Dumourier; il vient de te donner un brevet de Cordelier, où lu n'as jamais traîné ta savatle. Tout cela prouve que les loups du bois ne se mangent pas.

, M. Pince-Maille, en m'entendant ainsi parler, me dit, en ricanant : vous ressemblez à ce renard, Père Duchesne, qui ne pouvant attraper une grappe de raisin, disait qu'elle n'était pas mûre. La grappe que je tiens, foutu grippe-sou, vaut mieux que celle qu'a attrapée le procureur Paré en s'accrochant sur les larges épaules de son confrère Danton. Je me fous des intrigans de toutes les cabales. Ah çà , Père Duchesne, si tu avais été minisire, nous aurais-tu procuré du pain, me dit la mère Javolte, en rompant les chiens. Oui, ma commère, si on m'avait donné carte blanche pour faire mettre à l'ombre tous les jean-foutres qui accaparent les subsistances, et si, pour me perdre, on ne m'avait pas joué des tours aussi perfides que ceux qu'on a fait

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