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le perdre. On veut en faire un Chabot, c'est-à-dire un homme partout moqué et hué. On a aussi dénoncé Merlin ; que ses accusateurs défendent comme lui la République ! Aujourd'hui on dénonce Bazire, car il est écrit que tout bon patriote sera dénoncé. (Ici Chabot raconte une anecdote déjà connue de nos lecteurs; la proposition qu'il fit à ses amis, quelques jours avant le 10 août 1792, de lui couper la tête et de la promener au bout d'une pique, en accusant les royalistes de l'avoir assassiné.) « Je ne parle pas pour moi, continue Chabot, car je suis fort aise qu'on me dénonce de temps en temps; je ne me suis point aperçu que cela m'ait fait le moindre mal. Si je suis innocent rien n'est aisé comme de le démontrer ; si j'ai quelques petits reproches à me faire, je me suis dit : Chabot, voilà un coup de fouet qui l'avertit d'aller aussi droit que la marches toujours, et de ne point te négliger sur la route. » (Le Républicain français, n. CCLXXXIII.)

Le 25 août , les Jacobins reçurent une seconde dénonciation contre le comité de sûreté générale. On y accusait ce comité et notamment Bazire, d'avoir mis en liberté Dumolard que Dubois-Crancé avait fait arrêter ; d'avoir recommandé Barnave qui était en prison, et cherché à lui procurer la liberté. Defieux annonça que Gilbert-Desvoisins venait d'être arrêté de nouveau , mais qu'on l'avait averti le matin même que tous les moyens étaient mis en usage pour faire évader cet homme, riche de 500,000 liv. de rentes. « Le geôlier qu'il connut autrefois, ajouta Dufourny, et qu'il mit à la place qu'il occupe, se prête à ce projet, soit par reconnaissance, soit par l'espoir d'une récompense proportionnée à ce service. »

Dartigoyte. « Adjoint au comité de sûreté générale, depuis quinze jours, je suis en état de donner sur ious ceux qui le composent des renseignemens exacts. Trois hommes mènent ce comité. Je demande que la société se garde bien de confondre les membres purs qui le composent, avec ceux que la clameur publique a dénoncés avec tant de raison. » (Le Républicain français , n. CCLXXXV.)

Mais des motifs plus sérieux encore que l'indulgence de la

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Convention envers les signataires de la capitulation de Mayence, et la confiance qu'elle continuait à un comité plus que suspect, indisposait contre elle la société des Jacobins. Que leur importait d'avoir les honneurs de la barre à l'heure où ils s'y présentaient ; que leur importait l'accueil distingué fait à leurs propositions, si, au sortir de leurs mains, elles étaient ensevelies dans les cartons d'un comité? Or, il en avait été ainsi de leurs adresses du 20 août, provoquant l'une la destitution des ci-devant nobles des emplois civils et militaires; l'autre, la fixation du prix du pain à trois sous, dans toute la République. Aussi, le 28 août, à la suite d'une discussion orageuse, la société décida-t-elle qu'elle les réitérerait le lendemain en masse. Boy, ce fédéré du 10 août, dont il a déjà été question , fit une sortie violente qu'analyse de la sorte le Journal de la Montagne, n. LXXXIX. « Boy appuie cette demande; il veut que le rendez-vous soit sur la place de la Révolution ; que de là on se rende à la Convention, où on lui dira : Voulez - vous nous sauver ? Sinon, nous prendrons une corde et nous nous sauverons nous-mêmes. (Les tribunes applaudissent.) Un citoyen demande que Boy soit rappelé à l'ordre. Tachereau appuie cette motion, et prétend que le préopinant, que l'on connait à peine, s'empare toujours de la tribune, et cela dans les momens les plus critiques, et cela pour proposer des mesures qui ne devraient point être faites dans la société. (Les tribunes crient qu'il est patriote. Applaudissemens.) Va autre citoyen ajoute que la Convention a mérité la confiance de tous les Français. Les débats continuent. La société marque son improbation; mais les tribunes soutiennent le préopinant. On réclame l'ordre du jour; il est adopté. »

Le tribunal révolution oaire était encore un objet de graves mécontentemens. Chaque jour les dénonciations pleuvaient sur les juges , sur les jurés, sur l'auditoire lui-même. Décrété d'accusation depuis le 28 juillet, Custine n'était pas jugé le 26 août. Le juré Duplain fut banni de la société, pour avoir dit la veille du jour où Charles Laveaux déposa contre Cusline : « qu'il » n'était point prouvé que Custine fût un traitre ; qu'il ne s'agis

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sait pas de propos de clubs pour condamner un homme ; qu'il , fallait des preuves plus solides , et qu'il voyait avec regret

qu'il s'établissait dans les sociétés populaires un système de ca, lomnie qui s'attachait particulièrement aux grands hommes et » aux bons patriotes. » (Journal de la Montagne, n. LXXXVII.)

Robespierre se montra le plus assidu et le plus ardent à blâmer les lenteurs du procès de Custine. Le 25 août il fit à ce sujet des propositions qui furent adoptées par le club, et qui déterminèrent bientôt une loi nouvelle pour la réorganisation du tribunal révolutionnaire. Son discours résume toutes les matières en discussion dans la société, et conclat à l'égard de toutes.

Robespierre, « Il faut faire une guerre éternelle aux agens de Pitt et de Cobourg qui infectent nos villes et nos départemens. Du sommet de la montagne, je donnerai le sigoal au peuple, et lui dirai : Voilà tes ennemis; frappe.

> J'ai suivi les formes avocatoires dont s'est entortillé le tribunal révolutionnaire. Il lui faut des mois entiers pour juger un Custine , l'assassin du peuple français. Dans vingt-quatre heures, ses antogonistes seraient écrasés, si la tyrannie pouvait renaitre pour ce temps-là seulement. La liberté doit aujourd'hui user des mêmes moyens; elle tient le glaive vengeur qui doit enfin délivrer le peuple de ses plus acharnés ennemis : ceux qui le laisseraient reposer seraient coupables.

» Il ne faut pas qu'un tribunal établi pour faire marcher la révolution, la fasse rétrograder par sa lenteur criminelle; il faut qu'il soit actif autant que le crime; il faut qu'il soit toujours au niveau des délits. Il faut que ce tribunal soit composé de dix personnes qui s'occupent seulement à rechercher le délit et à appliquer la peine; il est inutile d'accumuler des jurés et des juges, puisqu'il n'existe qu'une seule sorte de délit à ce tribunal, celui de haute trahison , et qu'il n'y a qu'une seule peine qui est la mort, il est ridicule que des hommes soient occupés à chercher la peine qu'il faut appliquer à tel clelit, puisqu'il n'en est qu’une, et qu'elle est applicable ipso facto.

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» Le comité de sûreté générale a bien des torts à se reprocher; mais la police de Paris en a de même, et il faut la réformer comme lui. Le comité de sûreté générale a, comme le tribunal révolutionnaire, des vices de forme et d'organisation. Il est trop nombreux, et cela seul doit enträver ses opérations, outre que cela rend plus difficile la certitude du patriotisme des membres qui le composent.

» Il est un autre inconvénient qui souvent fait grand tort à la marche des affaires. Le comité de salut public, chargé de déjouer les complois, de quelque nature qu'ils soient, fait souvent arrêter telle personne, que le comité de sûreté générale, dont les fonctions sont à peu près les mêmes, avait fait rechercher aussi ; il en résulte un conflit de juridiction, qui devient souvent nuisible au salut de l'état. Le comité de sûreté générale, fait mettre en liberté ou absout celui que le comité de salut public avait incarcéré et condamné, parce que tous deux ne jugent pas sur les mêmes pièces, et qu'on supprime avec l'un ce qui a servi de base aux jugemens de l'autre, ce qui laisse toujours une porte à l'intrigue.

» Je me résume : réforme du tribunal révolutionnaire, et sa prompte réorganisation sur de nouvelles formes ; il condamnera dans une époque déterminée et toujours très-prochaine, les coupables ou elargira les innocens ; - Création de plusieurs comités révolutionnaires, qui jugeront conjointement les nombreux délits qui se forment tous les jours contre la liberté; Surveillance générale de la police; — Renouvellement du comité de sûreté générale, et sa composition de dix membres seulement, dont les fonctions seront déterminées ; - On tirera une ligne de démarcation entre ses fonctions et celles du comité de salut public. )

Jeanbon Saint-André appuya vivement les propositions de Robespierre. Quand nous avons vu, dit-il, Custine, payer avec de l'or un bouquet que lui offraient quelques femmes, nous n'avons pas été étonnés; quand nous l'avons vu se livrer , à Mayence, à tous les excès du luxe et de la débauche,

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nous ne nous étonnâmes point encore, mais nous avons lieu de l'être, quand nous voyons des hommes estimables se joindre à des femmes abusées pour défendre un conspirateur; quand nous voyons des juges qui devraient venger la patrie sur un traître qui l'a voulu perdre, conniver ouvertement avec lui, et essayer, par tous les moyens qui sont en leur pouvoir, de se soustraire aux lois. Nous arrivons de l'ennemi, et partout nous y avons vu des traces de ses complots. Il n'est pas un soldat qui ne maudisse sa trahison, pas un qui ne puisse offrir la preuve de sa scélératesse.

« Entre voler et ne voler pas, assassiner ou n'assassiner pas, il n'y a point de milieu; mais un général qui paralyse ses troupes, les morcèle, les divise, ne présente nulle part à l'ennemi une force imposante, est coupable de tous les désavattages qu'il éprouve : il assassine tous les hommes qu'il aurait pu sauver. (Ce paragraphe omis par le Républicain français , est extrait du Journal de la Montagne , n. LXXXVII.)

J'ai vu les braves volontaires nationaux, et je l'atteste parce que je l'ai vu, chacun de ces volontaires est un héros.

, Dans l'indignation que me causait la conduite de cet homme abominable, et l'enthousiasme que m'inspirait leur noble ardeur, leur sublime dévouement, je n'ai pu m'empêcher de m'écrier : Si nous eussions eu à la tête de nos armées un général qui valût la moitié de l'un des braves qu'il calomnia tant, l'ennemi n'eût pas souillé notre territoire, et nous eussions conquis l'Europe. Alexandre avec trente mille Macédoniens conquit l'Asie; avec cent mille Français, Gustines n'a eu que des désavantages. Qu'est-il besoin de preuves ? Il n'est qu'un argument contre ce scélérat: Vous aviez des forces imposantes et vous n'avez rien fait, donc vous êtes coupable.» (Le Républicain français, no CCLXXXV.)

Custine fut condamné à mort, le 27 août, à 8 heures trois quarts. Le lendemain à 10 heures et demie du matin, il avait cessé de vivre. Sa belle-fille et le prêtre qui l'avait confessé et conduit à l'échafaud furent immédiatement arrêtés. Afin de ne pas faire un double emploi, nous renvoyons tous les détails de

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