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Brissot, Guadet, Vergniaud, Gensonné, Pétion, Gorsas , Barbaroux, Buzot, etc., l'infáme commission des Douze : ceux-là paraissaient ne s'arrêter que faute de mémoire; d'autres enfin : Purgez la Convention ; tirez le mauvais sang....

Lorsque la Convention quittait la salle de ses séances, les dé. putés (qu'on appelle de la Montagne) furent les derniers à partir. On leur criait de la tribune au-dessus d'eux, je ne sais dans quelle vue : N'allez pas, n'allez pas ; que les bons montagnards restent : mais la plupart sortireni.

Il en resta environ une vingtaine avec Marat. Ils lièrent conversation avec cette tribune affidée ; chacun annonçait hautement, et la rentrée prochaine dans la salle, et le décret d'accusation contre les proscrits.

Tout-à-coup, Marat, craignant sans doute qu'on eût obéi à la Convention, à quelqu'un des postes, sort avec précipitation. Il apprend que la Convention se rend vers le pont tournant; il y accourt très-vivement, suivi bientôt d'environ cent cinquante sicaires déguepillés, qui criaient : Vive Marat! Il s'écrie : Je vous somme , au nom du peuple, de relourner à vos postes que vous avez lâchement abandonnés.

Là, on entendit Marat crier : Sacr.... , il vous faut un roi f....; il vous faut un chef (1). Vous ne pouvez pas nous sauver !

L'assemblée dévore en silence ces humiliations, ces outrages; elle rentre; les tribunes se trouvent occupées par des hommes

(1) Cette provocation avait été trop publique pour que ce scélérat osât la nier. Voici en quels termes il essaya de s'excuser le lendemain a la tribune des Jacobids. (Voyez pag. 36 du journal de la Montagne.) « j'ai été dénoncé pour de

mander un maitre, un chef... Il est désagréable de parler français devant des » ignorans qui ne l'entendent pas, ou des fripons qui ne veulent pas l'entendre.

»Hier soir, à neuf heures, des députations de plusieurs sections vinrent me con»sulter sur le parti qu'elles devaient prendre. Quoi! leur dis-je, le tocsin de la li» berté sonne, et vous demandez des conseils ! J'ajoutai à cette occasion : Je vois > qu'il est impossible que le peuple se sauve sans un chef qui dirige les mouveo mens. Des citoyens qui m'entouraient s'écrièrent : Quoi ! vous demandez un » chef? Non, répliquai-je, je demande un guide et non pas un maitre, et c'est bien » différent. )

(Note de Gorsas.) Voyez cotte séance dans le volume précédent. (Note des auteurs.)

armés de fusils. Les députés sont de nouveau consignés aux avenues de la salle.

Couthon, le traître et lâche Couthon, dit que chacun, maintenant, doit être bien rassuré sur la liberté de la Convention, et qu'il faut faire justice au peuple.

Couthon achève de se couvrir d'infamie, en dictant aux représentans du peuple, et modifiant en société avec Marat , la liste des proscrits. Ils en retranchent trois : Dussaulx, Ducos et Fonfrède; ils en proposent quatre : Fermont, Valazé et les ministres Clavière et Lebrun, et loujours sans aucun motif; ils n'osent pas insister contre Fermont, Ils veulent d'abord que ceux qui ne se sont pas soumis à la suspension, et ceux qui sont absens soient envoyés à l'Abbaye; ensuite ils se contentent de demander que tous soient mis en arrestation chez eux. De généreux députés s'indignent et protestent hautement contre la violence et contre ce qu'on va faire. La liste est décrétée en masse et fort lentement par le président Hérault, quoiqu'un côté ne prit point de part à la délibération, ou n'en prît que pour réclamer.

La séance est levée; mais il était défendu de sortir : il fallut reprendre quelques vains débats et attendre une demi-heure, pendant qu'on allait solliciter la levée des consignes, soit auprès du commandant Henriot, soit auprès du comité révolutionnaire, ou pour mieux dire contre-révolutionnaire. - O Parisiens! voilà ce que les factieux appellent une superbe journée, une belle insurrection morale ; et moi je vous dis que c'est le plus horrible attentat qu'on puisse commettre; c'est un grand mouvement contre-révolutionnaire ; c'est la dissolution de la Convention ; c'est la mort de la République et de la liberté; c'est la ruine enlière de Paris; il ne suffit pas d'agiter vos chapeaux au bout de vos piques et de vos baïonneues, et de crier : Vive la République! Les tyrans arrêtent maintenant par centaines vos parens, vos voisins, vos amis; ils les massacreront demain comme en septembre; ils vous désarmeront; ils vous pilleront, comme ils se luent de le dire depuis si long-temps, et vous feront crier bientôt : Vive le roi !... Vous deviendrez ainsi la risée de l'Eu

rope, le jouet des puissances coalisées et dans les départemens qui s'éveillent enfin. Votre ville superbe ne sera plus qu'un affreux désert, et vous l'aurez bien mérité par votre insouciance. Debout, Parisiens! il est temps encore de sauver la liberté et l'unité de la République; mais il n'y a plus qu'un moyen.

Faites rentrer dans le néant les autorités illégales qui nous oppriment, et ralliez-vous sans délai à l'intégrité de la représentation nationale !!!!

S. Lanjuinais, dans l'exposé qu'on vient de lire, s'est borné à retracer quelques faits sans suivre aucun plan ; il les a retracés à mesure qu'ils se passaient sous ses yeux; et s'ils manquent de cette liaison qui en rend le principe et les conséquences plus faciles à saisir, l'on y trouve au moins cette franchise, cette vérité qui leur donne je ne sais quel caractère touchant qui convainc: voilà encore un fois le motif qui m'a déterminé à les conserver dans toute leur intégrité.

Il n'a point dit, par exemple, et j'ai oublié de le dire moimême, qu'une horde d'anarchistes s'était portée à l'hôtel des postes, et qu'à main armée elle avait arbitrairement mis en état d'arrestation les directeurs : il n'a point dit que le secret de la pensée avait été violé : que tous les jourpaux qui pouvaient éclairer les départemens avaient été arrêtés, leurs aụteurs poursuivis, et que plusieurs avaient été jetés dans les fers.

Il n'a point dit qu'on ne s'était pas contenté de rompre le sceau des lettres même indifférentes, et que les assignats ont disparu de celles qui en contenaient; il n'a point dit que, pendant quatre ou cinq jours consécutifs, aucun des représentans formant la majorité de la Convention n'a reçu ses correspondances; que les plus essentielles qui pouvaient même intéresser la chose publique, ont été interceptées.

Il n'a pas dit qu'à la suite de l'horrible journée du 2, et dès le soir même, les citoyens qui avaient eu le courage de manifester des opinions antiliberticides, ont été incarcérés, arrachés du sein de leurs familles ; il n'a pas dit que plusieurs épouses et mères

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ont expiré de douleur et d'effroi à la suite de ces excès désastreux.

Il n'a pas dit que, comme au mois de septembre, les prisons se trouvant encombrées de victimes, un nombre prodigieux a été parqué dans des édifices publics : atrocité contre laquelle plusieurs sections ont réclamé depuis.

Il n'a point dit qu'indépendamment des trente-quatre proscrits dont les têtes devaient tomber sous la hache d'un certain peuple auquel on avait promis le pillage, des milliers devaient expier, par une mort violente, et au son du tocsin, le crime impardonnable d'avoir essayé de défendre les propriétés, et d'avoir présenté ou signé des pétitions et des adresses contre-anarchistes.

Il n'a point dit qu'on avait voulu faire revivre les listes de proscription qu'un décret de la Convention nationale avait justement anéanties.

Il n'a point dit que, pour couvrir tous ces attentats ou pour les légitimer, on avait fabriqué une foule de prétendues preuves de complots, de trahisons contre les victimes immolées, qui, une fois ensevelies dans la nuit du tombeau, n'auraient pu être évoquées pour venger leur mémoire outragée.

Il n'a point dit que, pour engager les départemens (et ce crime est le plus grand de tous ), que pour endormir leur juste vengeance, ces bourreaux de la patrie, qui, toutes les fois qu'il s'agissait de délibérer sur la constitution, poussaient d'indécentes huées; qui disaient hautement, soit par eux-mêmes, soit par leurs proconsuls, qu'il ne fallait s'en occuper qu'après une guerre dont ils atrisaient le feu, qu'après une guerre que leur désorganisation seule a rendue désastreuse; il n'a pas dit enfin que ces hommes féroces avaient fabriqué, dans leurs cavernes obscures, un squelette informe, auquel ils ont donné le nom de Constilition : constitution qu'ils ne veulent pas, à laquelle ils ne croiellit pas : squelette d'argile enfin, qu'ils briseraient de la même main qui l'a forgé. Audacieux tribuns! tyrans de mon pays! il nous était réservé de respirer quelques instans sur une terre libre, pour voiler vos criminelles trames et pour faire entendre la voix de

dé.

la vérité ! Il nous était réservé de montrer à nu vos forfaits, et d'arracher à vos serres cruelles les derniers lambeaux du corps politique que vous épuisez, que vous déchirez depuis six mois.

Vous avez hésité, vous avez remis au lendemain pour nous dévorer : sans doute nous ne sommes pas encore hors de vos alteintes; vous avez les trésors de l'état ; vous avez des sicaires et des poignards ; mais nous aurons existé assez pour manifester notre innocence et dévoiler vos longs forfaits..... Préparez vos échafauds; appelez vos licteurs ; que nos têtes tombent aujourd'hui sous un fer assassin ; des vengeurs naîtront de nos cendres, et notre mémoire du moins sera vengée!

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