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à mourir ici en faisant son devoir. Je demande donc que tous les membres qui ont obtenu des congés, soient tenus de se rendre à leur poste, et qu'aucun congé ne soit accordé jusqu'à l'achèvement de la constitution (1). » Cette proposition fut vivement applaudie et décrétée. Lakanal fit ensuite adopter le décrel suivant :

« La Convention nationale, ouï le rapport de son comité d'instruction publique, décrète la peine de deux ans de fers contre quiconque dégradera les monumens des arts dépendans des propriétés nationales. »

Il fut encore voté une loi sur les pensions militaires, et immédiatement après, Durand-Maillane, l'un des secrétaires, ininterrompit l'ordre du jour pour annoncer une lettre de Vergniaud. Il commençait à la lire, lorsque plusieurs membres s'opposėrent à ce qu'elle fut continuée, en réclamant l'exécution d'un

વૈ décret qui ordonnait le renvoi au comité de salut public, de toutes les pièces relatives aux détenus. Un secrétaire fit lecture du décret. Alors Doulcet monta à la tribune et déclara qu'il y aurait oppression , sí les lettres des députés arrêtés n'étaient point lues; il demanda que le rapport fùt fait le lendemain sur les dénoncés et sur les dénonciateurs, et qu'on « n'étouffàt pas la voix de ceux qui voudraient prouver les crimes de cinq ou six bandits qui, depuis quelques mois, désolaient Paris. » A cela Thuriot répondit qu'il fallait bien donner au comité le temps de recueillir les pièces et les faits : « S'il s'agissait, en ce moment, dit-il, de prouver la conspiration, je vous apprendrais qu'on vient d'en saisir un des fils dans une lettre adressée à Barbaroux. Cette lettre lui anoonce que les têtes de trois députés tomberont, et qu'on organise à Marseille un bataillon qui aura le même esprit que celui qui devait, dans le jugement de Louis, entourer la Convention, et l'empêcher de prononcer l'arrèt falal. Mais il ne s'agit que de la lecture de la lettre; un décret la prohibe, et j'en réclame l'exécution pour ne pas

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(1) La motion de Lecarpentier, ni le décret qui en fut la cooséquence, ne sont mentionnés dans le Moniteur ; ces faits sont tirés du Républicain, journal des hommes libres, etc., 0. CCXVIII.

( Note des auteurs.)

consumer en de nouveaux débats un temps que vous devez à la chose publique.

Lacaze, Duperret et autres, « car, dit le Républicain, journal des hommes libres , no 218, le côté droit qui, depuis que l'assemblée, s'occupe, non de disputes particulières, mais de l'intérêt général, se trouvait désert, était ce jour-là nombreux et en force pour soutenir la lettre de Vergniaud , » s'opposèrent au renvoi au comité de salut public, et en invoquèrent à grands cris la lecture.

L'ordre du jour fut mis aux voix. Une première épreuve parut douteuse; une seconde épreuve prononça que la lettre serait lue. Voici celte pièce :

Citoyen président, je demande que le comité de salut public, qui devait faire dans trois jours son rapport sur les complots dont trente représentans du peuple ont été accusés,

soit tenu de le faire aujourd'hui. Je demande ce rapport pour la Convention elle-même, qui ne peut tolérer que plusieurs de ses membres soient plus long-temps opprimés.

Lhuillier et Hassenfratz, et les hommes qui sont venus avec eux reproduire une pétition déjà jugée calomnieuse, ont promis les preuves de leurs nouvelles dénonciations. S'ils les produisent, je me suis mis volontairement en état d'arrestation, pour offrir ma têle en expiation des trahisons dont je serai convaincu. S'ils n'en produisent pas, je demande à mon tour qu'ils aillent à l'és chafaud :

» 1° Pour avoir fait assiéger la Convention par une force armée qui, ignorant les causes de ce mouvement, a failli, par excès de patriotisme, opérer la contre-révolution ;

» 2° Pour avoir mis à la tête de cette armée un commandang qui a violé la liberté de la Convention par ses consignes;

, 3. Pour avoir obtenu par violence l'arrestation de plusieurs représentans du peuple, la dispersion d'un grand nombre d'autres ;

» 4° Pour avoir, par l'impulsion terrible, donnée au peuple de Paris, jeté dans tous les départemens le germe des discordes les plus funestes et les brandons de la guerre civile;

» 5° Enfin, pour avoir retenu à Paris les bataillons qui devajent aller dans la Vendée. (Bourdon. Ces bataillons partent à mesure qu'on leur fait délivrer des armes.)

» Citoyens, mes collègues, je m'en rapporte à vos consciences. Votre décision sera jugée à son tour par la nation entière et par la posiérité. Signé VERGNIAUD. »

Le côté droit demanda aussitôt l'impression de cette lettre et l'insertion au bulletin. Il y eut un instant de tumulte pendant lequel on entendit Legendre s'écrier : « C'est pour que les lettres soient mises dans les journaux qu'on vous les envoie ici »; et Thuriot : « C'est pour attiser la guerre civile. » – A peine l'ordre du jour était-il voté sur cette dernière instance que les bancs du côté droit furent dégarnis. « Remarquez, dit alors Bourdon (de l'Oise), comme ce côté de la salle s'évacue. Ces messieurs sont contens d'avoir pu jeter tout à l'heure le trouble dans l'ussemblée. Ils s'intéressent peu aux délibérations importantes dont vous vous occupez en ce moment. Depuis l'arrestation des trentedeux, nous espérions être tranquilles; mais ils ont encore des imitateurs. Je demande qu'il soit constaté dans le procès-verbal que ces messieurs du côté droil ne se sont rendus en grand nombre à la séance d'aujourd'hui, que pour nous troubler, et que la preuve qu'ils sont peu jaloux de faire le bien public, c'est qu'ils se sont retirés au moment même où vous avez entamé la discussion d'une loi utile. » (On applaudit.)

Après quelques décrets sur des objets de finance, après le discours de deux députés de la ville d'Angers qui venaient parler pour les Girondins, et celui d'une députation d'Arras, témoignant sa pleine adhésion au 31 mai, Barrère obtint la parole au nom du comité de salut public.

Ce rapport, si impatiemment attendu, fut la condamnation des journées de juin, en termes aussi clairs que la prudence pouvait alors le permettre. Toute la partie qui concernait les Girondins fut présentée sous forme vague et dubitative. A cet égard le rapporteur procédait par des interrogations : « Qui oserait apprécier encore les suites de ce mouvement? qui est-ce qui, parmi nous, en connaît les rapports secrets et les motifs réels ? . Ce qu'il y a d'assez étrange, c'est que Barrère place à la fin de son rapport un résumé de situation dont chaque mot est une réponse aux questions prétendues insolubles qu'il avait jetées au début. Il y parle, en effet, de Marseille et de Lyon, du projet de plusieurs départemens d'envoyer des suppléans à Bourges, des bruits multipliés de fédéralisme, répandus le long des côtes maritimes.

A l'égard des Jacobins, le rapporteur avait une opinion précise, et il proposait une suite de mesures empreintes de blâme et de méfiance. Elles avaient pour but de briser lous les instrumens insurrectionnels, afin d'en empêcher de nouveaux effets, et de garantir en l'état ceux qui avaient été produits, de sorte qu'ils ne pussent empirer. Ce double résultat devait être obtenu par la suppression du conseil-général revolutionnaire de la Commune, mesure applicable à tous les comités révolutionnaires des sections de la République ; par la sortie de fonctions de l'étalmajor de la garde parisienne et de son commandant-général Henriot, lesquels seraient remplacés au scrutin des quarante-huit sections; par l'attribution à la Convention nationale du droit suprême de requérir la force armée; par une punition de dix ans de fers contre quiconque porterait obstacle à la libre circulation des journaux, ou atteinte au secret des lettres. Tous ces articles du projet étaient exclusivement dirigés contre la Commune de Paris; un dernier article plaçait officiellement en suspicion le côté gauche de l'assemblée : les otages étaient réclamés en ces termes : « Hommes de la Montagne, vous ne vous êtes pas placés sans doute sur ce point élevé pour vous élever au-dessus de la vérité; entendez donc la vérité que le comité m'a charge de vous présenter : l'opinion que la France prendra, el le jugement que les lois de la France porteront sur les inculpations politiques qui pèsent sur les membres qui sont arrêtés, sont des choses encore incertaines. C'est à la France, c'est à la République toute entière qu'appartient un tel jugement. Eh bien! représentans, le comité vous déclare qu'en attendant que la France prononce dans un si grand procès, il est digne de votre dévouement de lui offrir, de lui donner une espèce de garantie personnelle, des otages. »

Ce rapport ne fut mis en discussion qu'à la séance du 8. Ducos parla le premier : il demanda la prise en considération immédiate de tout ce qui avait été proposé contre la Commune. Robespierre s'y opposa avec fermeté, mais aussi avec des ménagemens pour le comité de salut public où se manifestait l'intention des Jacobins de ne rien faire qui pût, soil affaiblir, soit discréditer le pouvoir. Dans leur club, aussi bien qu'à la Commune, il n'avait été proféré aucun reproche, ni enoncé aucune objection. Quoiqu'on improuvât entièrement le projet de Barrère, et qu'on eût lieu d'en être blessé, on avait jugé de bon exemple d'allendre en silence la décision de l'assemblée.

Robespierre commença ainsi : « La sensation que le projet dont il s'agit produit dans l'assemblée, l'extrême intérêt qu'un certain parti parait y mettre, la persévérance avec laquelle on prolonge la séance; tout cela, citoyens, vous annonce que ce projet est de nature à réveiller de dangereuses impressions, à troubler la tranquillité qui désormais doit regner dans celle assemblée et dans toute la République. Ce seul motif suffirait pour engager tous les bons citoyens j oublier ces sortes de mesures, qui ne sont propres qu'à exciter des troubles et des désordres, pour marcher de concert à la paix et à la liberté publique. Ne vous y trompez pas, la patrie ne peut souffrir plus longtemps le désordre qui a régné au milieu de nous. Des armées nous cernent au dehors : nous avons encore des traîtres à craindre sur les frontières ; le feu de la sédition n'est pas éteint au-dedans, et nous devons craindre qu'il s'éveille avec plus de force. Eo effet, jetez vos regards sur l'intérieur: Marseille est en état de contrerévolution ; elle est opérée à Bordeaux : à Lyon, l'aristocratie

à plonge le fer dans le sein des meilleurs citoyens. On voit éclater aujourd'hui la même coalition que nous avons si souvent dénoncée, et qui, depuis si longtemps, a troublé la paix publique, et

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