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TOUS DROITS DE REPRODUCTION,
DE TRADUCTION, D'ADAPTATION ET D'EXÉCUTION

RÉSERVÉS POUR TOUS PAYS.

Copyright 1924, by the Librairie Larousse, Paris.

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Dans le deuxième volume de cette Anthologie, nous nous sommes proposé de réunir les pages les plus caractéristiques des grands prosateurs d'expression française : entre elles nous avons choisi, avant tout, les morceaux ou les passages que l'on cite le plus fréquemment ou bien auxquels on fait le plus souvent allusion 1.

S'il nous a été possible de réaliser notre projet, c'est que la publication d'une Histoire de la Littérature et de la Pensée françaises ?, écrite concurremment avec le présent ouvrage, nous a permis de réduire les biographies aux circonstances essentielles de la vie de l'écrivain et d'en éliminer toutes les considérations littéraires.

D'autre part, dans les notes, nous nous sommes borné à élucider les difficultés dont la solution n'est

pas
fournie

par les dictionnaires communément employés, en particulier par le Larousse élémentaire illustré. En ce qui touche les textes du moyen âge, nous avons toujours modernisé l'orthographe, et, lorsqu'ils étaient écrits en une langue trop éloignée de la nôtre, nous avons cru pouvoir nous permettre d'en donner la traduction, accompagnée ou non du texte.

(1) Lorsque nous citons plusieurs morceaux d'un même auteur, nous suivons l'ordre de la publication des ouvres.

(2) Histoire de la Littérature et de la Pensée françaises, Daniel Mornet, maitre de conférences à la Sorbonne (Librairie Larousse, 1924).

Nos lecteurs ne trouveront pas ici tous les auteurs, toutes les œuvres, toutes les pages qu'ils souhaiteraient d'y rencontrer et auxquels nous-même aurions voulu donner place. Mais, sans invoquer le cadre de la collection et la législation relative à la propriété littéraire, il est des prosateurs qui, pour des raisons tirées du fond, ne sauraient figurer dans un recueil comme celui-ci, destiné à être mis entre toutes les mains ; d'autres ne permettent pas de détacher de leur æuvre un morceau de dimensions raisonnables et formant un tout. Du moins, avons-nous pleine confiance de n'avoir omis aucun grand nom, aucune page célèbre et d'avoir donné ici une idée exacte de la littérature d'expression française. Nous serions heureux si nous pouvions avoir inspiré au plus grand nombre le désir de pousser plus loin

leur étude.

H. B.

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(842)

Les Serments de Strasbourg* Pro Deo amur et pro christian poblo et nostro commun salvament, d'ist di en avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si salvarai eo cist meon fradre Karlo, et in aiudha et in cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradra salvar dift, in o quid il mi altresi fazet, et ab Ludher nul plaid nunquam prindrai, qui meon vol cist meon fradre Karle in damno sit.

Pour l'amour de Dieu et pour le salut commun du peuple chrétien et le nôtre, à partir de ce jour, en tant que Dieu m'en donne le savoir et le pouvoir, je soutiendrai mon frère Charles de mon aide et en toute chose, comme on doit justement soutenir son frère, à condition qu'il m'en fasse autant, et je ne prendrai jamais aucun arrangement avec Lothaire, qui, de mon gré, soit au détriment de mondit frère Charles.

SERMENT DE LOUIS LE GERMANIQUE.

Si Lodhuvigs sagrament, que son fradre Karlo jurat, conservat, et Karlus meos sendra de suo part lo suon franit, si io returnar non l'int pois, ne io ne neüls, cui eo returnar int pois, in nulla aiudha contra Lodhuwig non lui ier.

Si Louis tient le serment qu'il jure à son frère Charles, et que Charles, mon seigneur, de son côté viole sien, au cas je ne l'en pourrais détourner, je ne lui prêterai aucun appui contre Louis, ni moi ni personne que j'en pourrais détourner.

SERMENT DES SOLDATS DE CHARLES LE CHAUVE.

* Serments que prêtèrent à Strasbourg, le 14 février 842, Louis le GERMANIQUE et son frère, CHARLES LE CHAUVE ; leurs soldats les répétèrent : ils constituent le monument le plus ancien de notre langue.

VILLEHARDOUIN*

(1160-1213)

Les Croisés arrivent en vue de

Constantinople Lors se partirent del port d'Avie tuit ensemble. Si peüssiez veoir flori le Braz-Saint-Jorge contremont de nés et de galies et de uissiers ; et molt granz mervoille ére la bialtez a regarder, Et ensi corurent contremont le Braz-Saint-Jorge, tant que il vindrent, la veille de la saint Jehan Baptiste en juin, a Saint Estiéne, a une abbaïe qui ére a trois lieues de Constantinoble. Et lors virent tot a plain Constantinoble cil des nés et des galies et des uissiers ; et pristrent port, et aancrérent lor vaissiaus.

Or poéz savoir que molt esgardérent Constantinople cil qui onques mais ne l'avoient veüe ; que il ne pooient mie cuidier que si riche vile peüst estre en tot le monde, com il virent ces halz murs et ces riches tors, dont éle ére close tot entor a la reonde, et ces riches palais et ces haltes yglises, dont il i avoit tant que nuls nel poist croire, se il ne le veïst a l'ueil, et le lonc et le lé de la vile qui de totes les autres ére soveraine. Et sachiez que il n'i ot si hardi cui la chars ne fremist ; et ce ne fu mie merveille ; que onques si

granz

affaires ne fu empris de nule gent, puis que li monz fu estorez.

Alors ils partirent du port d'Abydos tous ensemble. Ainsi eussiez-vous pu voir fleuri le Bosphore en remontant de nefs, de galères et de navires chargés de chevaux ; et c'était un merveilleux spectacle à regarder. Et ainsi ils coururent en remontant le Bosphore, si bien qu'ils vinrent, la veille de la Saint Jean-Baptiste, en juin, à San-Stéfano, il y a une abbaye qui est à trois lieues de Constantinople. Et alors virent parfaitement Constantinople ceux des nefs et des galères et des navires chargés de chevaux ; , et ils entrèrent dans le port et ancrèrent leurs vaisseaux.

Or vous pouvez savoir que bien regardèrent Constantinople, ceux qui jamais auparavant ne l'avaient vue, qu'ils ne pouvaient

(*) GEOFFROY DE VILLEHARDOUIN, maréchal de Champagne, a joué un rôle important dans la quatrième croisade. C'est, semble-t-il, pour expliquer et justifier le plan suivi qu'il composa ve.s 1207 ses Mémoires sur la Conquête de Constantinople.

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