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que nous les

d'accord avec ce que vous avez éprouvé, avec ce que vous éprouvez tous les jours, nous les noterons ; et nous aurons autant de notes ou de mots, que nous aurons fait d'observations, Alors, il nous sera permis de faire entrer ces mots dans nos discours, sans craïndre que

la clarté nous abandonne un seul instant; car nous aurons la certitude de dire quelque chose de bien connu, toutes les fois

prononcerons; et, par conséquent, la certitude de nous entendre, lorsque nous les emploirons pour nous-mêmes ; et celle encore d'être entendus, lorsque nous nous en servirons avec ceux qui auront fait, ou qui voudront faire les mêmes observations que nous,

En examinant attentivement les diverses affections comprises sous le mot sentir, on ne tardera

pas à s'apercevoir que plusieurs de ces affections diffèrent à un tel point les unes des autres , qu'on dirait qu'elles sont d'une nature contraire.

En les examinant plus attentivement encore, on parviendra à les compter, et·l'on s'assurera qu'elles sont au nombre de quatre.

Obseryons d'abord la première, la seule que, d'ordinaire, admettent les philosophes :

1°. Lorsqu'un objet agit sur nos sens, le

.

mouvement reçu se communique au cerveau ; et, aussitôt, à la suite de ce mouvement du cerveau, l'âme sent, elle éprouve un sentiment. L'âme sent par la vue, par l'ouïe

, par

l'odorat, par le goût et par le toucher, toutes les fois que l'action des objets remue les organes.

Or, cette première manière de sentir doit être considérée sous deux points de vue. Les cinq subdivisions que nous venons d'y remarquer ont chacune un caractère qui leur appartient en propre ; et toutes ont de commun, qu'en même temps qu'elles avertissent l'âme de leur présence; elles l'avertissent aussi de son existence. Sous le premier point de vue,

elles different les unes des autres autant que de tout ce qu'on pourrait imaginer. Aucune analogie ne conduira jamais d'un son à une odeur, ni d'une odeur à une couleur; et rien ne serait plus chimérique que de vouloir se représenter des odeurs sonores, ou des sons odoriférans , des couleurs savoureuses, ou des saveurs colorées. L'expérience , d'ailleurs, apprend assez que celui qui manque d'un sens n'a jamais éprouvé les sentimens analogues à ce sens. Aussi , les a-t-on désignés par cinq noms particuliers, son, saveur, odeur, couleur, toucher.

Mais comme, d'un autre côté, ces cinq espèces de modifications sont toutes senties par l'âme, et que l'âme, lorsqu'elle les éprouve, ne peut pas ne pas se sentir elle-même (t. 1, p. 221), si nous prenons ces modifications par ce qu'elles ont ainsi de commun, savoir , d'affecter l'âme, et de lui donner le sentiment de sa propre existence, alors un seul nom devra nous suffire ; car on ne multiplie les signes , que pour marquer les différences; et, afin d'exprimer que dans tous, et dans chacun des sentimens qui nous viennent par cinq sens différens, l'âme reconnaît toujours une même chose, le soi , le moi, nous dirons qu'elle a conscience d'elle-même. Par la conscience, l'âme sait, ou sent qu'elle est , et comment elle est. Mens est sus conscia , comme dit le latin, plus heureu

le français. Ce sentiment du moi se trouve nécessairement dans toutes les affections de l'âme, dans toutes ses manières de sentir; et nous n'aurions pas fait ici l'observation expresse qu'il est inséparable de la première de ces manières de sentir, si les philosophes ne semblaient l'avoir trop souvent oublié. Vous en verrez un exemple remarquable dans une des leçons suivantes (lec. 5).

sement que

Les cinq espèces de modifications, ou les cinq espèces de sentimens dont nous venons de parler, n'ayant lieu qu'à la suite de quelque impression faite sur les sens, nous les appellerons sentimens - sensations , ou plus brièvement, sensations (1).

Ainsi, tout sentiment de l'âme produit par l'action des objets extérieurs sur quelque partie de notre corps, voilà la sensation; c'est la première manière de sentir que nous remarquons ; et c'est de cette manière de sentir , que nous allons voir naître les premières idées.

Placé au milieu de la nature , et environné d'objets qui le frappent dans tout son être , l'homme reçoit à chaque instant, par son corps, une infinité d'impressions ; et, par son âme, une infinité de sensations.

Que resultera-t-il de ces avertissemens continuels qui invitent l'homme, qui semblent même vouloir le forcer à prendre connaissance de tant d'affections diverses , et des causes qui les produisent.

(1) La signification de ce mot s'étend jusqu'aux affections qui proviennent des mouvemens opérés dans les parties intérieures du corps, sans l'intervention des objets extérieurs telles que la faim, la soif , etc.

Rien, si son âme est passive; tous les trésors de l'intelligence, si elle est active.

Semblable aux corps inanimés, dont la première loi est de persévérer à jamais dans leur état actuel, à moins qu'une force étrangère ne vienne le changer, une âme purement passive conserverait invariables, et pendant toute la durée de son existence, les modifications qu'elle aurait une fois reçues. Et, puisqu'il est vrai que le moment présent, celui qui fuit, et celui qui va suivre , nous trouvent toujours différens de nous-mêmes, il faut qu'il existe une force, dont l'énergie surmonte l'inertie des sensations. Mais que la force qui fait passer

du mouvement au repos, ou du repos au mouvement, leur vient du dehors; celle qui donne la vie aux sensations, qui les agite, qui les réprime, vient de l'âme elle-même, et fait

partie de son essence.

Que serait une âme réduite à la simple capacité d'être passivement affectée? Accablée d'une foule d'impressions qui se cumuleraient sans cesse , pour se perdre sans cesse dans un sentiment confus , où rien ne serait démêlé; heureuse sans connaître sa félicité, ou malheureuse sans aucune espérance de voir un terme à ses maux, sans pouvoir même en former le désir,

au lieu

les corps

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