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men tpourrait-elle satisfaire une raison qui veut s'éclairer? Les connaissances qu'on lui demande tiennent à un problème qui ne peut être résolu qu'autant qu'on a donné la solution d'un pro-.. blème antérieur : et l'on appelle l'ontologie, la science première, la philosophie première!

Mais le premier problème, celui qui a pour objet la manière dont se forme l'intelligence, étant une fois résolu, sera t-il possible d'ordonner enfin les idées ontologiques ; puisque c'est ainsi qu'on veut les appeler? Pourra-t-on en faire un tout qui ait son commencement, son milieu , sa fin ?

Je n'oserais l'assurer; je n'oserais, surtout , me flatter d'y réussir, et de ramener à un système régulier tant de choses, dont plusieurs semblent n'avoir entre elles aueun rapport.

Cependant, il serait possible de remédier , jusqu'à un certain point, à l'excès du désordre. On peut se diriger vers le but, quoiqu'il soit difficile de l'atteindre. Il suffit d'une chose; mais elle est indispensable. Il faut bien se placer en commençant. Et vous ne direz

pas que
c'est en cela

que consiste la plus grande difficulté : elle n'est plus, cette difficulté, depuis que nous avons acquis la certitude que toutes les connaissances ont

à

leur origine dans le sentiment, qu'elles commencent toutes au sentiment.

Partez donc du sentiment; suivez-en les progrès : le sentiment-sensation vous mène aux idées sensibles, et, par ces idées aux qualités des corps, et aux corps.

Le sentiment des facultés de l'âme vous mène à la connaissance de ces facultés, et à l'âme elle-même. L'idée du

corps,

et celle de l'àme, vous mèneront à l'idée de substance; celle de substance, à celle d'essence; celle d'essence, celle de possibilité ; la possibilité, au pouvoir; le pouvoir, à la cause. Vous pouvez encore, par une méthode plus prompte, arriver à cette dernière idée , à l'idée de cause ; car l'idée de cause sort immédiatement du sentiment de la cause sentiment que nous éprouvons aussitôt que

l'activité entre en exercice, ou, du moins, au premier acte de la volonté.

Remontez au sentiment, aux sentimens : vous pouvez les considérer comme successifs, ou comme simultanés. Comme successifs, ils vous donneront tous l'idée de succession, de temps, de durée ; comme simultanés, pourvu que ces sentimens soient des sensations, et que, parmi ces sensations simultanées ou coexistantes, se trouvent des sensations de résis

tance, ils vous donneront les idées d'impénétrabilité, d'extériorité, d'étendue, d'espace.

Les idées de temps et d'espace vous conduiront aux idées de l'indéfini, de l'infini même, autant qu'il nous est donné d'avoir cette dernière idée, laquelle peut nous être suggérée aussi, nous venons de le remarquer à l'occasion de l'idée de Dieu, par le sentiment de notre propre force; ou, pour dire presque la même chose, par le sentiment de notre fai. blesse, etc., etc.

Je sens, messieurs, que je vous donne des aperçus bien superficiels, bien imparfaits , et de simples assertions au lieu de preuves. Aussi n'ai-je promis, et n'ai-je pu vous promettre que les plus légères indications; mais je ne dois pas manquer de dire que les mots que vous venez d'entendre reçoivent, la plupart, un grand nombre d'acceptions, et que les idées que ces mots sont destinés à réveiller, ne sont pas toujours exprimées par ces mêmes mots.

Ainsi, vous trouverez que les qualités et les propriétés, soit des corps, soit de l'âme, prennent les noms de modes, de modifications, d'attributs, d'attributs essentiels, d'attributs accidentels, de qualités premières, de qualités secondaires.

l'essence pre

Vous verrez que, par

la substance d'un être, on entend quelquefois, la réunion de toutes les qualités de cet étre; et, d'autres fois, le sujet, le soutien de toutes les qualités. Au moyen

de cette distinction, vous ne serez pas embarrassés lorsqu'on vous demandera, s'il nous est possible de nous faire une idée des substances.

Vous vous arrêterez sur le mot essence ; vous vous demanderez ce que c'est que mière et l'essence seconde; l'essence réelle et l'essence nominale; l'essence physique et l'essence métaphysique.

Vous chercherez à deviner comment des phi. losophes ont pu enseigner que, dans l'ordre du développement de nos connaissances, l'idée de possibilité précède l'idée d'existence.

En vous occupant de l'idée de cause, vous n'oublierez

pas

de faire un examen attentif des idées de force, de principe, de raison. Vous vous direz que, s'il est permis quelquefois de confondre ces mots dans une même signification, d'autres fois, au contraire, il est de la plus grande importance de les séparer. Il n'y a rien sans raison ; il n'y a pas d'effet sans cause; seront pour vous deux axiomes trèsdifférens; surtout, vous vous garderez de reconnaître des causes partout où vous verrez des

successions; comme s'il suffisait qu'un phénomène se montrât constamment à la suite d'un autre, pour lui devoir son existence.

A la cause, à la force, au principe, se lie la création, dont vous chercheriez vainement l'idée dans quelqu'un de vos sentimens, mais dont le raisonnement vous donnera la certitude.

Dans le sentiment de votre succession, de la succession des actes de votre esprit, de la succession de vos idées, vous trouverez, avonsnous dit, les idées de succession, de temps,

de durée.

Or dans ces idées qui nous représentent le passé, le présent, et même l'avenir, vous verrez l'étonnante propriété par laquelle nous sentons notre existence passée dans notre existence actuelle; et vous chercherez à vous rendre raison de la mémoire.

Vous saisirez cette occasion pour restituer à Descartes une découverte que, mal à propos, on attribue à Locke; savoir , que nous ne connaissons le temps, ou la durée successive des êtres, que par la succession de nos idées et de nos pensées. Voici ce qu'on trouve dans une lettre de Descartes.

<< Prius et posterius durationis cujuscumque

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