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mais pour

le moment, je veux faire une observation qui pourrait nous échapper. Parce

que l'idée des corps nous vient des sensations, on a cru que les sensations suffisaient pour nous donner l'idée du spectacle de l'univers. L'univers est quelque chose de plus que l'assemblage ou la somme de tous les corps. Il est un concert d'élémens, un accord admirable de fins et de moyens, un immense système de proportions et de rapports de toute espèce.

Bornés aux seules sensations, et privés des sentimens de rapport, nous serions dans une ignorance invincible des merveilles de la nature. Nous ne connaitrions ni l'harmonie qu'on découvre dans l'organisation du plus petit insecte, ni l'harmonie qui éclate dans les sphères célestes.

La connaissance du monde physique repose donc sur deux bases, les sensations et les sentimens de rapport; elle exige aussi l'emploi de deux facultés de l'entendement, l'attention et la comparaison. Sans ces deux points d'appui , et sans ces deux leviers , l'âme ne pourrait s'é lever ni aux idées de rapport,

ni

aux idées sensibles; elle ne connaîtrait ni l'ordre qui règne entre les objets extérieurs, ni aucun objet exté

donc ce que

rieur ; elle existerait solitaire, au milieu des mondes qui remplissent tous les espaces.

Si nous ne connaissons les corps que parce que nous sentons, connaitrons-nous l'âme sans avoir recours au sentiment? Mais , quoi ? ignorons-nous

c'est

que l'àme? n'est-ce pas de l'âme que nous parlons dans toutes nos séances , et aurions-nous tant de fois prononcé ce nom sans y attacher quelque idée.

Vous ne le pensez pas, vous ne pouvez pas le penser. Les mots

dont nous nous sommes servis pour désigner les divers emplois de l'activité , et les divers modes de la sensibilité, ne sont pas vides de sens. Nous n'avons pas imaginé que nous étions sensibles et actifs, nous n'avons imaginé ni les facultés de l'âme , ni ses différentes manières de sentir. Ce sont des choses bien réelles ; et comme elles nous sont connues, l'àme elle même nous est connue, ou du moins elle ne nous est pas tout-àfait inconnue. Il est vrai

que

l'âme est une substance inétendue , incorporelle , immatérielle , simple, spirituelle ; mais la connaissance de la spiritualité de l'âme est une suite de celle de son activité et de sa sensibilité.

Une substance ne peut comparer qu'elle n'ait

deux sentimens distincts, ou deux idées à la fois. Si la substance est étendue et composée de parties, ne fût-ce que de deux, où placerezvous les deux idées ? seront-elles toutes deux dans chaque partie, ou l'une dans une partie , et l'autre dans l'autre? Choisissez, il n'y a pas de milieu. Si les deux idées sont séparées, la comparaison est impossible. Si elles sont réunies dans chaque partie , il y a deux comparaisons à la fois , et par conséquent deux substances qui comparent, deux âmes, deux moi , mille , si vous supposez l'âme composée de mille parties.

Vous ne pouvez échapper à la force de cette preuve : vous ne pouvez nier la simplicité de l'âme qu'en niant que vous ayez

la faculté de comparer, ou qu'en admettant en yous seul pluralité de moi, pluralité de

personnes. Il faut donc, pour se faire une idée de l'âme, de l'âme spirituelle, chercher l'origine de cette idée dans le sentiment de l'action de ses facultés, et la cause dans le raisonnement.

Nous sentons l'action du principe pensant; nous prouvons sa simplicité, sa spiritualité. .

Il nous sera peut-être également facile d'indiquer la manière dont nous nous élevons à l’i. dée de Dieu ; mais n'oubliez pas qu'il ne s'agit dans ces indications, ni de l'existence de Dieu,

TOME U.

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de son

ni de l'existence de l'âme, ni de l'existence des corps ; et si , dans le peu que nous venons de dire sur l'âme, on trouvait une preuve existence, comme dans le peu que nous allons dire sur Dieu , une preuve de l'existence de Dieu , nous devrions nous en féliciter, sans doute ; mais ces preuves qui, par l'importance de leur objet, nous demanderont des séances entières , ne sont ici qu'une chose accessoire. Il s'agit, en ce moment, de la formation des idées , non de leur formation complète, mais des élémens qu'il faut mettre en cuyre pour obtenir des idées sûres et vraies, des idées dont on ne puisse ébranler le fondement et contester la réalité.

L'idée de Dieu sera à l'abri de toutes les attaques, si nous en montrons le

germe

dans le sentiment.

Or, comment ne pas l'y voir?

Du sentiment de sa faiblesse et de sa dépendance, l'homme, par un raisonnement naturel, ne s'élèvera-t-il pas à l'idée de la souveraine indépendance et de la souveraine puissance ?

Du sentiment que produisent en lui la régularité des lois de la nature et la marche calculéedes astres, à l'idée d'un ordonnateur supréme?

Du sentiment de ce qu'il faitlui-même, quandil

dispose ses idées ou ses actions pour les conduire vers un but, à l'idée d'une intelligence infinie?

Ces trois idées ne sont qu'une seule idée. Mais comme cette idée unique part de trois sentimens divers, on a pu , en la considérant sous trois points de vue, en faire le moyen

de trois argumens

de l'existence de Dieu, distincts et séparés. Le premier est pris de notre nature, le second, du spectacle de l'univers ; le troisième est connu sous le nom d'argument des causes finales.

Vous arriverez encore à l'idée et à l'existence de Dieu , par le sentiment moral qui nous révèle une destinée future.

Ainsi, la sensibilité humaine toute entière tend vers la divinité. Aidée

par

le raisonnement, et convertie en intelligence, elle s'approche de la divinité elle la voit, elle y touche

presque. Entrer aujourd'hui dans le développement de chacune des manières de sentir qui nous suggèrent l'idée de Dieu , ce serait trop anticiper. Essayons cependant de faire connaître la manière de sentir qui sert de fondement à l'idée de cause première.

Lorsque l'âme agit sur ses sentimens et sur ses idées, nous ne pouvons pas douter que,

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