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dans leur principe. Elles ne sont, à la rigueur, que

l'attention. 6o. La sensibilité, quand elle se manifeste, est, ou sensation, ou sentiment de l'action de l'esprit, ou sentiment moral, ou sentiment de rapport. Il n'en est pas des manières de sentir, comme des manières d'agir , qui ne sont au fond qu'une seule manière d'agir. Les quatre manières de sentir ne dérivent pas les unes des autres. Elles ne peuvent se confondre et s'identifier avec la sensation, comme dans un seul principe.

7°. L'âme peut donc agir , et elle agit sur chacune de ses manières de sentir, par l'attention , par la comparaison , et par

le raisonnement. De cette action qui se multiplie, appliquée au sentiment qui se diversifie, sortiront des idées sensibles, des idées intellectuelles et des idées morales : idées qui seront absolues et immédiates, si elles sont produites par la seule attention ; relatives et immédiates si elles sont produites par la comparaison; médiates ou déduites , si elles sont l'ouvrage du raisonnement.

Quand nous aurons vu toutes ces idées se former successivement, quand nous les aurons comptées, pour ainsi dire, alors nous aurons assisté à la formation de l'intelligence, et le

second problème sera résolu. Mais il ne peut l'être, si l'on n'a d'abord résolu le premier; si l'on ignore les vérités que nous venons d'énoncer; si l'on ne connaît pas la manière dont se forme l'intelligence.

Nous avons essayé de répandre quelque lumière sur cette question fondamentale. Elle doit éclairer à son tour toutes les questions particulières de la métaphysique.

Il nous reste à nous occuper de ces questions particulières et subordonnées. Nous devrons prendre nos idées une à une, examiner si elles sont primitives ou dérivées, simples ou composées, abstraites ou concrètes, de choses ou de mots, réelles ou chimériques, etc.; nous deyrons en un mot, vérifier leurs titres, apprécier leurs qualités, et fixer leur valeur.

Je voudrais aujourd'hui vous faire entrevoir, à l'avance, la méthode qui me paraît devoir être suivie en faisant ces recherches. Mais il faut bien savoir d'où nous venons, où nous sommes, où nous allons.

Vous apercevez, ce me semble, très-distinctement, le point où nous sommes placés sur la ligne que nous parcouronsVotre vil mesure le chemin que nous avons fait sur cette li

gne, la distance qui nous sépare de son origine.

Après la question des facultés de l'âme, objet de la première partie, celle qui s'est présentée à nous au moment où nous sommes entrés dans la seconde, c'est la question de la nature des idées. Nous avons fait quelques pas , nous avons trouvé leurs sources, et presque en même temps leurs causes. Nous nous sommes arrêtés devant ces causes qui nous étaient déjà connues puisqu'elles sont les facultés mêmes de l'entendement. Quels rapports y a-t-il entre leurs effets (1)? quels rapports y a-t-il entre elles (2)? La curiosité nous a retenus devant ces sources. Viennent-elles toutes d'une seule et même source? seraient-elles sans communication ? Voilà ce que nous avons cherché à découvrir. Nous avons tout observé, tout examiné avec le plus grand soin. Plusieurs fois nous sommes revenus sur ce que nous avions vu, pour le mieux voir. Enfin, après une course qui peut

(1) Les effets produits par l'action des facultés de l'entendement, ce sont les idées sensibles, les idées intellectuelles, et les idées morales. Il y a entre ces idées des rapports de différence spécifique.

(2) Il y a entre les facultés un rapport d'identité, puisque dans leur principe elles ne sont toutes que l'attention,

être n'a pas été sans quelque instruction, ni peut-être aussi sans quelque agrément, loin de désirer le repos, nous avons éprouvé le besoin de mettre à leur place chacune des connaissances que nous avions acquises.

Nous savons donc en quoi consiste la nature des idées. Nous savons où elles sont engagées, et comment on peut les dégager. Nous les trouverons facilement toutes les fois que nous voudrons nous en occuper, si nous les disposons avec ordre.

Mais, pour ordonner des idées, il faut les avoir : et on ne les a qu'autant qu'on les a faites. Il s'agit donc de faire nos idées, de réaliser l'intelligence. Jusqu'ici, vide et déserte, elle existe à peine; elle ne sera, que lorsque nous - l'aurons peuplée d'idées, d'images, de souvenirs : que lorsque nous l'aurons enrichie, et comme remplie des trésors de la connaissance et de la vérité. Les sources et les causes de l'intelligence nous assurent qu'elle est possible. Les produits de ces sources, -les effets de ces causes, lui donnent l'existence. Elle fera la gloire de celui qui la cultive, si, de bonne heure, il · lui a confié les semences du beau et du bon; la honte de celui qui la néglige ou la déprave.

La philosophie a été placée devant l'esprit

humain , pour

le défendre du mensonge et des préjugés, pour ne donner accès qu'aux idées vraies, aux notions éprouvées. A-t-elle toujours été fidèle à ses devoirs ? n'a-t-elle jamais été complice de l'erreur? Ne confondons

pas

la philosophie avec les philosophes; disons plutôt comment il nous semble que ceux-ci devraient s'y prendre lorsqu'ils veulent faire, ou refaire, ou vérifier les idées. Je me bornerai à un petit nombre de ces idées, et aux indications les plus sommaires.

Les corps , l'âme, Dieu. Comment l'âme se formera-t-elle une image des corps ? comment pourra-t-elle se voir elle-même? comment s'élèvera-t-elle jusqu'à l'être infini?

Puisqu'il est démontré que toutes les idées ont leur origine dans quelqu'une de nos manières de sentir , et leur cause dans l'action de quelque faculté de l'entendement, nous savons où se trouve la réponse à ces questions.

Et d'abord , des sensations naįssent les idées sensibles"; idées qui nous montrent les corps en nous montrant leurs qualités. Je sais qu'il y a ici des difficultés réelles, dont on a donné des solutions plus ingénieuses que completement satisfaisantes. Je dirai bientôt comment on devraits'y prendre pour lever ces difficultés ;

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