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micien, etc. Mais quand vous vous souvenez qu'il disait : Je préfère le genre

humain à ma patrie; ma patrie à ma famille ; ma famille à moi-même : quand vous vous le représentez sacrifiant aux décisions de l'autorité ce que l'homme de génie a de plus cher, son opinion, sa pensée; alors, oubliant toutes ses autres qualités , il ne reste dans votre esprit que l'image

de sa vertu. L'idée de la vertu est générale ; elle est trèsgénérale. Nul individu de notre espèce , heureusement pour l'humanité et pour les sociétés humaines , ne saurait avoir été toujours étran

à la vertu, ni en avoir effacé toutes les traces. Où est l'âme assez dégradée pour n'en rien conserver ? Dans quel coeur sa flamme estelle éteinte au point de ne jamais laisser échapper quelque étincelle? Mais elle brille surtout dans les Socrate, les Marc-Aurèle , les Fénélon, les Vincent de Paule.

La philosophie n'offre pas de question plus féconde en résultats utiles celle des idées générales ; aucune n'a un rapport plus direct à la conduite que nous devons tenir dans la recherche de la vérité. Comme les idées générales et les noms généraux, sont presque toujours une même chose pour notre esprit , et

ger

, que

que les noms propres n'entrent pas dans les langues des sciences, on voit

que ,

traiter des idées générales , expliquer leur formation, montrer leur indispensable nécessité , et faire sentir en même temps combien elles nuisent quand elles sont mal faites, c'est traiter en effet de l'influence des langues sur la marche directe ou rétrograde , ou sur l'immobilité de l'esprit humain : mais ces importantes considérations appartiennent à la logique plutôt qu'à la métaphysique.

C'est à la logique à nous dire pourquoi , ayant l'invention de ses signes, la science des nombres méritait à peine le nom de science; pourquoi la littérature française n'exista que du moment où la langue eut dépouillé sa barbarie; pourquoi les Chinois, tant qu'ils conserveront leur langue, resteront en arrière des lumières des Européens, etc.

C'est à la logique à décider si les idées générales sont des principes ou des conséquences. Pour résoudre cette question , elle distinguera les connaissances acquises par la simple observation , des connaissances acquises par le raisonnement. Les unes et les autres supposent sans doute quelques idées individuelles ; mais d'un côté, l'esprit se porte à l'instant aux idées

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les plus générales , pour revenir aux individus par

des idées toujours moins générales ; tandis que de l'autre, avançant par un mouvement progressif, il voit ses idées s'étendre à mesure

qu'il s'élève.

;

Les idées générales sont le principe ou le commencement des sciences d'observation elles sont le dernier (résultat des sciences de raisonnement; mais ces choses demandent quelques modifications que je ne puis vous faire connaître aujourd'hui. N'allons pas plus loin, et sachons nous arrêter pour prévenir le moment de la fatigue.

N'oubliez pas, messieurs, tout le mal qu'ont fait et que font encore tous les jours les idées générales; mais n'oubliez

pas le bien qu'elles font, et le plus grand bien qu'elles pourraient

nous faire.

N'oubliez pas surtout que l'intelligence suprême, embrassant tout, et tout à la fois, n'a besoin ni de nos idées générales, ni de notre raisonnement; et que toutes les sciences dont s'énorgueillit le génie de l'homme, ne sont qu’un magnifique témoignage de son impuis

sance.

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DOUZIÈME LEÇON.

Réflexions sur ce qui précède. Indication de

ce qui reste à faire pour compléter un traité de métaphysique. Résumé.

Celui qui s'est engagé dans l'étude d'une science, éprouve, à mesure qu'il se porte en avant, le besoin de comparer l'espace parcouru à l'espace qui lui reste à parcourir. Une telle comparaison le rend plus modeste, ou lui donne des espérances. Heureux, si toujours elle produisait ces deux sentimens à la fois !

Après nous être assurés des facultés élémentaires qui constituent l'entendement, nous ayons essayé d'éclairer de quelque lumière les ténèbres qui obscurcissaient la question des idées. Nous savons en quoi consiste leur nature; nous avons recompu toutes leurs sources; assigné toutes leurs causes ; noté leurs principales espèces.

Sommes-nous au terme de nos recherches ? Non, messieurs; à peine les avons-nous commencées. Cette réponse ne vous découragera

pas; car vous avez senti la nécessité d'un

premier travail, pour vous préparer à ces recherches, pour les rendre plus faciles , plus sûres.

Nous avons, j'ose le croire , tout disposé pour bien commencer. Nous avons demandé aux philosophes un compte rigoureux de leurs opinions. Nous avons passé en revue tout ce qu'ils ont pensé ou imaginé, pour découvrir les principes de l'intelligence. Rien de ce qui les a satisfaits, n'a pu nous satisfaire. Les uns ont mal yu, les autres mal raisonné. Souvent tout a été fautif, les expériences et les théories. Il a donc fallu ne plus suivre des guides qui nous auraient égarés. Nous nous sommes frayé une route aussi éloignée de celle qui était indiquée par les sensations, que de celle qui était indiquée par des idées gravées dans l'âme antérieurement aux sensations,

, que

de toutes celles qui avaient été tentées jusqu'à ce jour.";.'

Nous avons dit : Toutes les idées ont leur origine dans le sentiment ; et nous nous sommes séparés de Platon, de Descartes, de Mallebranche. Nous avons dit : Toutes les idées n'ont

pas leur origine dans la sensation ; et nous avons abandonné Aristote , Locke, Condillac.

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