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classes, les

genres, les espèces , aient leur fondement dans notre propre nature , et ceux qui les fondent sur la nature des choses. Les

genres, les espèces , sont des ressemblances ; et, à la rigueur, les ressemblances ne sont que dans l'esprit de l'homme (leç. 6). Mais, quoique dans les choses tout soit différent, tout n'est pas également différent. Deux chênes different l'un de l'autre ; ils diffèrent encore plus des ormes, des peupliers. Deux oranges se distinguent entre elles ; mais elles se distinguent bien mieux des pêches, ou des pommes. Il y a donc dans les êtres des différences à tous les degrés : or, ce sont les moindres différences qui sont pour nous des ressemblances ; et cela suffit pour autoriser, je ne dis pas pour justifier, ceux qui prétendent que les classes , les

genres , les espèces, ont leur fondement , ou du moins un de leurs fondemens dans la nature des choses. - Nous ne transigerons pas ainsi avec certains philosophes qui confondent les idées générales avec les idées collectives, comme d'autres les ont confondues avec les idées composées ( t. I. p. 414).

L'idée collective consiste dans la répétition d'une même idée. Telles sont les idées d'un

sénat, d'une armée ; d'une forêt, d'une ville , d'un nombre; je ne dis pas de sénat, d'armée, etc. Ces dernières idées sont générales ; elles expriment ce qu'il y a de commun entre les sénats de Rome , de Carthage, d'Athènes, de France, d'Angleterre , de Russie ; entre les armées de Darius , d'Alexandre, de Charles XII; entre les forêts du Nord et celles du Midi , etc. : au lieu que l'idée d'un sénat est la répétition de l'idée de sénateur ; l'idée d'une armée , la répétition de l'idée de soldat; l'idée d'une forêt, la répétition de l'idée d'arbre ; l'idée d'une ville, la répétition de l'idée de maison; l'idée d'un nombre, la répétition de l'idée de l'unité. On a donc cru que

les idées générales étaient ainsi une répétition d'une même idée collection d'idées semblables ; que l'idée générale blancheur s'obtenait en ajoutant la blancheur de la neige , à celle de l'ivoire , à celle du lait; que l'idée générale de la figure humaine résultait de la réunion de la figure d'un enfant, d'un vieillard , d'un blane, d'un nègre. Imaginez le singulier visage qu'on aurait avec l'idée générale de la figure humain'e ainsi conçue.

Il en est de l'idée générale figure humaine ,

comme de l'idée générale homme. Cette idée homme ne représente ni enfant, ni vieillard, ni guerrier, ni magistrat , ni savant , ni ignorant ; elle ne représente rien de ce qui caractérise les individus ; elle se borne à nous faire connaître des qualités communes à tous les hommes. De même, l'idée générale figure humaine ne représente aucun caractère de beauté ou de laideur, de jeunesse ou de vieillesse; elle nous fait connaître les seuls traits qui distinguent la figure de l'homme de la figure de l'animal.

Avant de terminer ce que je me suis proposé de vous dire aujourd'hui sur les idées générales , je dois répondre à une question qu'on m'a faite. On veut savoir si l'idée de la vertu doit être comptée parmi les idées abstraites, ou parmi les idées générales, ou parmi les idées composées. Qu'est-ce que

la vertu? La vertu, nous répond la vraie philosophie, est un désir constant de rendre toutes nos pensées , toutes nos actions, conformes aux lois divines et humaines.

Écrivons ces paroles en lettres d'or, et méditons-les jusqu'à ce que nous puissions nous les appliquer.

Gravons surtout en caractères d'or ces paroles plus belles, plus simples : la vertu consiste à aimer Dieu par-dessus tout , et le prochain comme nous-mêmes.

Sacrifiez vos intéréts à l'intérêt général , vous mériterez le nom de vertueux.

Vous serez vertueux si vous immolez vos pas. sions à la raison.

Toutes ces définitions ont obtenu vos suffrages, parce que dans toutes vous avez reconnu le modèle de ce qu'il y a de meilleur dans la nature humaine. ,

Mais pourquoi quatre définitions d'une même chose? Gardez-vous de vous en plaindre ; désirez plutôt qu'on les multiplie. Chacune montre la vertu sous de nouveaux points de vue; et, mieux nous la connaitrons, plus nous aurons de motifs de l'aimer.

Rappelez ici ce que nous avons dit ailleurs, et plus d'une fois, combien est abusive la méthode qui, supposant aux mots une acception toujours la même, ne peut faire connaître les choses

que

d'une manière extrêmement imparfaite.

Il faut quelque discernement pour choisir, entre plusieurs définitions, celle qui convient le mieux au sujet que l'on traite. Si dans un dis

cours politique vous faisiez consister la vertu à aimer Dieu par-dessus tout ; si dans un discours religieux vous la définissiez

par

la préférence de l'intérêt général à l'intérêt particulier, vous pourriez dire des choses très-vraies, mais très-déplacées. Parlez-vous sur la morale, sur cette partie de la morale qui cherche à relever la dignité de l'homme ? montrez-nous la vertu dans le triomphe de la raison sur les passions, etc.

Comme c'est au choix du terme propre qu'on distingue celui qui sait écrire ; c'est au choix de sa définition qu'on reconnaîtra celui qui sait raisonner.

Nous pouvons répondre maintenant à la question qu'on nous a adressée. L'idée de la vertu est-elle simple ou composée , abstraite ou concrète , générale ou individuelle ?

Elle est composée, puisqu'on peut la définir. Cette réponse suffirait; mais revenez à la première définition, et faites le compte des idées qu'elle renferme , désir , conformité, action , pensée, loi , Dieu , homme.

Elle est abstraite, car vous l'avez séparée de plusieurs autres idées avec lesquelles elle était unie. Fénélon était un savant illustre ; il était archevêque , précepteur d'un prince, acadé

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