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le goût,

L'idée intellectuelle opération de l'áme a été d'abord l'idée d'un acte déterminé d'attention, d'une attention donnée par les yeux , je le suppose. Jusque-là, elle a été individuelle. Cette même idée n'a pas tardé à nous venir d'un acte d'attention donné

par
l'ouïe,

, par ou même d'un acte d'attention indépendant des organes ; et alors elle a été générale. Mais cette idée générale s'individualisera, toutes les fois

que nous penserons à un tel acte d'attention, à une telle comparaison, à un tel acte de la volonté.

L'idée intellectuelle rapport a d'abord été l'idée d'un rapport déterminé; de l'égalité, par exemple, entre les deux mains; ensuite de l'égalité qu'il y'a, et entre deux pièces de monnaie, et entre deux toises, etc.; enfin, cette idée d'égalité, après être devenue d'individuelle générale, redeviendra de générale individuelle, en présence de deux objets égaux, ou par le souvenir de deux objets égaux.

L'idée morale justice nous est venue primitivement du sentiment produit par une certaine action déterminée; ensuite du sentiment produit par un grand nombre d'actions de même nature. Cette idée, d'abord individuelle , puis générale, sera de nouveau indi

viduelle , si nous nous trouvons les témoins d'une action juste , ou si nous pensons à une action individuelle qui soit juste.

Aux idées individuelles, et aux idées générales qui sont dans l'intelligence, correspondent dans le langage, les noms individuels, ou noms propres; et les noms généraux , ou noms

commins.

Le nom propre ne se donne, ne s'applique qu'à un seul individu déterminé. Le nom de Louis XII ne s'applique qu'à un seul roi de France, à celui qui fut surnommé le Père du peuple.

Le nom général s'applique à tous les individus dans lesquels nous retrouvons une même qualité, ou que nous considérons sous un même point de vue. Le nom de roi de France s'applique à tous les chefs de la nation française indistinctement, quand on les considère sous cet unique point de vue , qu'ils ont été chefs de la nation française. Et l'on voit

que les idées générales doivent être plus ou moins générales, comme les noms généraux doivent être plus ou moins généraux. L'idée d'homme est plus générale que celle de roi ; l'idée de roi est plus générale que celle de

roi de France ; et il en est de même des noms de ces idées comparés entre eux.

Or, on a donné aux idées générales et aux noms généraux le nom de classes. · L'idée, le nom,

la classe histoire, ont plus de généralité que l'idée, le nom, la classe histoire de la philosophie. Histoire de la philosophie a plus de généralité que l'idée, nom, la classe histoire de la philosophie ancienne.

De même, la classe corps est plus générale que

la classe végétal ; celle de végétal plus générale

que

celle d'arbre; celle d'arbre plus générale

que

celle de chêne. Enfin, pour terminer cette nomenclature chaque classe prend le nom d'espèce, quand on la compare à une classe plus générale , et le nom de genre, quand on la

compare classe moins générale. La classe arbre est espèce, par rapport à la classe végétal ; genre, par rapport à la classe chêne.

L'idée générale est donc une idée qui nous fait connaitre une qualité, un point de vue qu'on retrouve dans plusieurs objets. Elle nous fait connaître une qualité commune, un point de vue commun à plusieurs objets. Elle est une idée de ressemblance; voilà pourquoi les noms généraux , signes d'idées générales, ont été dé

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à

une

finis, termes de ressemblance, termini similitudinis.

Aucune question n'a divisé davantage les philosophes, que la question des idées générales , qui, en divers temps, ont été appelées simplement idées, ou formes, ou essences, ou natures universelles, ou universaux ; elle les a divisés chez les Grecs, dans le moyen âge, et elle les divise encore.

Il n'est pas facile d'exposer clairement la philosophie des Grecs , sur les idées générales. Voici, autant du moins que j'ai pu les saisir , les opinions de trois de leurs philosophes les plus célèbres (1).

Platon observe que toujours l'homme, dans ses ouvrages , imite, ou cherche à imiter un modèle. Il n'importe que ce modèle existe réellement, ou qu'il soit un produit de l'imagination. Le Jupiter Olympien à son modèle dans l'imagination de Phydias. Apelles , en peignant Alexandre, à son modèle dans la

personne d'Alexandre. L'historien raconte, d'après des modèles qui existent, ou qui ont existé. Homère décrit la ceinture de Vénus , d'après un modèle de sa création.

(1) Voyez la 59. et la 65e. lettre de Sénèque à Lucilius.

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La nature, dit Platon, ne procède pas autrement. Les pierres et toutes leurs espèces; les plantes et toutes leurs espèces; les animaux et toutes leurs espèces ; l'homme, son corps, son âme ; le soleil, les astres, tous les êtres en un mot, portent l'empreinte d'autant de modèles que nous voyons de variétés dans l'univers.

Or, Platon donne à ces modèles le nom d'idées. Les idées existent avant les choses créées ; elles sont éternelles, incorruptibles , impérissables. Renfermées dans le sein même de la Divinité, elles ne participent à aucụne des imperfections des êtres créés. L'humanité, qui est le modèle d'après lequel sont formés tous les hommes, subsiste éternellement. Les hommes souffrent et meurent ; l'humanité demeure inaltérable; l'idée est toujours la même.

Aristote rejette ces idées éternelles; il place l'humanité dans les hommes , l'animalité dans les animaux. Suivant ce philosophe, les êtres sont composés de matière et de forme. La matière est la même dans tous; la forme seule varie ; non qu'il existe dans la nature autant de formes

que d'individus , mais seulement autant que d'espèces.

Les minéraux, les arbres, les animaux ,

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