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sorte qu'on pourrait dire, et qu'on devrait dire, pour parler conséquemment à cette langue, que l'abstraction est le produit de l'abstraction; la pensée, le produit de la pensée ; l'entendement, le produit de l'entendement.

Ne soyons plus étonnés que tant de bons esprits éprouvent de la répugnance à lire les ouvrages des métaphysiciens. Je me borne à une critique générale. Vos lectures vous fourniront assez d'applications.

Maintenant que nous sommes familiarisés avec ces mots, abstraire, abstrait, abstraction, nous trouverons quelque facilité peutêtre à résoudre des questions qui nous auraient embarrassés.

Et d'abord, nous apprécierons une espèce de formule qui , depuis quelque temps, est dans toutes les bouches , et qui a acquis presque

l'autorité d'une sentence : votre idée est abstraite, c'est une chimère ; votre raisonnement porte sur une abstraction , sur un pur rien.

Une idée abstraite est une chimère, une abstraction n'est rien! ce sont donc des chimères que les idées qu'on prend dans les livres des mathématiciens? ce sont des chimères, que les idées du froid, du chaud, de la faim ,

purs riens,

riens, que

de la soif? ce sont de

l'entendement, la volonté, la pensée ? car enfin ces idées sont abstraites. Ces choses sont des abstractions.

Eh quoi ! c'est en réunissant des qualités abstraites qu’on forme des réalités ; et vous voulez que les qualités abstraites ne soient rien !

Abstraire, c'est séparer, ôter : on ne peut pas séparer des riens; et, si l'on ôte, il faut bien qu'on ôte quelque chose. Non, dites-vous, on n’ôte rien. On n'abstrait donc pas; et c'est votre critique qui ne porte sur rien.

Et, si quelqu'un nous blâme de faire trop d'abstractions, nous lui répondrons : Adresseznous vos reproches sans faire des abstractions; nous tâcherons de vous imiter,

Et si, dans l'intention de nous effrayer, on nous proposait une question abstraite, bien abstraite; nous dirions : Tant mieux, elle en sera plus simple, plus aisée.

Comment a-t-on pu croire à la difficulté des abstractions, quand tout, dans l'homme, l'oblige d'abstraire, les sens,

la pensée, la parole ?

Mais peut-être en est-il du mot difficulté ,

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comme de tant d'autres dont on ne s'est jamais rendu compte.

Rien n'était plus difficile , il y a trente ans, que

de s'élever dans les airs ; depuis l'inventeur des ballons , rien n'est plus facile. Rien n'était plus difficile que

la démonstration de plusieurs théorèmes de géométrie ; on à trouvé ces démonstrations; personne aujourd'hui ne se plaint de la difficulté. Qu'y a-t-il de plus difficile

que

la métaphysique, si l'on en juge d'après l'opinion générale ? Nous avons examiné les deux questions qui sont le fondement de cette science, la ques. tion des facultés de l’áme, et la question de l'origine de nos connaissances. Avez - vous trouvé quelque chose de très-pénible dans ces recherches? ont-elles exigé une attention fatigante, une contention extraordinaire ? et encore, si nous n'avions craint de blesser votre sagacité, combien

peu

il nous eût coûté de ramener nos explications à des termes plus simples ! combien peu aussi de rapprocher nos preuves, de serrer nos argumens, afin qu'on pût tout saisir d'un

coup

d'vil! Nous avons pensé qué, pour produire des souvenirs durables , une seule impression, quelle que fût sa force, ne saurait suppléer

y a

une suite d'impressions moins vives, mais sou. vent renouvelées.

Nous avons pensé que la vue de l'esprit veut être ménagée comme celle da corps.

IL quelque analogie entre la manière dont les yeux reçoivent la lumière du soleil, et la manière dont l'intelligence reçoit la lumière de la vérité. C'est par des gradations insensibles que les ténèbres du sentiment doivent faire place à la clarté des idées, comme c'est par

des gradations insensibles

que

les ténèbres de la nuit font place à la clarté du jour.

L'effet d'un ouvrage dramatique est manqué, si l'intérêt se ralentit. Un

ouvrage

didactique perdra tout son prix, si la lumière ne va pas toujours croissant ; car le développement des idées et le développement des passions sont assujettis à la même loi.

Que les métaphysiciens observent ces choses; qu'ils se règlent d'après les besoins de notre esprit; on ne se plaindra plus des difficultés de la métaphysique.

J'ai bien peur que beaucoup de ces questions , qui, de tout temps, ont passé pour si difficiles, ne soient des questions de tout temps mal résolues, ou même des questions impossibles à résoudre.

Mais une science, l'algèbre par exemple ; n'est-ce pas une chose difficile ?

Une science bien traitée, l'algèbre, la géométrie , la physique, la métaphysique, la morale , l'économie politique, etc.; une science bien traitée , nous l'avons dit, est un ensemble de propositions liées entre elles, de manière que chacune , à la fois conséquence et principe, développe celle qui la précède, pour être à son tour développée par celle qui la suit. Dans cet enchaînement de propositions, il n'y a point de difficulté réelle : la première proposition est toujours aisée; elle est, ou doit être évidente par elle-même ; sans quoi elle aurait besoin d'être prouvée, et elle ne serait pas première ; la seconde , la troisième et les autres, reçoivent leur évidence de celles qui les précèdent immédiatement : lors donc qu'on est arrivé à la douzième, à la vingtième proposition, il suffit , afin de la comprendre , d'avoir déjà compris toutes celles qui l'ont amenée.

J'avoue que vous aurez de la peine à la saisir, ou même que vous ne la saisirez pas, si vous avez franchi les intermédiaires, ou si la science que vous étudiez est mal exposée. Mais, dans le premier cas, ce sera votre faute; et dans

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