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rons de ne pas prendre des chimères

pour

des réalités.

Nous avons parlé ailleurs des idées absolues et des idées relatives, ainsi

que

des idées de choses et des idées de mots. Je n'ajouterai rien maintenant à ce que nous avons dit dans une des dernières leçons, et dans la première partie (t. 1, p. 339). Je me hâte d'arriver aux idées simples et aux idées composées, qui demandent quelques développemens. Je traiterai à leur suite des idées abstraites et des idées nérales, qui en exigent davantage.

Une idée s'mple est une idée unique; on ne saurait la décomposer en plusieurs autres idées. L'idée composée est un agrégat d'idées, une réunion d'idées.

Sont simples, ou approchant de la simplicité, 1°. les idées que nous acquérons par l'action des sens isolés, les idées des couleurs, des sons , des saveurs,

des odeurs, et de plusieurs qualités tactiles, comme le froid, le chaud, la solidité, etc.

A la vérité, chacun de nos sens nous fournit des sensations composées , qui peuvent donner lieu à plus d'une idée. Une odeur est souvent la réunion de plusieurs odeurs ; un son,

la réunion de plusieurs sons. Alors, si l'on décom

pose la sensation qu'on éprouve, chacune des sensations partielles fera naître une idée simple.

L'idée est encore simple, quoique occasionée par une sensation composée , lorsque nous ne décomposons pas cette sensation. L'idée du blanc est une idée simple, quoique provenant d'une sensation susceptible de se diviser en une multitude de sensations distinctes. Peut-être

у a-t-il des êtres sensibles tellement organisés , que

la couleur blanche n'existe pas pour eux, et qui voient les couleurs variées du prisme, où nous ne voyons qu'une seule couleur, couleur simple par rapport à nous, mais composée en elle-même.

2o. Ne sont pas simples les idées des facultés de l'âme. La liberté, la préférence, le désir, sont des facultés qui en comprennent d'autres. Le raisonnement se compose de comparaisons; la comparaison résulte de deux actes simultanés d'attention. Les idées de l'entendement et de la volonté sont, à plus forte raison, des idées composées. L'idée de la seule attention est simple; elle ne se compose pas des idées de plusieurs facultés.

3o. Sont simples les idées morales qui sortent immédiatement de divers sentimens moraux. Comment décomposer les idées de la joie, de

l'amitié, de la tendresse ? Comment décomposer l'idée de l'amour maternel?

4o. Sont simples les idées de rapport, lorsque de deux idées comparées il ne sort qu'un seul rapport, ou lorsque l'esprit n'en considère qu'un seul. Telles sont les idées d'égalité, de supériorité, d'extériorité, d'anteriorité , de commencement, etc., et leurs contraires.

Sont composées les idées de rapport, lorsque les termes de la comparaison donnent lieu à un certain nombre de

rapports , et que

l'esprit veut les saisir tous, ou plusieurs à la fois; comme si, d'une seule vue, on voulait embrasser tout ce qu'ont de semblable ou de différent la constitution politique de la France et celle de l'Angleterre. Remarquons ici

que, pour obtenir l'idée d'un rapport déterminé, nous n'avons

pas

besoin de deux objets déterminés. L'idée d'égalité peut nous venir de la comparaison de deux figures de géométrie , de celle de deux nombres. Elle peut nous venir de la comparaison de deux objets physiques. De même nous pouvons obtenir l'idée de supériorité en comparant la hauteur d'un chêne à celle d'un roseau, en comparant le génie d'Homère à celui de Lucain.

L'idée de rapport n'est donc pas une même chose que

l'idée des deux termes de la comparaison. Les termes de la comparaison peuvent changer mille fois, et l'idée de rapport rester toujours la même. Et ceci confirme ce que nous avons dit dans une de nos leçons précédentes;

savoir,

que
l'idée de

rapport est une troisième idée résultant de la présence simultanée de deux idées ( leç. 6).

5°. Nous rangerons parmi les idées simples, plusieurs idées qu'on est porté à regarder comme composées ; les idées d'étendue, de temps, de mouvement, et plusieurs autres qui ne sont que la répétition d'une même idée. Qu'on divise une ligne en deux parties, qu'on la divise en quatre, qu'on la divise à l'infini, on ne trouvera jamais que des longueurs dans des longueurs. J'en dis autant des solides, des surfaces, du temps, du mouvement, des angles, etc. Si l'on

l'on objecte que le solide se compose de trois dimensions, la surface de deux; que le temps se compose du passé, du présent et du futur; que l'idée du mouvement renferme celle du temps et celle de l'espace ; je réponds qu'un solide se compose de solides, ou plutôt qu'il est un assemblage de solides, qu'on ne

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peut le concevoir que comme un assemblage de solides ; qu'en divisant le temps en passé, présent et futur, on le divise en trois temps ; et que l'idée du mouvement, quoique inséparable de l'idée du temps et de celle de l'espace, est une idée différente de ces deux idées. Je réponds en second lieu, que si la comparaison de la ligne avec le solide vous laisse voir dans le solide une sorte de composition, je le veux bien; mais souvenez-vous que cette prétendue composition n'est autre chose qu'un arrangement imaginé entre des lignes ou des longueurs.

6o. Enfin, nous devons compter parmi les idées plus ou moins simples, les idées partielles dont la réunion forme une idée composée. Ainsi l'idée de la pesanteur, de la ductilité et de la malléabilité de l'or, sont réputées simples; soit qu'en effet elles ne puissent pas se diviser en d'autres idées; soit qu'on leur donne le nom de simples par opposition à l'idée de l'or, qui comprend un grand nombre d'idées. Et comme, en voyant

de l'or ou en ý pensant, on ne peut s'occuper d'une manière spéciale de sa pesanteur, sans perdre de vue ses autres qualités, ni portér l'attention sur l'idée particulière de pesanteur, sans séparer dans

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