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rase ?

comparée à

étant très-peu sensibles, et comme cachés dans sa substance, on aurait pu les assimiler, non à ces traits qu’on forme avec une plume et de l'encre sur la surface du papier, mais à ceux qui sont cachés dans l'intérieur et dans l'épaisseur de la feuille; la comparaison eût été, je n'ose pas dire plus juste, mais du moins plus naturelle.

L'âme, au premier moment de son existence, est-elle tabula rasa, table

Oui et non. Voulez-vous parler des idées des connaissances ? l'âme peut être une table rase. Parlez-vous des facultés, des capacités, des dispositions? la comparaison ne saurait avoir lieu ; elle est fausse. L'âme a été créée sensible et active. La faculté d'agir ou de penser, et la capacité de sentir, sont innées. Les idées., au contraire, sont toutes acquises; car les premières idées qui éclairent l'esprit supposent les sensations, qui elles-mêmes sont acquises:

Les idées innées, sous quelque forme qu'on les présente, de quelque nom qu'on les décore, de quelques couleurs qu'on les embellisse, ne soutiennent donc pas l'examen d'une raison qui veut se satisfaire ; et la philosophie, en les

créant, s'oublia elle-même pour faire l'oflice de l'imagination.

Non, l'homme ne vient pas au monde pourvu d'idées , riche de connaissances ; l'ignorance est son état primitif; il ne peut en sortir qu'à mesure que la vivacité du sentiment réveille les facultés qui doivent lui fournir une intelligence.

Des connaissances antérieures à tout sentiment sont une chimère. Nous ne savons qu'autant que nous avons senti , et qu'autant que nous avons appliqué les facultés de notre esprit à nos différentes manières de sentir. Nous ne savons que ce que nous avons appris : vérité triviale qu'il est bien extraordinaire qu'il faille demander à la philosophie.

Si quelque partisan des idées innées, frappé. des réflexions que je viens de vous présenter, voyait avec peine le renversement d'un système qu'il chérissait , je lui dirais :

Je suis aussi fàché que vous que nos con-. naissances ne soient

pas

innées. Plût à Dieu que nous les apportassions toutes en venant au monde ! mais la nature en a ordonné autrement. Elle a voulu qu'à l'exception des idées qui sont nécessaires à notre conservation, et qu'elle nous montre en jouant avec nous, pour

:

ainsi dire , presque toutes les autres lui fussent arrachées avec violence. Ce n'est pas en restant oisif que l'homme a trouvé les sciences, et qu'il a inventé les arts. Aussi peut-il, à juste titre, s'en glorifier comme d'une conquête; heureuse conquête qui le récompense magnifiquement de ce qu'il a fait pour l'obtenir. Il a mis un siècle à s'emparer d'une vérité; il en jouira pendant des milliers de siècles. Doit-il se plaindre de sa condition ?

« Comme nous sommes condamnés à gagner notre vie à la sueur de notre front, il faut, dit Mallebranche , que l'esprit travaille nourrir de la vérité. Mais croyez-moi , ajoutet-il, cette nourriture des esprits est si délicieuse, et donne à l'âme tant d'ardeur, lorsqu'elle en a goûté, que , quoiqu'on se lasse de la chercher, on ne se lasse jamais de la désirer et de recommencer ses recherches; car c'est

pour
elle

que nous sommes faits. »

( Entret. métaph. t. I, p. 9. )

pour se

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NEUVIÈME LEÇON.

Distribution des idées sensibles, intellectuelles

et morales , en différentes classes.

Aucune idée n'est innée. Aucune idée ne fut originairement gravée dans nos âmes par la main de la nature. Toutes sont dues à notre activité propre.

De la sensation, l'esprit fait sortir les idées sensibles ; du sentiment de l'action de ses facultés , et du sentiment des rapports , les idées intellectuelles ; du sentiment moral , les idées morales.

Ces trois espèces d'idées, ou plutôt ces quatre espèces d'idées, puisque les idées intellectuelles en comprennent deux, se divisent chacune en un certain nombre de classes et de mêmes classes. Elles sont :

Vraies ou fausses,
Claires ou obscures,
Distinctes ou confuses,
Complètes ou incomplètes ,
Réelles ou chimériques,
Absolues ou relatives,
De choses ou de mots.

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Elles sont simples, composées, collectives, abstraites, générales. Toutes ces classes n'ont pas ,

il s'en faut, une égale importance : il suffira presque d'avoir énoncé les premières. Nous nous arrêterons sur les dernières, particulièrement sur les idées abstraites et sur les idées générales. Car, de ces deux sortes d'idées dépend surtout l'intelligence de l'homme.

Cependant nous ne partageons pas l'opinion de ceux qui rejettent comme inutiles, ou comme mal fondées, la plupart des divisions que nous venons d'indiquer.

Toute idée considérée en elle-même, disentils, est claire, distincte; elle est complète , réelle; elle est encore vraie, s'il est permis d'attribuer aux idées une qualité qui ne conyient qu'aux jugemens.

Ces assertions ne sont pas aussi décisives qu’on se l'est imaginé.

Sans doute, rien n'est moins judicieux que de multiplier les classes au delà du besoin. C'é. tait le grand vice de la méthode des scolastiques, parmi lesquels je citerais Raimond Lulle s'il restait le moindre souvenir de ses catégories. C'est aussi le vice de quelques modernes, dont les écrits semblent vouloir faire revivre la

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