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:

vous n'ayez

pas
démontré

que

les idées soient innées.

Mais , dit-on, pour appuyer l'opinion de Leibnitz : les idées ne sont-elles pas à l'âme ce que la lumière est au soleil ? or, le soleil ne peut exister sans lumière; l'âme ne saurait donc exister sans idées; et l'on croit avoir prouvé quelque chose lorsqu'on a fait une comparaison.

Les comparaisons sont destinées à montrer plus vivement leur objet. Voilà tout ce qu'on a droit d'en attendre. Le soleil ne

peut

exister sans lumière ; donc l'âme ne peut pas exister sans idées. Quel rapport, je vous le demande, entre le principe et la conséquence?

Qu'on laisse une comparaison fondée uniquement sur cette métaphore, que les idées sont la lumière qui éclaire les esprits, comme les rayons émanés du soleil et des astres, sont la lumière qui éclaire les corps.

4o. Venons à Descartes, et prouvons , contre l'opinion universelle , qu'il n'admet pas d'idées innées. Il admet bien le mot, mais il rejette la chose.

Si, en effet, ce n'est pas un paradoxe que nous avançons, qu'on juge combien il faut se tenir en garde contre les discours des hommes.

Tous les philosophes, sans en excepter un seul , regardent Descartes comme l'auteur du système des idées innées. Voyons ce que

dit Descartes :

Hobbes lui objecte : « Je voudrais bien savoir si les âmes de ceux-là pensent, qui dorment profondément et sans aucune rêverie. Si elles ne pensent point, elles n'ont alors aucunes idées, et par conséquent, il n'y a point d'idée qui soit née et résidente en nous-mêmes : car, ce qui est né et résidant en nous-mêmes est toujours présent à notre pensée. » (Méditations de Descartes , t. I, p. 169, in-12.)

Réponse de Descartes. « Lorsque je dis que quelque idée est née avec nous, ou qu'elle est naturellement empreinte en nos âmes, je n'entends pas qu'elle se présente toujours à notre pensée ; car, ainsi, il n'y en aurait aucune; mais j'entends seulement que nous avons en nous-mêmes la faculté de la produire. » (Id. )

Que disent les adversaires des idées innées? Tiennent-ils un autre langage que Descartes ? Écoutez le passage suivant :

« Je n'ai jamais écrit ni jugé que l'esprit ait besoin d'idées innées qui soient quelque chose de différent de la faculté qu'il a de

penser Mais, bien est-il vrai que,

reconnaissant

que j'ai de

qu'il y avait certaines idées qui ne procédaient, ni des objets du dehors, ni des déterminations de ma volonté, mais seulement de la faculté

penser... ; pour les distinguer des autres qui nous sont survenues, ou que nous avons faites nous – mêmes, adventitiis aut factis , je les ai nommées innées ; mais je l'ai dit au même sens que nous disons que la générosité, par exemple, est innée dans certaines familles, ou que certaines maladies, comme la goutte ou la pierre , sont innées dans d'autres; non pas que les enfans qui prennent naissance dans ces familles soient travaillés de ces maladies dans le sein de leur mère, mais parce qu'ils naissent avec la disposition ou la faculté de les contracter. » (Lettres de Descartes, tom. 2, p. 463–64, in-12.) Се

passage est-il assez formel, assez décisif? Voici quelque chose de plus décisif encore :

« Lorsque j'ai dit que l'idée de Dieu est innée, je n'ai jamais entendu autre chose que ce que mon adversaire entend, savoir : que la nature a mis en nous une faculté par laquelle nous pouvons connaître Dieu; mais je n'ai jamais écrit ni pensé que

telles idées fussent actuelles, ou qu'elles fussent je ne sais quelles espèces distinctes de la faculté méme que nous

avons de penser ; et même je dirai plus, qu'il n'y a personne qui soit si éloigné que moi de tout ce fatras d'entités scolastiques; en sorte que je n'ai pu m'empêcher de rire quand j'ai vu ce grand nombre de raisons que cet homme, sans doute peu méchant, a laborieusement ramassées, pour démontrer que les enfans n'ont pas

la connaissance actuelle de Dieu, tandis qu'ils sont dans le sein de leur mère ; comme si, par-là, il avait trouvé un beau moyen de me combattre. » (Lettres, t. 2, p. 477.)

Vous l'avez entendu, Descartes est plus ennemi que personne de tout le fatras des entités scolastiques ; et les idées innées, telles qu'on les attribue à Descartes, font partie de ce fatras.

A l'époque de Descartes, et plus encore avant lui, tout s'expliquait en philosophie par des formes, des vertus, des entités, des quiddités, etc., qu’on multipliait sans fin, et avec quoi on croyait rendre raison de tous les phénomènes de la nature. Un corps

était

une substance, parce qu'il avait une forme substantielle; il était une pierre , parce qu'il avait la pétréité ; il était froid, parce qu'il avait une vertu frigorifique; chaud, parce qu'il avait une verlu calorifique, en un mot, opium facit dormire, quia est in eo virtus dormitiva.

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Descartes, fatigué et comme oppressé par cette multitude de causes ridicules , étres, vertus, sympathies, antipathies, entités, formes, quiddités, eccéités, etc., dont les maîtres accablaient l'esprit de leurs disciples, s'écria : Donnez-moi de la matière et du mowement, et je ferai le monde physique ; mot plein de vérité, puisqu'en effet, ce qui, dans un tel monde, n'est pas ou matière, ou mouvement, ou modification de ces deux choses, n'est rien; mot sublime, qui annonce un profond sentiment de la simplicité des ouvrages du créateur, et qui, en détruisant à jamais la philosophie et le jargon des écoles, changea la face des sciences.

Pourquoi Descartes s'arrêta - t - il à moitié chemin?

que n'ajoutait-il : Donnez-moi le sentiment et l'activité, je ferai le monde intellectuel. Ce que le mouvement est à la matière, l'activité de l'âme ne l'est-elle pas au sentiment? Descartes , me direz-vous , n'est

pas

d'accord avec lui-même. Si, dans ce que nous venons d'entendre, il rejette les idées innées ; s'il

prononce nettement qu'il n'y a d'inné

que sance de produire les idées , ne trouve-t-on pas dans ses écrits un grand nombre de passa

la puis

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