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cher ou être touchée qu'autant qu'elle est corps, qu'autant qu'elle a des parties. L'âme ne saurait donc recevoir le contact du

corps;

et l'influx physique est impossible.

Euler, dans ses Lettres à une princesse d'Allemagne, adopte ce système, en le modifiant ; il n'admet pas de contact entre l'âme et le corps. L'âme, dit-il, a la perception du mouvement des fibres du cerveau, et cette perception lui donne des sensations agréables ou désagréables, selon que les rapports qui se trouvent entre les mouvemens des fibres, sont plus ou moins faciles à apercevoir.

Cette opinion est démentie par l'expérience; car il n'est

pas
vrai

que l'âme s'aperçoive des mouvemens des fibres du cerveau; elle ne sait pas même qu'il existe un cerveau, et nous l'ignorerions, si on ne nous l'eût appris. D'ailleurs la sensation ne dérive

pas tion; c'est le contraire, car nous sentons avant tout.

2°. Pour rendre raison de ce commerce entre l'esprit et la matière, Cudwort, philosophe anglais, a imaginé un agent intermédiaire entre l'âme et le corps. Cet agent, interposé entre deux substances de nature contraire, participe de l’une et de l'autre; il est en partie ma

de la percep

tériel, et en partie spirituel. Comme il est matériel, le corps peut agir sur lui; et comme il est spirituel, il peut agir sur l'àme. C'est comme le moyen

terme entre les deux extrêmes d'une proportion continue. C'est un pont jeté sur les deux bords de l’abime qui sépare la matière de l'esprit. Cet agent faisant en quelque sorte l'office de médiateur, on lui en a donné le nom.

Un pareil médiateur n'est bon à rien. C'est une espèce d'amphibie, qui, pour vouloir réunir en une seule nature deux natures oppo. sées, s'anéantit lui-même. Entre une substance étendue et une substance inétendue, il n'y a pas

de milieu. Si le médiateur n'est ni esprit ni corps, c'est une chimère ; s'il est tout à la fois esprit et corps, c'est une contradiction; ou si, pour sauver la contradiction, vous voulez qu'il soit, comme nous ,

la réunion de l'esprit et de la matière , il a lui-même besoin d'un médiateur.

L'influx physique et le médiateur laissent à la difficulté toute sa force; on ne voit pas comment l'âme et le corps se modifient réciproquement. Néanmoins le fait reste. Toutes les fois le corps reçoit quelque impression, l'âme éprouve une sensation ; et lorsque l'âme prend une détermination, le corps l'exécute :

que

où trouverons-nous la raison de cette corres pondance de phénomènes? on l'a cherchée hors de l'homme et dans la divinité même.

3o. Dieu , a-t-on dit, gouverne le monde et tous les êtres qui le composent, d'après les lois suivant lesquelles il les a créés; et comme le monde n'a

pu
recevoir l'existence

que par un acte de la volonté divine, il ne peut persévérer dans l'existence

que par

la même volonté toujours persévérante. Que Dieu ċesse un instant de le soutenir par sa main toute-puissantë, aussitôt il rentrera dans le néant. L'existence des êtres ne se maintient donc que par une création continuellement renouvelée. Dieu est la cause nécessaire de tous les mouvemens des corps et de toutes les modifications des esprits. Or, cela suffit pour nous faire concevoir l'union des deux substances.

Les objets extérieurs impriment à nos organes des mouvemens qui se propagent jusqu'au cerveau; le cerveau n'agit pas immédiatement et réellement sur l'âme; la chose est impossible. C'est Dieu lui-même qui, à la suite des mouvemens du cerveau , et par une loi qu'il a établie de toute éternité, produit une sensation dans l'âme. De même, l'âme a la volonté de mouvoir le bras ; mais cette volonté est inefficace

pour produire cet effet. C'est encore Dieu qui , en vertu de la même loi , produit lui-même le mouvement de nos membres. Le corps n'est donc pas

la cause réelle des modifications de l'âme, ni l'âme la cause réelle des mouvemens du corps. Cependant, comme l'âme ne serait pas modifiée sans les mouvemens du corps,

pi le corps sans une détermination de l'âme, il faut bien que ces mouvemens et ces déterminations soient en quelque manière nécessaires; mais cette nécessité n'est pas absolue, elle n'est qu'hypothétique ou conditionnelle. Les mouvemens du corps et les déterminations de l'âme sont des conditions, nécessaires. Ils sont occasions, ou causes occasionelles. Ce système a pris, en conséquence, le nom de système des causes occasionelles. Il appartient à Descartes, et à Mallebranche qui l'a embelli de son imagination.

Je ne sais , Messieurs, si vous trouvez ce système plus satisfaisant

que

les deux précédens. Vous allez voir que Leibnitz n'en était guère content.

Leibnitz reproche aux cartésiens de faire de l'univers un miracle perpétuel , et d'expliquer l'ordre naturel par une cause surnaturelle, ce qui anéantit toute philosophie. Car la philoso

mais non pas

des causes

phie consiste à découvrir les causes secondes qui produisent les divers phénomènes du monde. Vous dégradez la Divinité, ajoute-t-il. Vous la faites agir comme un horloger qui , ayant fait une belle pendule , serait continuellement obligé de tourner l'aiguille avec le doigt pour

lui faire marquer les heures. Un habile mécanicien monte d'abord sa machine , et elle va d'elle-même pendant un certain temps. Dieu , lorsqu'il a créé l'homme , en a disposé toutes les parties et toutes les facultés de telle manière qu'elles pussent exécuter leurs fonctions, depuis le moment de la naissance jusqu'à celui de la mort. En bonne philosophie , comme au théâtre , il ne faut jamais faire intervenir la Divinité, à moins que son assistance ne soit absolument nécessaire.

pense avoir trouvé, continue Leibnitz, quelque chose de plus philosophique. Dieu , avant de créer les âmes et les corps , connaissait tous ces corps et toutes ces âmes. Il connaissait aussi tous les corps possibles, et toutes les âmes possibles. Or, dans cette variété infinie d'âmes possibles et de corps possibles , il devait se rencontrer des âmes dont la suite des perceptions et des déterminations correspondit à la suite des mouvemens que

devait

4o. Je

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