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La leçon que je me propose de faire aujourd'hui , pourra vous paraître extrêmement abrégée, car elle comprend la matière de plusieurs leçons. Nous aurons des systèmes à exposer; nous aurons de l'historique , du polémique; nous aurons des erreurs de fait à redresser; et enfin nous dirons ce qu'il faut penser des idées innées. Je commence, sans autre préambule.

Il y a deux opinions principales sur l'origine des idées.

D'un côté, les idées nous viennent toutes par

sens, ou des sensations : rien n'est dans l'entendement, qui n'ait été auparavant dans les sens ,

dans le sens;

nihil est intellectu quod priùs non fuerit in sensibus in sensu. Les philosophes qui professent cette doctrine, sont, parmi les anciens , Démocrite, Hippocrate , Aristote , Épicure , et Lucrèce ; dans le moyen âge, les scolastiques , qui tous étaient péripatéticiens ; et plus près

les sens ,

ou des

ou

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;

;

de nous , Bacon, Gassendi , Hobbes , Locke, et Condillac.

De l'autre côté, les idées , plusieurs idées du moins , sont indépendantes des sens et des sensations; et la maxime, rien n'est dans l'entendement , qui n'ait été auparavant

dans les sens , loin d'être reçue comme un axiome , est rejetée comme une erreur manifeste. Cette seconde opinion est appuyée sur des noms aussi imposans que l'opinion contraire. Elle compte parmi ses défenseurs, Platon et ses disciples, l'école d'Alexandrie , les premiers pères de l'Église ; au renouvellement des sciences, quelques philosophes italiens ; et plus récemment , Descartes, Mallebranche, Leibnitz , et tous les écrivains de Port-Royal.

Voilà de grands noms de part et d'autre ; et si nous n'avions pour nous décider que torités, nous devrions rester en suspens. Mais les noms et l'autorité ne sont rien en philosophie.

Examinons d'abord l'opinion des premiers ;et remarquons qu'ils ne sont pas uniformes dans l'interprétation de leur axiome.

Les uns n'ont pas craint d'avancer que toutes les idées nous viennent immédiatement des sens, que des idées qui ne nous viendraient

des au

pas immédiatement des sens, ne seraient point, à proprement parler, des idées, mais des mots, de purs mots, auxquels ne correspondrait aucune réalité. Après tout ce que pous avons dit dans les leçons précédentes, je ne m'arrête pas sur une chose aussi évidemment fausse.

Les autres , et c'est le plus grand nombre, pensent avec Locke, avec Gassendi, que des sens, il ne nous vient immédiatement

que

les premières idées , les idées sensibles, et que les idées intellectuelles, et les idées morales sont le produit du travail de la réflexion appliquée aux idées sensibles.

Les philosophes qui tiennent pour ce sentiment, sont dans la nécessité de prouver que toutes et chacune des idées qui sont dans notre intelligence, nous sont venues par les sens, soit immédiatement, soit à l'aide de la réflexion ; et c'est aussi ce qu'ils ont essayé. Mais tous les efforts du génie n'ont pu en venir à bout, car le génie ne peut pas changer la nature des choses ; il ne fera pas qu'il n'y ait qu'une origine d'idées , quand la nature a voulu qu'il y eût quatre origines. ( leç. 2 et 3. )

Ce n'était pas assez de chercher à démontrer que toutes les idées viennent des sens. On a

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voulu expliquer comment elles en viennent, comment un ébranlement dans l'organe est suivi d'une idée dans l'âme. Et ceci n'est

pas particulier aux philosophes qui voient dans les sens l'origine de toutes les idées ; il a suffi à d'autres d'en faire dériver quelques-unes de la même source, pour se croire obligés de nous montrer le lien de communication qui unit la substance matérielle à la substance immatérielle.

Voici ce qu'ont imaginé pour résoudre ce problème, et ceux qui prétendent que toutes les idées , sans aucune exception, viennent des sens, et ceux qui veulent qu'il n'en vienne qu'une partie.

Il s'agit de montrer comment des impressions sur les sens occasionent des idées dans l'ame. On a dit :

1°. Les objets extérieurs , en frappant nos organes , leur communiquent un mouvement qui se transmet au cerveau. Le cerveau agit sur l'âme, et l'âme a une idée ou une sensation ; car on a presque toujours confondu ces deux choses. L'âme

ayant ainsi une sensation est affectée en bien ou en mal. Si elle souffre elle cherche à se délivrer de la douleur. Elle agit à son tour sur le cerveau ; qu'elle remue;

le cerveau remue l'organe, et l'organe écarte, ou s'efforce d'écarter l'objet cause de la sensation.

Dans ce système, le cerveau est le siége de, l'âme. On la compare à une araignée placée au centre de sa toile. Dès qu'il se fait le moindre mouvement aux extrémités, l'insecte est averti , et il se tient sur ses gardes. De même, l'âme placée à un point du cerveau auquel aboutissent les filets nerveux , est avertie de ce qui se passe dans les différentes parties du corps ; et à l'instant elle apporte des secours , où elle les juge nécessaires. Le corps agit donc réellement sur l'âme, et l'âme agit réellement sur le corps. Cette action, cette influence, étant réelle ou physique, on a dit fluait physiquement sur l'âme, et l'âme physiquement sur le

corps;

et l'on a donné à ce système le nom d'influence physique , ou d'influx physique.

Ce système est extrêmement simple; mais la simplicité n'a de prix qu'autant qu'elle est unie avec la vérité. Le corps étant une substance étendue, et l'âme une subtance inétendue, conçoit-on l'action physique de l'une sur l'autre? Tangere enim aut tangi nisi corpus nulla potest res, a dit Lucrèce; une chose ne peut tou

que le

corps in

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