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ce que nous pouvons voir et sentir, de ce que nous pouvons

atteindre

par

les facultés de notre esprit, qu'il faut chercher à connaître les raisons; et, comme nous ne pouvons juger des choses que par les idées

que nous nous en fai-, sons, c'est la raison des idées qui est pour nous la raison des choses,

Si nous connaissions la raison de toutes nos idées, nous connaîtrions la raison des choses, autant qu'il est donné à notre faible nature de la pénétrer.

La raison des idées se trouve dans leur origine et leur génération ; elle nous sera connue, si nous voyons comment les idées naissent successivement les unes des autres ; car, lorsqu'en remontant d'idée en idée jusqu'à celle qui est la première de toutes, nous nous sommes assurés de l'origine immédiate de chaque idée en particulier, alors nous voyons que chaque idée estengendrée par celle qui la précède, et qu'elle engendre celle qui la suit, et, par conséquent, qu'elle a sa raison dans celle qui la précéde, et qu'elle est elle-même la raison de celle qui la suit. apercevoir que

certaines idées ont leur raison dans celles qui les précèdent, et qu'elles sont elles-mêmes la raison de celles qui les suivent, c'est raisonner,

Or,

L'étude de l'origine et de la génération des idées, la métaphysique ; ou l'étude de la raison des idées ; ou l'étude de la raison des choses; ou le raisonnement, le raisonnement en action, c'est donc une même chose.

Et , puisqu'il est vrai que toute théorie suppose quelque pratique, la logique, qui est la théorie du raisonnement, ne peut venir qu'après la métaphysique, qui en est la pratique. En disposant ainsi les parties du cours, loin d'avoir fait un renversement d'ordre, nous avons assigné à chacune sa véritable place. Nous nous sommes conformés à l'esprit du fondateur de la philosophie en Europe. « La philosophie, dit Descartes, doit commencer par la métaphysique, qui contient les principes de la connaissance. » (Préf. des principes.)

Que si, malgré tous ces motifs, il restait encore du doute ; si cette considération, que nous ne sommes pas des enfans au moment où nous allons recevoir les premières leçons de philosophie, conservait une partie de sa force; si l'on persistait à croire que

des réflexions sur la manière de diriger nos facultés ne sauraient être déplacées à l'ouverture du cours, voici un moyen qui, peut-être ; conciliera tout.

Accordons 'que des observations sur le rai

temps

nous

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sonnement ne seraient pas anticipées, quoique
présentées dès le début; accordons qu'il serait
de faire remarquer

enfin
que,

depuis vingt ans, nous faisions des raisonnemens comme de la prose, sans le savoir.

Mais, en faisant ces concessions, nous nous garderons de convenir que le moment soit arrivé de chercher à nous faire connaitre tous les artifices, soit de la prose, soit des vers ; ce que la méthode de Newton et celle de Corneille ont de commun, et ce qu'elles ont de particulier; ce qui dans le raisonnement, est de son essence, et ce qui appartient à ses formes seulement; ce qu'il doit à la parole, et ce qu'il ajoute à l'intelligence, etc. Ces questions , et plusieurs autres non moins importantes, veulent des esprits long-temps exercés , long-temps nourris de la lecture des poëtes et des orateurs, autant

que

de celle des philosophes. J'ai donc pu, vous trouverez peut-être que j'ai dû commencer le cours de philosophie par une leçon sur la méthode ( t. 1, leç. 1). Je n'en ai montré d'abord que ce qui m'a paru nécessaire pour

ntelligence des leçons qui allaient suivre, me proposant de reprendre ce sujet, lorsque nous serions mieux placés pour lui donner tous ses développemens. Cependant

je n'ai guère manqué l'occasion de vous faire sentir combien il est avantageux de nous rendre

compte de ce que nous faisons, quand nous pensons et quand nous raisonnons. L'esprit s'élève à toute la perfection dont il est susceptible , si , de bonne heure, il remarque ses manières d'agir , pour les répéter dans les mêmes circonstances, quand déjà elles ont produit un bon effet; pour s'en abstenir, quand elles n'ont pas été suivies du succès. C'est à cette habitude de nous observer que nous devons tout; et ne croyez pas que ce soit un travail sans fin. La bonne méthode une fois acquise ne se perd plus; elle nous sert comme à notre insu. A la vérité, dans les commencemens quelques soins ; mais ne nous en plaignons pas, puisqu'elle ne les exige qu’une fois , et qu'elle nous en récompense à chaque moment de la vie.

En voilà assez à l'occasion de la première difficulté qu'on nous a opposée.

Vous auriez dû, nous dit-on, présenter d'abord le tableau des sensations, et le faire suiyre immédiatement de celui des idées.

Qu'aurais-je pu vous apprendre sur les sensations considérées en elles-mêmes, et indépendamment des idées auxquelles elles donnent

elle exige

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lieu?

que les unes sont agréables et les autres désagréables? qu'on les distribue en autant de classes que nous avons de sens? qu'en général, elles ont plus de vivacité dans l'état de santé, et dans la jeunesse, que dans un état de langueur, et sur la fin de la vie ? Vous m'auriez difficilement pardonné ces paroles oiseuses , et j'ai dû vous en faire grâce.

Aurait-on désiré une description détaillée des organes des sens ? Les bons livres sur cette matière, et ceux qui les font, ne sont pas rares à l'époque où nous vivons. Que l'on consulte ces livres et leurs auteurs, on en retirera une instruction curieuse pour tous, nécessaire à plusieurs, mais inutile pour nous.

Les sensations ne dépendent pas de notre volonté. Elles sont le résultat de l'action des objets extérieurs, et de la conformation de nos organes.

Seulement il nous est permis de les modifier de plusieurs manières; nous pouvons quelquefois les fortifier, les affaiblir; nous pouvons les rapprocher, les comparer, et leur faire subir mille combinaisons diverses.

De ce travail sur les sensations, d'abord fait sáns règle et presque au hasard, bientôt éclairé par l'expérience, naissent tous les jours des

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