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ou tel service, mais sur la totalité de la chose publique dans les bornes que nous venons d'indiquer.

Avant Richelieu, l'institution des intendants était encore mal assise, ces fonctionnaires itinérants avaient autorité tantôt sur un groupe de provinces, tantôt sur un autre, chevauchant à leur gré de ville en ville sans résider nulle part, légiférant sur place et se hâtant de quitter le pays dès qu'ils jugeaient leur mission terminée.

Avec le ministère Richelieu et vers 1637, l'institution change de caractère. Nous avons vu que les intendants deviennent un pouvoir permanent, des fonctionnaires rẻsidants, chargés tout spécialement de représenter le Roi dans la généralité en correspondance fréquente par la voie des courriers avec le gouvernement central. Si leurs attributions sont encore peu nombreuses, du moins elles sont si précises qu'il n'y a plus guère de place pour les rôles politiques qu'ils ont joués jusque-là.

De durables modifications s'introduisirent à la fin du xvire siècle et vers le milieu du siècle suivant dans leur caractère par suite de l'extension donnée à leurs attributions.

Ainsi « L'intendant de 1740, dit Tocqueville dans son ouvrage l'Ancien régime et la Révolution, ne s'occupait guère que de maintenir sa province dans l'obéissance, d'y lever la milice et surtout d'y percevoir la taille. >>

Mais du jour où les gouverneurs militaires avaient cessé de résider dans leurs provinces respectives pour aller prendre rang à Versailles et faire cortège à la royauté de Louis XIV, ce furent en effet les intendants qui héritèrent de la charge de maintenir « les peuples » dans l'obéissance.

Du second rang qu'ils occupaient en suivant l'ordre d'importance, ils passèrent en fait au premier. Leurs attributions furent surtout de police et d'administration.

«Ils étaient chargés, dit Chéruel dans son Dictionnaire des institutions, de surveiller les protestants, ils administraient les biens des religionnaires qui sortaient. du royaume et devaient tenir la main à l'exécution des édits qui les concernaient.

» Les Juifs qui n'étaient légalement tolérés que dans la province d'Alsace étaient aussi placés sous la surveillance directe des intendants. Ces magistrats jugeaient les procès concernant les fabriques des églises paroissiales et étaient chargés de pourvoir à l'entretien et à la réparation de ces églises, ainsi qu'au logement des curés. Les portions congrues, les économats, la régie et la conservation des biens des gens de main-morte, les pensions des oblats, etc., étaient dans les attributions. des intendants. Les universités, collèges, bibliothèques publiques étaient aussi placés sous leur surveillance.

» L'agriculture et tous les objets qui s'y rattachent..., le commerce, les manufactures, les arts et métiers, les voies publiques, la navigation, les corporations industrielles, l'imprimerie, la librairie, l'enrôlement des troupes, les affaires militaires dans le sens le plus large de ce terme, les milices bourgeoises, la police, le service de la maréchaussée, la construction des édifices publics, les postes, la mendicité, le vagabondage, l'administration. municipale, la nomination des officiers municipaux, l'administration des biens communaux, la conservation des titres des villes, les revenus municipaux..., les droits de joyeux avènement, les péages, les amendes..., en un mot les impositions de toute nature dépendaient aussi des intendants (1). »

Il convient cependant de dire: Que le point de départ de la grande extension des fonctions des intendants. en Auvergne remonte à l'administration de M. Bidé de

(1) Voir aussi Traité des Offices, de Guyot, tome III, page 119 et suivantes.

la Grandville qui encouragea l'industrie et fit construire à Clermont la place de la Poterne.

Que cette extension augmenta encore par suite du besoin d'améliorations matérielles qui s'était emparé de la nation tout entière sous l'intendant Trudaine qui possédait au plus haut degré l'activité et l'esprit d'initiative joints aux plus grandes capacités, qui s'occupa des routes et chemins avec la plus grande sollicitude, créant celle du Languedoc, de Clermont à Montpellier, par Le Puy, protégeant l'industrie en créant des manufactures dans les hôpitaux de Clermont et de Riom.

Qu'elle continua sous les intendants Rossignol, de Moras, de la Michodière et Ballainvilliers, ce dernier créant des promenades autour de la ville de Clermont, bâtissant la salle de spectacle, la halle aux blés, le poids de ville avec le produit de sommes que ses utiles réformes arrachèrent aux désordres de dilapidations, qu'elle se maintint aussi sous l'homme vertueux et habile administrateur qu'était Montyon, et sous le dernier intendant de Chazerat, magistrat éclairé et secourable aux malheureux, qui se fit remarquer par une grande douceur et par la droiture de son cœur et de sa justice.

Enfin il est juste de dire également, pour résumer, qu'il y eut cinq phases à distinguer dans l'histoire des intendants d'Auvergne.

De 1555 à 1605, leur rôle fut politique et de haute police.

De 1616 à 1648, il fut plutôt administratif, leurs fonctions quoique peu nombreuses se précisèrent.

De 1648 à 1654, ils furent supprimés, et de 1654 à 1698 les intendants virent croître leur pouvoir et augmenter leurs attributions dans une mesure considérable. Ils sont les principaux et dévoués instruments de Mazarin et de Colbert dans l'oeuvre administrative que poursuivent ces deux ministres.

De 1698 à 1740, le pouvoir des intendants en France

reste stationnaire, abandonnés à eux-mêmes, ne recevant plus d'impulsion, ils font peu de bruit et de besogne. En Auvergne il y eut exception à cette règle, car ce fut à partir de 1723, sous l'administration de M. Bidé de la Grandville, magistrat poussé par un grand esprit d'initiative, que commença l'ère des réformes. Enfin, grâce à la quasi omnipotence dont jouissaient les intendants depuis 1740, ils furent les exécuteurs des réformes économiques et sociales qui remplirent les cinquante dernières années de l'ancien régime.

Malgré les services rendus, les travaux accomplis, les intendants au moment de la révolution étaient en butte à l'hostilité de leurs administrés qui les considéraient comme un des plus sérieux obstacles à la réalisation des réformes que réclamait l'opinion publique.

Les intendants furent supprimés ainsi que les subdélégués par lettres patentes du Roi de janvier 1790, rendues sur décret de la Constituante du 22 décembre précédent pour l'organisation des nouvelles assemblées administratives. L'article 9, section 3, porte : « Il n'y aura aucun intermédiaire entre les administrations de département et le pouvoir exécutif suprême; les commissaires départis, intendants et leurs subdélégués cesseront toute fonction aussitôt que les administrations du département seront en activité. »

Ces dispositions furent rappelées incidemment dans d'autres lettres patentes du 4 juillet 1790, relatives à la confection des « rôles de supplément sur les ci-devant privilégiés. »

Le premier intendant dont on ait connaissance en Auvergne (jusqu'à présent du moins), parait être Jean Coutel, seigneur d'Ardanne, né à Saint-Flour, qui fut intendant en 1555.

Voici, au surplus, la liste connue des intendants d'Auvergne, elle m'a été fort obligeamment communiquée par le savant et distingué archiviste de notre département,

M. Rouchon. Nous donnerons ensuite la biographie de tous ces intendants et les portraits de ceux de ces fonctionnaires qu'il aura été possible de nous procurer.

Parmi les personnages signalés, il en est un certain nombre qui n'ont pas eu le titre d'intendant et qui n'ont été que de simples commissaires. Nous croyons devoir cependant les indiquer.

Plus d'un d'entr'eux, en effet, a exercé des fonctions analogues à celles des intendants et par là leur histoire peut être utile à connaître....

LE FÈVRE (LOUIS) OU LE FEBVRE DE CAUMARTIN Seigneur de Caumartin et de Boissy-le-Chastel, en Brie, Intendant d'Auvergne (1597-1599).

Louis LE FÈVRE OU LE FEBRE, premier du nom, chevalier, seigneur de Caumartin et de Boissy-le-Chastel, en Brie, baron de Saint-Port, vicomte de Rue, garde des sceaux de France, naquit, en 1552, de Jean Le Fèvre, deuxième du nom, seigneur de Caumartin, de Rossignol, de Vic-sur-Authie, de Saint-Marc et de Sauvillers, baron de Saint-Port, général des finances en Picardie, mort à Paris le 6 décembre 1579, et de Marie Varlet qu'il avait épousée le 25 septembre 1548, morte le 10 juillet 1581.

Il fut reçu conseiller au Parlement de Paris le 1er août 1579, rendit hommage au mois de janvier 1580; obtint un relief de la seigneurie de Caumartin, tenue en plein hommage du roi, à cause du comté de Ponthieu, et partagea noblement, avec ses frères et sœurs, les successions de leurs père et mère en 1582. Il fut nommé maître des requêtes le 4 octobre 1585, et président au Grand Conseil le 2 juin 1587. Le roi le nomma intendant de justice en l'armée du Poitou en 1588. Après la mort du duc de Guise, il fut chargé de se transporter à Tours, à Nantes et dans d'au

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