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Est un mal que chacun se plaît d'entretenir. Notre amé, c'est cet homme amoureux de lui

même : Tant de miroirs, ce sont les sottises d'autrui , Miroirs, de nos défauts les peintres légitimes :

Et quant au canal, c'est celui
Que chacun sait, le livre des maximes.

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Quẻ not di tant notras varta ,
É qué n'êï jomàï éycouta ,
Qu'ei lâs foblas dé Lo Fountaino.
Quéü tan béü libr-fï dévéngu,

Dé l'oungan dé mitoun-mitaino
Qu'es bou pèr toll loù màüs é né goris dégu.

Toujours, pèr-tou, chacun lou vanto Noů trobén, dizén-noll, so moralo charmanto,

E nou lou volén toujours véï
Dîs nôtras mas ,

soû nôtréîs éî,
Mâs qual-éï lou vieillar , lo fénno , .lou méinagé,
Qué quéü libré tan béü ayé randu pûs sagé ?
Hélas ! chacun de noù l'y sé récounéï bé

Mâs dégu né prén co-pèr sé.

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XXXVI. Le Dépositairc infidèle.

Grace aux Filles de mémoire ,

J'ai chanté des animaux;
Peut-être d'autres héros
M'auraient acquis moins de gloire.
Le loup, en langue des dieux ,
Parle aux chiens dans mes ouvrages :
Les bêtes, à qui mieux mieux ,
Y font divers personnages ,
Les uns fous, les autres sages;
De telle sorte pourtant
Que les fous vont l'emportant ,
La mesure en est plus pleine.
Je mets aussi sur la scène
Des trompeurs, des scélérats

,
Des tyrans et des ingrats ,
Mainte imprudente pécore,
Force sots, forçe flatteurs :
Je pourrais y joindre encore
Des légions de menteurs.
Tout homme ment,
S'il n'y mettait seulement
Que les gens du bas étage,
On pourrait aucunement
Souffrir ce défaut aux hommes ;

dit le sage.

(1) Grâce à
(2) Peut-être.
(3) Une grande quantité.

XXX VI. Lou Dépositári înfidél.

GRACH- À

RAĆ H-A 1 lâs fillas dé mémôrio ,
Deypéï loun-tén ïàï chanta dîs moû yèrs

Lâs bêtias dé tou l'univers ,
(Béléü 2 ïàurio gu mïn dé glôrio
Si guéy chanta d'all gros-séignours)
làï fa véïré, presque toujours ,
Loù lots coumo grans persounagèis

Parlan dù chéis dis moû oubragèis
Lou lingagé d'àů diüs à tor é à trover.

Mas bêtias fant, à quî mier-mier,
Touto sorto de persounagèis ,

Loû ûs faüs , loû àûtréis sagèis ,
Dé moniêro, pèr-tan, (é cho di entré nous )

Qué loû fàüs sount loû pûs noumbrous. Lo mésuro n'én éï toujour pus assimado.

làï moûtra no lounj-énfilado
De troumpeurs é dé scélérats,
Dé tyrans , d'esclavéîs , d'ingrats,
Dàû sîmprudéns 'tan-qué-terro ,
Dàû sots, dàů fats, dàů flogourneurs,
Màï pourio bé dîré d'énguero
No jodillado 3 dé manteurs.
Tout homé mènt, o dit lou sagé.
Chàu vio di tan-soulomén
Tout homé d'àu bas éytagé ;
Sé pourias b’éïsadomén
Rénjas dé soun sentimen;

Mais que tous

tous , tant que nous sommes ,
Nous mentions, grand et petit,
Si quelqu'autre l'avait dit,
Je soutiendrais le contraire.
Et même qui mentirait
Comme Esope et comme Homère,
Un vrai menteur ne serait :
Le doux charme de maint songe,
Par leur bel art inventé ,
Sous les habits du mensonge
Nous offre la vérité.
L'un et l'autre a fait un livre
Que je tiens digne de vivre
Sans fin, et plus s'il se peut.
Comme eux ne ment pas qui veut.
Mais mentir comme sut faire
Un certain dépositaire
Payé par son propre mot,

Est d'un méchant et d'un sot.
Voici le fait. Un trafiquant de Perse,
Chez son voisin , s'en allant en commerce,
Mit en dépôt un cent de fer un jour.

Mon fer? dit-il, quand il fut de retour. Votre fer! il n'est plus : j'ai regret de vous dire

Qu'un rat l'a mangé tout entier. J'en ai grondé mes gens: mais qu'y faire? un grenier

(4) Mensonges.
(5) Qui disent la vérité.
(6) Cent livres.
(7) Jusqu'à ce que.

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