Page images
PDF
EPUB

XXXIV. Les deux Amis.

Deux vrais amis vivaient au Monopotapa; L’un ne possédait rien qui n'appartînt à l'autre.

Les amis de ce pays-là

Valent bien , dit-on , ceux du nôtre. Une nuit que chacun s'occupait au so ameil , Et mettait à profit l'absence du soleil, Un de nos deux annis sort du lit en alarme; Il court chez son intime; éveille les valets : Diorphée avait touché le seuil de ce palais. , L'ami couché s'étonne; il prend sa bourse , il

s'arme. Vient trouver l'autre , et dit : il vous arrive peu De courir quand on dort; vous me paraissez homme A mieux user du

le somme : N'auriez vous point perdu tout votre argent au jeu! En voici. S'il vous est venu quelque querelle , J'ai mon épée; allons. Vous ennuyez-vous point

pour

temps destiné

(1) A une heure comme celle-ci.
(2) Accoutumé.
(3) Faire sortir du lit.
(4) Si matin.

munninum

XXXI V. Loủ dous Omis.

Dous boù omis restan àu Mononotapa ,

S'éymovan dé boun-omita ; Dé tou lour sénfusquïn-is fogian dé méyta. Quan l'un vio càüqu'envio l'autr--au vouillo

d’ovanço. D'aû omis coumo co valén bé quîs d'én Franço. Uno neit que , toũ dous dermian , mas coun–àu

fàü, Un dé îs tou-d'un-co, sé révéill-én sur-såü,

Sauto lobor d’àu liet-a-terro ; Courguèt chaz soun omi , hargniou coum-un béü

frêro Réveillo touto lo mêsjou; Domando soun omi qué, coume dé rosou,

N’én guèt dobor no fiêro tranço , Én so bourç-én lo mo à-court à soun ovanço. - Qu'iï co doun, moun omi ? car à d'un-hour

entàü s Tu nas pas ovéza 2 dé quîtâ toun ouståü. Qu'àü molhur to pougu deyjéivå 3 si dobouro 4

As-tu perdu toun argén à lo bouro ?
Téï, nén vèi-qui , prén, prén l'éypargnià pas

Auriâ-tu trouba sur toû pas
Cåüqué foquïn qué t'o chercha chicano !
Anén ! làü vàu prénèï moun éypéïo , mo cano ,

Qu'àu sio diablé qu'àu sio démoun
Qu'éï mé qué sirdī toun ségoun,

De coucher toujours seul ? une esclave assez belle Étail à mes côtés ; voulez-vous qu'on l'appelle ? Non , dit l'ami , ce n'est ni l'un ni l'autre point,

Je vous rends grâce de ce zèle. Vous m'êtes, en dormant, un peu triste

apparu : J'ai craint qu'il ne fût vrai; je suis vîte accouru.

Ce maudit songe en est la cause. Qui d'eux aimait le mieux ? Que t'en semble

lecteur?
Cette difficulté vaut bien qu'on la propose.
Qu'un ami véritable est une douce chose!
Il cherche vos besoins au fond de votre cour;

Il vous épargne la pudeur
De les lui découyrir vous même :
Un songe , un rien , tout lui fait

peur , Quand il s'agit de ce qu'il aime.

(5) J'ai rêvé. (6) Mon rêve. (7) Jusqu'au fond.

pas qui dîré

L'io

nou

7
moun or, moun sang , mo

vito.... Co n'êï ré dé tou co qu'o causa mo visito ,

Disset l'autré, mâs ïàï réyba 5

Qué ïàü té végi-emborossa , Sàü sàï véngu m'éycliarzis dé lo chàüso , É co n'éï mâs moun ràïbé 6 qué n'éï càüso.

Sàï countén qué co né sio ré Torno-t-én dîs toun liet; mé m'én torné chaz mé.

Vou qué légissez quéll’historio
Au qu'àü d'àû dous boillorias-vou lo glorio

É lo palmo dé l'omita ?
Lou problémé vàut bé lo peno
D'êtré tou-dé-boun médita.
Per mé, no chàüso bién certéno ,

Qu'éï qué lou véritabl-omi

D'au coeur sèt troubas lou chomi Chercho notreîs bésouéns déycháu 7 foun dé

nôtr-amo Per noû serviz, né crén ni fèt ni flamo;

É si", per nou, du crén càüqué d'éyréï Un ràïb-un bru, un ré l'y càusén dé l'éynëř.

[ocr errors]

XXXV. L'Homme et son Image.

POUR M. LE DUC DE LA ROCHEFOUCAULT.

Ux homme qui s'aimait sans avoir de rivaux,
Passait dans son esprit pour le plus beau du monde:
Il accusait toujours les miroirs d'être faux;
Vivant plus que content dans son erreur profonde.
Afin de le guérir, le sort officieux
Présentait

par

tout à ses yeux Les conseillers muets dont se servent nos dames; Miroirs dans les logis, miroirs chez les marchands,

Miroirs aux poches des galans ,

Miroirs aux ceintures des femmes. Que fait notre Narcisse ? Il se va confiner

( 1 ) La moelle. (2) Cheveux roux. (3) La cire. (4) De travers. (5) Sourcils. (6) Verroux. (7) Miroirs, (8) Petit lampion pour l'huile de noixa (9) Putois.

« PreviousContinue »