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XIX. Les deux Mulets.

Deux mulets cheminaient , l'un d'aveine chargé,

L'autre portant l'argent de la gabelle
Celui-ci , glorieux d'une charge si belle,
N'eût voulų pour beaucoup en être soulagé.

Il marchait d'un pas relevé,
Et faisait sonner sa sonnette :
Quand l'ennemi se présentant ,

Comme il en voulait à l'argent ,
Sur le mulet du fisc une troupe se jette,

Le saisit au frein , et l'arrête.

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XIX.

(1) Blé-d'Espagne. (2) A la monnaie.

(3) Petit morceau de bois pointu par les deux bouts que

les enfans font sauter en l'air, avec une espèce de spatule.

(4) A cause.
(5) S'il s'approche.
(6) Retire - loi au loin.
(7) Empoisonne.
(8) Bâtons.
(9) Les écus.

XIX. Loù dous Muléys.

Dous

OUS muléys fogian vouyage
L'un charja dé bigoro 1
L'autr-én superb-eyquipagé,
Charja d'argén én lingo

Qu'àu pourtav-à lo mounédo. 3
L'un éyro vålé dé mouniéz
É l'àvitré d'un gros financhéz ;
Queüqui teigno so têto rédo
É tan dré coum-un killola 3

Preigno lou hàü d'àu pova.
Per-mour 4 qu'àu porto lo finanço ,
Au sé créü trésăuriez dé franco ,

É vou sécou, mâs coum-au fàü,
Loû tréy. tours dé grélo qu'àu pourtav-én soun càü.
Au miéy d'àu gran-chomi ; àu n'ovio pas prou

plasso.
Lou mouniéz vio l'aureillo basso
É cháu sẽ prem- 5 en-phi lê sẻ ,
Moussu lóu financhéz lou chasso.

Bouey t'én préjé, tiro t'én-làï,
« Moun-diü ! qu'àü méychanto mino!

« Tu pudéy 7 à lo forino ,

« Làü té dàïvoué pèr moun fràï. » Lo corello deyjâ séyro bién éychàufado ; No béndo dé vouleurs qu'eyran én émbuscado, Sé jiltén tou d'un co à gran co dé billous 8 Sur quéü qué vio loû pigoillous. 9

K

(C

6

Le mulet , en se défendant, Se sent percer de coups : il gémit, il soupire. Est-ce donc là , dit-il, ce qu'on m'avait promis, Ce mulet qui me suit du danger se retire;

Et moi j'y tombe, et je péris !

Ami , lui dit son camarade , Il n'est pas toujours bon d'avoir un haut emploi : Si tu n'avais servi qu'un meûnier , comme moi,

Tu ne serais pas si malade,

( 10 ) Une blessure. (1) P2 de farine de blé sarazin, bouillie dans l'eau.

Lou trésàuriéz sé vàu défendré,
Is l'ûffléyrén coum-un védéü ;

Au lour dissèt bé piéï qu'à pendré :
Más l'in couté soun argén màï lo péü.

Lou mouniéz né guèt pas no déycho 10
Car loù vouleurs soun dé lo gén
Qu'aïmén bé bién l'or é l'argén,
Mås qué né mạnjen pas souven
Ni bigoro ni pâto-kéïcho. "I

No grando plaç-iï un fardélü

Màï pûs danjéyroll qu’un né créü;
Quamb-an noll vû d'homeîs én charjas ,
Qué lås ruas n'éyran pas prou larjas
Pèr leyssas possas lours grandours,
É qué si-tôt qué lo justisso

Guèt mêï lo mo sur lour pélisso ,
Dîs d'àû cû dé pitàü néyrén chobas lours jours.

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X X. Le Gland et la Citrouille.

Djeu fait bien ce qu'il fait. Sans en chercher la

preuve En tout cet univers , et l'aller parcourant,

Dans les citrouilles je la trouve.

Un villageois, considérant
Combien ce fruit est gros et sa tige menue ;
A quoi songeait, dit-il, l'auteur de tout cela ?
Il a bien mal placé cette citrouille-là !

Hé parbleu ! je l'aurais pendue
A l'un des chêne que voilà ;
C'eût été justement l'affaire :
Tel fruit, tel arbre, pour bien faire.

( 1 ) Le coq:
(2) Sa tête.
(3) Il assit , il plaça.
(4) Tige.
(5) Gros chêne.
(6) Là haut.
(7) Ce gland.

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