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DES

ECRIVAINS FRANÇOIS

CHOIX

DES

MEILLEURS MORCEAUX

EXTRAITS DE LEURS OUVRAGES,

EN VERS,

PAR MM. MOYSANT ET DE LEVIZAC.

Seconde Edition considérablement augmentée et sur un nouveau plan.

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CHEZ DULAU ET CO. SOHO SQUARE; ROBINSON, PATER-NOSTER NOW

ET MAWMAN, POULTRY.

180 3.

2755.0.6

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DISCOURS

SUR LA VERSIFICATION FŘANÇOISE.

C'EST en Provence qu'on doit chercher le berceau de la poésie Françoise. Ses poëtes, connus sous le nom de Troubadours, composèrent dans leur idiome, qui étoit le Provençal, des chansons et des Fabliaux ou contes qui leur firent bientôt un grand nom. Dans des siècles de barbarie, les moindres productions de l'esprit frappent des hommes qui ne connoissent rien de mieux. Appelés, accueillis dans toutes les cours, les Troubadours y reçurent ce tribut d'admiration, d'estime et de louange qui, en flattant l'amour-propre, encourage et fait naître les fruits du génie. Peu à peu cette profession devint si honorée que les grands, les princes eux-mêmes ne dédaignèrent pas de l'embrasser, et qu'ils la regardèrent comme un titre de plus à la vénération des hommes. Ils chantoient l'amour et les Dames, et ces sujets qui, dans tous les temps, ont intéressé la plus belle moitié du genre humain, furent écoutés avec transport par nos ancêtres à demi barbares, et ne contribuèrent pas peu à effacer de leurs mæurs cette rudesse qu'ils avoient apportée des forêts de la Germanie. Soit qu'ils eussent inventé la rime, soit, ce qui est plus vraisemblable, qu'ils l'eussent reçue des Maures d'Espagne, ils l'introduisirent dans leurs composirions, et cette consonnance plus ou moins répétée selon les genres de poésie, compensa en quelque sorte pour leurs oreilles, l'harmonie du vers métrique Grec et Latin dont la langue Provençale n'étoit pas susceptible.

Les Troubadours conservèrent long-temps cet ascendant sur l'esprit des peuples : mais enfin, en se multipliant, ils se corrompirent, et donnèrent dans de tels excès que les gouvernemens se virent forcés de les réprimer. Dès ce moinent ils tombèrent dans le discrédit, et n'osèrent plus se produire. Mais les François ne pouvoient plus se passer de ces chansons et de ces contes qui tenoient à leur caractère et à leurs mæurs. De nouveaux poëtes succédèrent aux Troubadours. Ce furent les poëtes François proprement dits, c'est-à-dire, ceux qui écrivoient dans la langue Romance, mélange bizarre et grossier de Latin et de Celte, qu'on appela depuis langue Françoise. Ils

T. III.

prirent des Troubadours la rime à laquelle leur oreille étoit accoutumée, et les différens genres de poésie, surtout ceux à refrain, tels que la Ballade, le Rondeau, le Triolet, le Lai, etc. Ils employèrent aussi toutes les mesures de vers qui sont actuellement en usage, excepté l'Hexamètre ou Alexandrin qui ne s'introduisit que long-temps après. Malgré les efforts de quelques poëtes, ia poésie resta pendant cinq siècles dans cet état d'imperfection. Maroc fut le premier qui lui donna plus de souplesse, de légèreté et de grâce ; mais il ne connut ni l'art d'entremêler les rimes masculines et feminines, ni celui de satisfaire l'oreille en évitant les hiatus. Néanmoins ses vers sont encore des modèles du genre nait. On peut s'en convaincre par les fables de la Fontaine et par les épigrammes de Rousseau. Ronsard qui succéda à Marot, en voulant donner à la poésie Françoise plus d'élévation et de noblesse, la replongea dans la barbarie. Il étoit réservé à Malherbe de lui donner ce nombre, cette beauté, cette harmonie, cet heureux mélange de rimes et de mesures, ce ton de noblesse et de grandeur qui la caractérisent dans nos grands poëtes. Né avec un goût délicat et une oreille sensible, il connut les effets du rhythme, et créa la phrase poétique qui convenoit à notre langue : s'il ne la porta pas à la perfection, c'est qu'un seul homme ne peut tout faire. Néanmoins il determina les règles de notre versification, et les fixa de manière que, depuis lui, on n'y a presque point fait de changemens.

Ces règles ont pour objet ll. le nombre de syllabes qui doivent entrer dans les vers ; 20. l'hémistiche qui exprime la moitié d'un vers divisé en deux parties; 3o. la rime qui les termine ; 4o .les mots que le vers exclut, ou ceux qui ne peuvent entrer dans les vers de telle ou telle mesure. 50. les licences qu’un poëte peut se permettre ; 60. enfin les difförentes manières dont les vers doivent être arrangés entre eux dans chaque sorte de poëines.

Le rhythine est une loi même de la nature qui reut que les paroles frapperit agréablement l'oreille. Dès que les hommes rassembles en société purent se livrer à l'amour des arts, la poésie prit aussitôt naissance. Ils chantèrent les beautés de la nature et les plaisirs dont ils jouissoient. Il y a toute apparence que leurs premiers vers ne furent d'abord que des mesures irrégulières et sans art; mais ils durent ne pas tarder à s'apercevoir qu'il y en avoit qui plaisoient plus à l'oreille et d'autres inoins. Ils s'attachèrent aux premières, et tâchèrent de faire perdre aux secondes ce qu'elles avoient de moins agréable, en les entremélant avec d'autres. Ils s'aperçurent aussi que certaines mesures avoient plus de force et de majesté, tandis que le caractère de quelques autres étoit plus de douceur et de grâce. De là dans toutes les langues les différentes espèces de vers ou d'espaces composés d'un certain nombre de pieds. Ce nombre de pieds est fixe, mais celui des syllabes varie selon les langues. L'hexamètre Latin a six pieds, et néanmoins peut avoir depuis treize jusqu'à dixsept syllabes, parce que la prosodie étant très-marquée dans cette langue, deux brères n'y ont que la valeur d'une longue : mais l’Alexandrin François, quoique également composé de six pieds, ne peut jamais avoir que douze syllabes, parce que la langue Françoise n'ayant pas comme les langues anciennes une prosodie bien sensible, il ne peut entrer que deux syllabes dans un pied. Les essais de vers métriques qu'on a faits ne prouvent que le mauvais goût et la bizarrerie des auteurs qui y ont perdu leur temps.

Les seuls vers actuellement en usage dans la langue Françoise, sont composés de douze, de dix, de huit, de sept, de six, de cing, de quatre, de trois ou même de deux syllabes. S'il y en a qui s'écartent de ces mesures, on doit les regarder moins comme des vers que comme des paroles propres a être mises en chant. Dans quelques vaudevilles on trouve des vers de onze ou de neuf syllabes : mais ces vers séparés du chant ne sont pas supportables; leur défaut d'harmonie choque une oreille délicate et sensible.

• 1 2 3 4 5 6 ñ 8 9 10 11 12 Vers de 12 syllabes,

VEN, Il est-un heu-reux choix-de mots-harmo-nieux. ои

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 de six pieds.

Fuyez-des mau-vais sons-le con-cours o-dieux. Ces vers qu'on nomme Alexandrins doivent ce nom, selon une tradition assez incertaine, à un poëme intitulé Alexandre, où ce vers est employé pour la première fois. On les nomme aussi Héroïques, parce que le rhythme en étant noble, ferme et majestueux, on s'en sert pour les grands ouvrages, tels que le Poëme Epique, la Tragédie, la haute Comédie, l'Epitre, la Satire etc. On les appelle aussi Grands Vers par opposition aux autres espèces. Vers de 10 syllabes, Naissez.-mes vers -soula-gez mes-douleurs ;

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 ou

1 2 3 4 5 6 og 8 9 10 de cinq pieds.

Et sans--effort-coulez-avec-mes pleurs.

Ces vers ont beaucoup de douceur et d'aisance, et conviennent principales ment aux Poëmos héroï-comiques, érotiques et facétieux, aux Epitres badines, à l'Epigramme, etc: Marot en a fait un grand usage,

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Ces vers ont le double avantage d'être susceptibles et de beaucoup de force et de noblesse, et sous ce rapport ils s'emploient très-heureusement dans l'Ode héroique et morale ; et de beaucoup de grâce et de légèreté, et sous ce rapport ils servent à l'Ode Anacreontique, à l'Epitre badine et légère, etc.

1 2 3 4 5 6 7
Vers de 7 syllabes, Oque-tes ceu-yres sont-belles

1 2 3 4 5 6 7
Grand Dieu !-quels sont-tes bien-faits ! .

1 2 3 4 5 6 7
de trois pieds et demi. Que ceux qui te-sont fi-dèles

1 2 3 4 5 6 7
Şous ton-joug trou-vent d'at-traits !

ou

Cette mesurę, quoique moins belle et moins harmonieuse que la précédentę, sert néanınoins aux mémes genres de poésie;

whes 2 3 4 5 6 Vers de 6 syllabes. 's

aves. Songez-que l'art-d'aimer.
ou

1 2 3 4 5 6
de trois pieds. N'est que celui-de plaire,

On n'emploie guère ce vers que pour terminer les strophes d'une ode par une chute frappante, ét tel est l'usage qu'en ont fait nos deux célèbres lyriques, Malherbe et Rousseau ; ou qu'entremêlé avec d'autres de différente mesure, principalement dans le Lyrique, dans les Contes et dans les Fables.

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