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mesme de la Chaire , qui comprend une matiere aufli vaste & aussi diverlifiée

, que le sont les mæurs des hommes, roule sur les melmes pivots , retrace les mesmes images , & fe prescrit des bornes bien plus étroites que la satyre ; aprés l'invective commune contre les honneurs, les richelles & le plaisir,il ne reste plus à l'Orateur qrà courir à la fin de son discours & à congedier l'assemblée : si quelquefois on pleure si on cst émû , aprés avoir fait attention au genie & au caractere de ceux qui font pleurer peut-étre conviendra-t-on que c'est la matiere qui se prêche elle-inesme & nôtre interest le plus capital qui se fait sentir ; que c'est moins une veritable éloquence

, que la ferme poitrine du Millionnaire,qui nous ébranle & qui cause en nous ces mouvemens. Enfin le Predicateur n'est point solltenu comıne l’Avocat par des faits toûjours nouveaux , par de differens évenemens , par

des avantures inoüies ; il ne s'exerce point sur les questions douteuses, il ne fait point valoir les violentes conjectures & les presomptions , toutes choses nean

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moins qui élevent le genie, lui donnent de la force & de l'étendue , & qui contraignent bien moins l'éloquence qu'elles ne la fixent & ne la dirigent : il doit au contraire tirer son discours d'une source coinmune, & où tout le monde puise ; & s'il s'écarte de ces lieux coinmuns , il n'est plus populaire , il est abstrait ou declamateur , il ne prêche plus l'Evangile ; il n'a besoin que d'une noble simplicité, mais il faut l'atteindre; talent rare , & qui passe les forces du commun des hommes : ce qu'ils ont de genie, d'imagination , d'érudition & de memoire ne leur sert souvent qu'à s'en éloigner.

La fonction de l'Avocat eft penible , laborieuse , & suppose dans celuy qui l'exerce, un riche fond & de grandes ressources : il n'est pas seulement chargé comme le Predicateur d'un certain nombre d'Oraisons composées avec loisir , recitées de meinoire, avec autorité, sans contradiEteurs

& qui avec de mediocres changemens luy font honneur plus d'une fois ; il prononce de graves plaidoyez devant des Juges qui peu

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venc luy imposer llenice , & contre des åverfiires qui l'interrompent ; il doit estre prest sur la replique ; il parle en un inesme jour dans divers Tribunaux, de differentes affaires ; fa maison n'est pas pour luy un lieu de repos & de retraite , ny un azyle contre les plaideurs ; elle est ouver. te à tous ceux qui viennent l'accabler de leurs questions & de leurs doutes : il ne se met pas au lit , on ne l'essuye point,on ne luy prepare point des rafraîchileinens il ne se fait point dans sa chambre un concours de moride de tous les états & de tous les fcxes , pour le feliciter sur l'agrément & sur la politesse de son langage, luy renettre l'esprie sur un endroit où il a couru risque de deineurer court, ou sur un scrupule qu'il a sur le chevet d'avoir plaidé moins vivement qu'à l'ordinaire : il se délasse d'un long discours

par de plus longs écrits, il ne fait que changer de travaux & de de fatigues : j'ose dire qu'il est dans son genre , ce qu'étoient dans le leur les premiers hommes Apostoliques.

Quand on a ainsi ditingué l'élce quence du Barreau de la fonation de

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l’Avocat , & l'éloquence de la Chaire du ministere du Predicateur , on croit voir qu'il est plus aisé de precher

que de plaider , & plus difficile de bien prêcher que de bien plaider.

Il me semble qu'un Predicateur devroit faire choix dans chaque discours d'une verité unique , inais capitale , terrible ou instructive , la inanier à fond & l'épuiser ; abandonner toutes ces divisions si recherchées G retournées , & fi differentiécs , ne point supposer ce qui est faux , je veux dire

que le grand ou le beau monde sçait la Religion & les devoirs, & ne pas apprehender de faire ou à ces bonnes têtes ou à ces esprits si raffi nez des catechilines ; ce temps fi long que l'on use à composer un long ouvrage, l'employer à se rendre finaître de la matiere , que le tour & les expressions naissent dans l'action , & coulent de fouree ; fe livrer aprés une certaine preparation à son genie & aux mouvemens qu'un grand sujet peut inspirer : qu'il pourroit enfiu s'épargner ces prodigieux cfforts de incinoire qui ressemblent inicux à une gageure qu'à une affaire

con

sericuse , qui corrompent le geste & défigurent le visage ; jetrer au traire par un bel entoufiasıne la

persuasion dans les esprits & l'allarme dans le cæur ; & toucher ses Auditeurs d'une toute autre crainte,que de celle de le voir deineurer court.

§. Que celuy qui n'est pas encore allez parfait pour s'oublier soy-melme dans le ministere de la parole sain. te , ne décourage point par les rea gles austeres qu'on luy prescrit , comme si elles luy ôroient les moyens de faire montre de son esprit,& de monter aux dignitez où il aspire : quel. plus beau talent que celuy de prêcher apostoliqueinent , & quel autre merite mieux un Evêché FENELON en étoit-il indigne ? auroit-il pû échaper au choix du Prince, que par un

autre choix ?

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