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roi de Sparte, n'était pas née pour devenir la plus belle personne de la Grèce. Même à Lacédémone, où nulle femme n'est sans beauté, on se souvenait de l'avoir vue si disgrâciée de la nature, que ses parents la cachaient et ne se pouvaient consoler; car ils n'avaient point d'autre enfant. Chaque jour ils la menaient au temple d'Hélène, dont ils invoquaient la pitié pour elle. Dès qu'elle put parler , elle sut avec eux implorer la Déesse. Qu'arriva-t-il ? La piété de ces bons parents eut sa récompense. Leur fille changeait de jour en jour, et bientôt cet enfant qu'on rougissait de montrer fit la gloire de sa famille. Ce poète qui, dans ses vers , osa offenser Hélène, n'eut pas lieu de s'en réjouir; en punition de son blasphême , elle le rendit aveugle. Qui médit de la beauté n'est pas digne de voir; mais employer à l'outrager un art consacré à sa louange ! un pareil abus de la faveur des Muses aurait mérité

que

les Dieux lui ôtassent la voix avec la lumière. Hélène toutefois lui pardonna. Lorsqu'il reconnut sa faute, et répara par d'autres chants l'impiété des premiers, elle lui rendit la vue; car ayant été femme sensible, elle ne pouvait être Déesse inexorable.

» Mais ces exemples, nous apprennent qu'elle peut également récompenser et pu

nir.G omme fille de Jupiter, ayant fait l'ornement de son siècle et la gloire de son pays, elle a mérité ses autels ; comme Déesse, il faut la craindre et l'honorer, les riches , par des hécatombes, et les sages par

des hymnes ; car c'est l'offrande que les Dieux aiment de ceux qui les savent composer. J'ai tâché de rassembler ici quelques traits de son éloge; mais ce que j'en ai dit est loin d'égaler ce que je laisse à dire à d'autres. Car, sans parler de tant de connaissances utiles ou agréables, dont nous serions encore privés, sans la guerre entreprise pour elle, on peut dire que nous lui devons de n'être pas aujourd'hui assujettis aux Barbares. Ce fut par elle, en effet, que la Grèce apprit à unir toutes ses forces contre eux,

et l'Europe lui doit le premier triomphe qu'elle ait obtenu sur l'Asie, triomphe qui fut l'époque d'un changement total dans le sort de la Grèce. Car nous étions depuis long-temps accoutumés à voir nos villes commandées par ceux d'entre les Barbares

que

la fortune réduisait à fuir leur propre pays. C'est ainsi que Danaüs était sorti de l'Egypte pour venir gouverner Argos; que Cadmus, né à Sidon, avait régné sur les Thébains ; que les Cariens, bannis s étaient emparés des iles, et la postérité de Tantale, de tout le Péloponnèse.

Mais après avoir détruit Trovo, la Grèce reprit bientôt une telle supériorité, qu'elle soumit, à son tour, jusques dans le coeur de l'Asie , des villes et des provinces.

» Ceux donc qui voudront entreprendre d'ajouter à l'éloge d'Hélène de nouveaux ornements , trouveront assez, dans de semblables considérations, de quoi composer à sa louange des discours fleuris s.

AVERTISSEMENT

SUR LA LETTRE A M. RENOUARD.

Pour l'intelligence de ce qui suit, il faut premièrement savoir que Paul-Louis , auteur de cette lettre, ayant découvert à Florence, chez les moines du mont Cassin, un manuscrit complet des Pastorales de Longus , jusque-là mutilées dans tous les imprimés, se préparait à publier le texte grec et une traduction de ce joli ouvrage, quand il reçut la permission de dédier le tout à la Princesse : ainsi appelait-on en Toscane la sour de Bonaparte, Élisa. Cette permission, annoncée par le préfet même de Florence, et devant beaucoup de gens, à Paul-Louis, le surprit. Il ne s'attendait à rien moins, et refusa d'en profiter disant pour raison que le public se moquait toujours de ces dédicaces; mais l'excuse parut frivole : le public, en ce temps-là, n'était rien, et Paul-Louis passa pour un homme peu dévoué à la dynastie qui devait remplir, tous les trônes. Le voilà noté philosophe, indépendant, ou pis encore, et mis hors de

la protection du gouvernement. Aussitôt on l'attaque; les gazettes le dénoncent comme philosophe d'abord , puis comme voleur de grec. Un signor Puccini, chambellan italien de l'auguste Élisa , quelque peu clerc , écrit en France, en Allemagne; cette vertueuse princesse elle-même mande à Paris qu'un homme, ayant trouvé

par

hasard , déterré un morceau de grec précieux, s'en était emparé pour le vendre aux Anglais. Cela voufait dire qu'il fallait fusiller l'homme et confisquer son grec, s'il y eût eu moyen; car déjà les savants étaient en possession du morceau déterré qui complétait Longus, de ce nouveau fragment en effet très-précieux, imprimé, distribué gratis avec la version de Paul-Louis.

Un autre Florentin, un professeur de grec appelé Furia, fort ignorant en grec et en toute langue, fâché de l'espèce de bruit que faisait cette découverte parmi les lettres d'Italie, met la main à la plume, comme feu Janotus, et compose ane brochure. Les brochures étaient rares sous le grand Napoléon: celle-ci fut lue de-là les monts, et même

parvint à Paris. M. Renouard, libraire, accusé dans ce pamphlet de s'entendre avec PaulLouis, pour dérober du grec aux moines, répondit seul; Paul-Louis pensait à autre chose.

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