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présent bien plus que de l'argent. Ce qu'achètent si cher d'honnêtes gens, c'est l'honneur ( l'honneur seul peut flatter un esprit généreux ), ce sont les priviléges attachés à ces places. En est-il en effet de plus beau, de plus grand que celui de pouvoir dire: Gendarmes, qu'on l'arrête, qu'on le mène en prison. Cela ne sent point du tout le robin , l'homme de loi. On ne voit rien là-dedans de ces lentes et pesantes formalités de justice que le cardinal de Retz reproche, avec tant de raison, à la magistrature, et qui, tant de fois, le firent enrager, comme luimême le raconte.

Il ne se plaindrait pas maintenant : tout a changé au-delà même de ce qu'il eût pu désirer alors. Notre jurisprudence, nos lois sont prévôtales; nos magistrats aussi doivent être expéditifs, et le sont. Vite, tốt; enprisonnez, tuez, on n'aurait jamais fait, s'il fallait tant d'ambages. et de circonlocutions. Tout chez nous porte empreint le caractère de ce héros, le génie du pouvoir , qui faisait en une heure une constitution , en quelques jours un code pour toutes les nations, gouvernait à cheval, organisait en poste , et fonda, en se débottant, un empire qui dure

Tout bien considéré, le parti le plus súr,

encore.

eux ,

c'est de respecter fort les procureurs du roi et leurs clercs; de fuir toute rencontre avec

tout démêlé; de leur céder non seulement le haut du pavé, mais tout le pavé, s'il se peut. Car enfin, on le sait, ce sont des gens fort sages, qui ne mettent en prison que pour de bonnes raisons, exempts de passions, calmes, impertubables, des hommes éprouvés sous le grand Napoléon, qui , cent fois dans le cours de sa gloire passée, tenta leur patience et ne l'a point lassée. Mais ce ne sont pas des saints; ils peuvent se fâcher. Un mot, avec paraphe , le commandant est là. Veuillez..... et aussitôt gendarmes de courir , prison de s'ouvrir ; quand vous y serez,

la charte ne vous en tirera pas. Vous pourrez

rêver à votre aise la liberté individuelle. Non , respectons les gens du roi, ou les gens de l'empereur , qui happent au nom du roi. C'est le conseil que je prends pour moi , et que je donne à mes amis.

Mais je me suis trompé, Monsieur, je m'en aperçois; ce n'est pas là toute la lettre du procureur

du roi : avec ce que je vous ai transcrit , il y a quelque chose encore. Il y a d'abord ceci : Le procureur du roi, à M. le commandant de la gendarmerie. Monsieur le commandant ; et puis, j'ai l'honneur d'étre, Monsieur le commandant ,

aicc

considération votre très humble et très obeissant serviteur.

Le tout s'accorde parfaitement avec veuillez mettre en prison. Veuillez, c'est comme on dit : faites-moi l'amitié, obligez-moi de grâce , rendez-moi ce service, à la charge d'autant. Je suis votre serviteur , cela s'entend. Il est serviteur du gendarme, qui, au besoin , sera le sien ; ils sont serviteurs l'un de l'autre contre l'administré qui les paie tous deux ; car l'homme qu'on emprisonne est un cultivateur. C'est un bon paysan qui a déplu au maire cn lui demandant de l'argent. Celui-ci , par le moyen du procureur du roi, dont il est serviteur , a fait juger et condamner l'insolent vilain , que

ledit

procureur du roi ,

, par son serviteur le gendarme , a fait constituer ès prisons. C'est l'histoire connue; cela se voit partout.

Oh! que nos magistrats donnent de grands exemples ! quelle sévérité ! quelle rigidité ! quelle exactitude scrupuleuse dans l'observation de toutes les formes de la civilité? Celuici peut-être oublie dans sa lettre quelque chose, comme de faire mention d'un jugement ; mais il n'oublie pas le très-humble serviteur, l'honneur d'être, et, le reste , bien plus important que le jugement, et tout , pour monsieur le gendarme. Au bour

reau,

sans doute , il écrit : Monsieur le bourreau, veuillez tuer, et je suis votre serviteur. Les procureurs du roi ne sont

pas

seulement d'honnêtes gens; ce sont encore des

gens

fort honnêtes. Leur correspondance est civile comme les parties de monsieur Fleurant. Mais on pourrait leur dire aussi comme le malade imaginaire; ce n'est pas tout d'être civil, ce n'est pas tout pour un magistrat d'être serviteur des gendarmes ; il faudrait être bon , et ami de l'équité.

LETTRE V.

Vérets, 12 novombre 1819. MONSIEUR, Dans ces provinces , nous avons nos bandes noires, comme vous à Paris, à ce que j'entends dire. Ce sont des gens qui n'assassinent point , mais qui détruisent tout. Ils achètent de grands biens pour les revendre en détail, et, de profession, décomposent les grandes propriétés. C'est pitié de voir quand une terre tombe dans les mains de ces gens-là ; elle se perd, disparaît. Château, chapelle, donjon, tout s'en va, tout s'abîme. Les avenues rasées , labourées de cà , delà; i

n'en reste pas trace. Où était l'orangerie s'élève une métairie, des

granges,

des étables pleines de vaches et de cochons. Adieu bosquets, parterres, gazons, allées d'arbrisseaux et de fleurs ; tout cela morcelé entre dix paysans; l'un y va fouir des haricots, l'autre de la vesce. Le château , s'il est vieux, se fond en une douzaine de maisons qui ont des portes et des fenêtres , mais ni tours , ni créneaux, ni pont-levis , ni cachots, ni antiques souvenirs. Le parc seul demeure entier, défendu

par de vieilles lois qui tiennent bon contre l'industrie. Car on ne permet pas

de défricher les bois , dans les cantons les mieux cultivés de la France, de peur d'être obligé d'ouvrir ailleurs des routes et de creuser des canaux, pour l'exploitation des forêts. Enfin, les gens dont je vous parle se peuvent nommer les fléaux de la propriété. Ils la brisent, la pulvérisent, l'éparpillent encore après la révolution, mal vus pour cela d'un chacun. On leur prête , parce qu'ils rendent , et passent pour exacts; mais d'ailleurs on les hait, parce qu'ils s'enrichissent de ces spéculations : eux-mêmes paraissent en avoir honte, et n'osent quasi se montrer. De tous côtés on leur cric hepp! hepp! Il n'est si mince autorité qui ne triomphe de les surveiller. Leurs procès ne sont jamais douteux; les juges

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