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car,

pas assez

vous

plupart même d'entre vous se moquèrent un peu avec moi de mes nobles concurrents ;

tout en les nommant de préférence à moi, vous les savez bien apprécier, et n'êtes

peu
instruits

pour me confondre avec messieurs de l’OEil-de-Boeuf. Enfin, me rendîtes justice, en convenant que j'étais ce qu'il fallait pour une des trois places à remplir dans l'Académie. Mais quoi ? mon sort est de n'être rien. Vous'eûtes beau vouloir faire de moi quelque chose, mon étoile l'emporta toujours, et vos suffrages, détournés par cet ascendant, tombèrent , Dieu sans doute le voulant, sur le gentilhomme ordinaire.

La noblesse, Messieurs, n'est pas une chimère, mais quelque chose de très réel, très solide, très bon, dont on sait tout le prix. Chacun en veut tâter; et ceux qui autrefois firent les dégoûtés, ont bien changé d'avis depuis un certain temps. Il n'est vilain qui, pour se faire un peu décrasser , n'aille du Roi à l'usurpateur et de l'usurpateur au Roi, ou qui, faute de mieux, ne mette du moins un de à son nom, avec grande raison vraiment. Car, voyez ce que c'est, et la différence qu'on fait du gentilhomme au roturier, dans le pays même de l'égalité, dans la république des lettres. Chardon de la Ro

chette (vous l'avez tous connu), paysan comme moi , malgré ce nom pompeux, n'ayant que du savoir, de la probité, des mours, enfin, un homme de rien, abîmé dans l'étude , dépense son patrimoine en livres, en voyages, visite les monuments de la Grèce et de Rome, les bibliothèques, les savants, et devenu lui-même un des hommes les plus savants de l'Europe, connu pour

tel par ses ouvrages', se présente à l'Académie, qui tout d'une voix le refuse. Non, c'est mal dire; on ne fit nulle attention à lui, on ne l'écouta pas. Il en mourut, grande sottise. Le vicomte Prevost passe sa vie dans ses terres , foulant le parfum de ses plantes

fleuries, il compose un couplet afin d'entretenir ses douces rêveries. L'Académie qui apprend cela, (non pas l'Académie française, où deux vers se comptent pour un ouvrage; mais la vôtre, Messieurs, l'Académie en us, celle des Barthélemi, des Dacier, des Saumaise), offre timidement à M. le vicomte une place dans son sein ; il fait signe qu'il acceptera , et le voilà nommé tout d'une voix. Rien n'est plus simple que cela : un gentilhomme de nom et d'armes, un homme comme M. le vicomte, est militaire sans faire la guerre, de l'Académie sans savoir lire. La coutume de France ne veut pas, dit Molière , qu'un

gentilhomme sache rien faire, et la même coutume veut que toute place lui soit dévolue, même celle de l'Académie.

Napoléon, génie, dieu tutélaire des races antiques et nouvelles, restaurateur des titres, sauveur des parchemins; sans toi la France perdait l'étiquette et le blason, sans toi..... Oui, Messieurs, ce grand homme aimait comme vous la noblesse, prenait des gentilshomines pour en faire ses soldats, ou bien de ses soldats faisait des gentils-hommes. Sans lui, les vicomtes que seraient-ils ? pas

même académiciens.

Vous voyez bien, Messieurs, que je ne vous en veux point. Je cause avec vous : ct de fait, si j'avais à me plaindre, ce serait de moi, non pas de vous. Qui diantre me poussait à vouloir être de l'Académie, et qu'avais-je besoin d'une patente d'érudit, moi, qui sachant du grec autant qu'homme de France, étais connu et célébré par tous les doetes de l'Allemagne, sous les noms de Correrius, Courierus, Hemerodromus, Cursor, avec les éphitètes de vir ingeniosus , vir acutissimus, vir praestantissimus, c'est-à-dire, homme d'éro'ition , homme de capacité, comme le docteur Pancrace. J'avais étudié pour savoir , ct j'y étais parvenu, au jugement des experts. Que me fallait-il davantage? Quelle bizarie

fantaisie à moi, qui m'étais moqué quarante ans des cotteries littéraires, et viyais en repos loin de toute cabale, de m'aller jeter au inilieu de ces méprisables intrigues?

A vous parler franchement, Messieurs, c'est là le point embarrassant de mon apologie; c'est là l'endroit que je sens faible et que je me voudrais cacher. De raisons, je n'en ai point pour plâtrer cette sottise , ni même d'excuse valable. Alléguer des exemples, ce n'est pas se laver, c'est montrer les taches des autres. Assez de gens, pourrai-je dire, plus sages que moi, plus habiles, plus philosophes (Messieurs, ne vous effrayez pas), ont fait la même faute et bronché en même cheinin aussi lourdement. Que prouve cela? quel avantage en puis-je tirer, sinon de donner à penser que par-là seulement je leur ressemLle ! Mais , pourtant , Coraï, Messieurs..... parmi ceux qui ont pris pour objet de leur étude les monuments écrits de l'antiquité grecque, Coraï tient le premier rang, nul ne s'est rendu plus célèbre; ses ouvrages nombreux, sans être exempts de fautes, font l'admiration de tous ceux qui sont capables d'en juger; Coraï heureux et tranquille à la tête des hellénistes, patriarche, en un mot, de la Grèce savante, et partout révéré de tout ce qui sait lire alpha et omega; Coraï une fois a

voulu être de l'Académie. Ne me dites point, mon cher maître, ce que je sais comme tout · le monde, que vous l'avez bien peu voulu, que jamais cette pensée ne vous fût venuesans les instances de quelques amis moins zelés pour vous, peut-être que pour l'Académie, et qui croyaient de son honneur que votre nom parût sur la liste, que vous cédâtes avec peine, et ne fûtes prompt qu'à vous retirer. Tout cela est vrai et vous est commun avec moi, aussi bien que le succès. Vous avez voulu comme moi, votre indigne disciple, être de l'Académie. C'était sans contredit aspirer à descendre. Il vous en a pris comme à moi. C'est-à-dire qu'on se moque de nous deux. Et plus que moi, vous avez, pour faire cette demande, écrit à l'Académie

qui a votre lettre, et la garde. Rendez-la lui , Messieurs, de grâce, ou ne la montrez pas du moins. Une coquette montre les billets de l'amant rebuté, mais elle ne va pas se prostituer à Jomard.

Jomard à la place de Visconti! M. Prevost d'Irai succédant à Clavier ! voilà de furieux arguments contre le progrès des lumières, et les frères ignorantins , s'ils ne vous ont euxmêmes dicté ces nominations, vous en doivent savoir bon gré.

Jomard dans le fauteuil de Visconti ! je crois

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