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Lorsque nous avons jeté le plan de notre entreprise, nous avons pris pour base les collections partielles qui avaient été publiées antérieurement. Nous savions qu'elles étaient incomplètes; mais nous étions loin de nous douter à quel point. Deux publications de ce genre étaient sous nos yeux, celle de Lallement et celle de Bossange : la première n'est composée, comme on le sait, que des discours remarquables prononcés à la tribune des Assemblées législatives, classés tantôt par ordre de matières, tantôt par ordre de dates. On n'y trouve ni la narration des séances, ni celle des événemens, ni les commentaires de la presse, ni les discussions des clubs, rien en un mot de ce qui constitua la vie révolutionnaire. Il était donc certain pour nous que nous aurions beaucoup à ajouter à cette collection(1); mais nous avions cru apercevoir la possibilité d'un grand nombre de retranchemens. Lallement avait en effet conçu son oeuvre d'un point de vue tout spécial. Il l'avait adressée plutôt aux hommes qui sont par état obligés d'étudier la jurisprudence et l'art oratoire, qu'aux hommes politiques. Beaucoup de discours nous paraissaient donc pouvoir être laissés de côté; de cette manière, nous espérions dépasser seulement sa collection de quelques volumes. Mais il n'en put être ainsi; la réflexion changea notre premier projet : nous pensames qu'opérer un retranchement dont le résultat serait qu'il y eût quelque chose dans l'ouvrage de Lallement que l'on ne pût trouver dans le nôtre, serait faire une faute

grave; que c'était priver notre oeuvre d'une partie de sa valeur, et enfin tromper l'espérance de nos souscrip

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(1) Elle est composée de vingt-deux yolumes in-8°, y compris le supplément et la table.

teurs. Cette réflexion et le devoir qu'elle nous imposa nous fit une nécessité de dépasser le nombre de volumes que Lallement avait employés, quelque serré que fût d'ailleurs le caractère d'impression dont nous nous seryions.

Le second ouvrage sur lequel nous avons pu établir nos prévisions était l'exposé des débats de la Convention publié par Bossange (1); celui-ci était non moins incomplet que le précédent. Il ne contenail non plus rien de ce qui était extérieur à la Convention, et semblait avoir été conçu plutôt dans le but d'exposer la partie dramatique que la partie sérieuse des séances ; encore, sous le premier rapport, présentait-il à tous momens la marque de retranchemens considérables, nécessités par l'absence complète de narration et par l'impossibilité qui s'ensuivait de rendre intelligibles quelques - unes des journées les plus orageuses et les plus disputées de cette célèbre assemblée. Cependant ce travail fut un des élémens du calcul sur lequel nous essayâmes de prévoir l'étendue et la durée de nos annales révolutionnaires. Nous comptions que huit volumes suffiraient à l'histoire de la Constituante, autant à celle de la Convention, trois ou quatre à celle de la Législative. Or, nos lecteurs savent déjà à quel point nous nous sommes trompés. Quant à nous, nous avons dû bientôt renoncer à nous fixer une limite positive. Placés vis-à-vis de matériaux immenses, appelés à rectifier de nombreuses et graves erreurs, nous nous sommes arrêtés à n'avoir d'autres bornes que le critérium sévère d'un choix fait dans la seule vue de l'intérêt historique, de l'utilité pratique et

(1) Il se compose de cing volumes.

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Lorsque nous avons jeté le plan de notre entreprise, nous avons pris pour base les collections

partielles qui avaient été publiées antérieurement. Nous savions qu'elles étaient incomplètes; mais nous étions loin de nous douter à quel point. Deux publications de ce genre étaient sous nos yeux, celle de Lallement et celle de Bossange : la première n'est composée, comme on le sait, que des discours remarquables prononcés à la tribune des Assemblées législatives, classés tantôt par ordre de matières, tantôt par ordre de dates. On n'y trouve ni la narration des séances, ni celle des événemens, ni les commentaires de la presse, ni les discussions des clubs, rien en un mot de ce qui constitua la vie révolutionnaire. Il était donc certain pour nous que nous aurions beaucoup à ajouter à cette collection(i); mais nous avions cru apercevoir la possibilité d'un grand nombre de retranchemens. Lallement avait en effet conçu son oeuvre d'un point de vue tout spécial. Il l'avait adressée plutôt aux hommes qui sont par état obligés d'étudier la jurisprudence et l'art oratoire, qu'aux hommes politiques. Beaucoup de discours nous paraissaient donc pouvoir être laissés de côté; de cette manière , nous espérions dépasser seulement sa collection de quelques volumes. Mais il n'en put être ainsi; la réflexion changea notre premier projet : nous pensâmes qu'opérer un retranchement dont le résultat serait qu'il y eût quelque chose dans l'ouvrage de Lallement que l'on ne pût trouver dans le nôtre, serait faire une faute

grave; que c'était priver notre oeuvre d'une partie de sa valeur, et enfin tromper l'espérance de nos souscrip

(1) Elle est composée de vingt-deux yolumes in-8°, y compris le supplémeut et la table.

teurs. Cette réflexion et le devoir qu'elle nous imposa nous fit une nécessité de dépasser le nombre de volumes

que

Lallement avait employés, quelque serré que fût d'ailleurs le caractère d'impression dont nous nous seryions.

Le second ouvrage sur lequel nous avons pu établir nos prévisions était l'exposé des débats de la Convention publié par Bossange (1); celui-ci était non moins incomplet que le précédent. Il ne contenait non plus rien de ce qui était extérieur à la Convention, et semblait avoir été conçu plutôt dans le but d'exposer la partie dramatique que la partie sérieuse des séances ; encore, sous le premier rapport, présentait-il à tous momens la marque de retranchemens considérables, nécessités par l'absence complète de narration et par l'impossibilité qui s'ensuivait de rendre intelligibles quelques - unes des journées les plus orageuses et les plus disputées de cette célèbre assemblée. Cependant ce travail fut un des élémens du calcul sur lequel nous essayâmes de prévoir l'étendue et la durée de nos annales révolutionnaires. Nous comptions que huit volumes suffiraient à l'histoire de la Constituante, autant à celle de la Convention, trois ou quatre à celle de la Législative. Or, nos lecteurs savent déjà à quel point nous nous sommes trompés. Quant à nous, nous avons dû bientôt renoncer à nous fixer une limite positive. Placés vis-à-vis de matériaux immenses, appelés à rectifier de nombreuses et graves erreurs, nous nous sommes arrêtés à n'avoir d'autres bornes que le critérium sévère d'un choix fait dans la seule vue de l'intérêt historique, de l'utilité pratique et

(1) Il se compose de cinq volumes.

de l'enseignement politique; et afin de ne nous point tromper sous ce rapport, de ne point dépasser les limites que nous fixerait la vérité elle-même, quant au nombre des faits et des pièces, de concilier, en un mot, l'exactitude avec la brièyeté, nous avons pris le parti de ne nous servir que des pièces officielles et des documens originaux. Nous avons maiņtenant acquis, par expérience, la preuve que ce parti était le meilleur, car il nous a été possible de concentrer dans un nombre assez restreint de volumes, la substance de matériaux dont la masse était effrayante au premier coup d'ail, et de présenter sous leur aspect réel les grands comme les petits événemens du mouvement révolutionnaire.

L'usage de ce mode a donné à potre travail l'une des qualités les plus précieuses dont nous ayons désiré de le revêtir , celle d'être le moyen de vérification assuré pour toutes les histoires, tous les mémoires qui avaient été déjà publiés sur la révolution. Par ce moyen, nous ayons acquis même la possibilité de rectifier des faits et des actes dont la presse ou les passions contemporaines avaient dénaturé le caractère; de placer, en un moļ, le doute ou la négation en face d'assertions contemporaines, ainsi qu'elles devaient exister : nos lecteurs en ont dû trouyer, et ils en recueilleront daus l'avenir plu

sieurs preuves.

Les matériaux dont nous nous sommes servis étaienų pour la plupart oubliés dans le fond de quelques bibliothèques publiques ou particulières. Aucun historien , par exemple, avant nous, n'avait, nous pouvons l'assurer, fouillé l'immense, quoique incomplète, collection amassée à la Bibliothèque royale. Les Archives de la ville avaient seules été

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