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clure, capable d'établir les vérités nécessaires à l'homme. >>

On connaît à présent le fond de sa pensée. J'entre plus particulièrement dans le plan et la suite de ses leçons de la Sorbonne, qui marquaient d'avance l'ordre et la division de son ouvrage projeté, chaque année de son cours devant fournir la matière d'un volume.

Pendant la première année, il se proposait d'exposer et de caractériser successivement l'école sophistique dans ses deux principaux représentants, Gorgias et Protagoras; l'école mégarique dans Euclide surtout; l'école pyrrhonienne primitive dans Pyrrhon et Timon le sillographe ; la nouvelle Académie dans Arcésilas et Carnéade; la seconde école pyrrhonienne dans Ænésidème, Agrippa et Sextus Empicurus : matière d'un premier volume. Il se tint parole; et, malgré l'ébranlement de sa santé, il suivit jusqu'au bout ces phases de la philosophie sceptique, dans les leçons non interrompues de l'année scolaire 1861-1862, dont j'ai entre les mains les plans et les manuscrits.

La seconde année devait être consacrée à l'examen critique du scepticisme au seizième siècle dans Montaigne, Charron, Sanchez; et au dix-septième siècle dans Pascal, Huet, Lamothc le Vayer, Bayle : c'était la matière d'un second volume. Mais contraint plus d'une fois, par le déclin sensible de ses forces d'interrompre ses leçons, pressé d'ailleurs d'arriver à Pascal, dont la grande figure domine toute cette renaissance du scepticisme, M. Saisset ne put pas suivre ici la marche qu'il s'était tracée. Il s'appesantit à son gré sur le scepticisme du livre des Pensées, dans les leçons du premier semestre de l'année 1862-1863, et il ne put aller au delà.

La troisième année l'aurait conduit à étudier le scepticisme du dix-huitième siècle dans David Hume et Kant, avec son contre-coup et son développement ultérieur dans le dix-neuvième siècle jusqu'à nos jours : il aurait touché là à ce qu'il appelait les plaies intellectuelles de notre temps: c'était la matière d'un troisième volume au moins.

S'il avait réalisé ce plan très-vaste, c'est une histoire complète du scepticisme depuis ses lointaines origines jusqu'à ses derniers retentissements au milieu de nous, ce sont trois volumes que je devrais aujourd'hui présenter aux amis de la philosophie, pour que leur attente ne fût pas trompée. C'est avec ces proportions que l'æuvre leur a été primitivement annoncée de l'agrément de l'auteur. Une autre raison de plus d'autorité encore m'aurait fait une loi de leur offrir, si je l'avais pu, une telle publication : c'est que j'aurais pleinement accompli les intentions de mon frère, en faisant connaître après sa mort l'auvre conçue et entreprise avec amour qu'il s'était bercé de l'espoir d'achever de son vivant. Cette satisfaction ne m'a pas

été permise. Je crois bien faire d'expliquer ici pourquoi je ne publie qu'un volume, et comment j'y ai distribué les parties dignes de paraître de l'æuvre considérable que l'auteur s'était proposée. Quant à la part qui manque, personne ne regrettera plus que moi qu'elle soit grande: il faut s'en prendre à la maladie et à la mort, ces deux ennemis inexorables de toute æuvre humaine, qui ne lui ont pas laissé le temps de donner davantage. Loin d'avoir écrit toute l'histoire du scepticisme, il n'a pas même eu le temps de l'exposer jusqu'au dix-huitième siècle dans son cours de la Faculté des lettres, qui s'est arrêté après Pascal: ni son cours, ni son livre, n'ont eu leur fin naturelle. Mais il en a achevé certaines parties. Je les publie, ne pouvant me résoudre, on le comprendra, je l'espère, à les vouer, malgré des traces d'imperfection, au silence et à l'oubli. Peut-être quelque voix s'élèvera pour dire : Pendent opera interrupta. Je l'avoue; mais à ses premières assises un regard impartial ne méconnaîtra pas la beauté du monument, ni dans ses parties achevées l'art consommé de l'exécution; c'est ce qui m'a décidé.

Voici la composition du volume.

Après un Avant-propos sur le caractère et sur les causes du développement de l'esprit et de la philoso

phie sceptiques, reproduction exacte de la leçon d'ouverture du cours de 1861, on trouvera une première étude intitulée : Le scepticisme d'Ænésidème. Sous un titre modeste, c'est l'histoire critique du scepticisme dans l'antiquité. Mais tandis qu'à la Sorbonne M. Saisset l'avait en quelque sorte morcelée sous la forme de monographies successives, cette histoire est ici concentrée autour de la personne d'Ænésidème qui lui donne son unité : unité vraie, si l'on songe qu'Ænésidème représente, en les résumant, les sceptiques venus avant lui, avec le mérite supérieur d'avoir fondu leurs doctrines diverses dans un système rigoureux et lié, si l'on songe aussi qu'il n'a laissé après lui que des disciples dont pas un ne l'égale; de sorte qu'il apparaît à l'historien philosophe comme la personnification du scepticisme antique. Je ne crois pas avancer une nouveauté en déclarant que c'est là, à mon sens, l'art véritablement savant et lumineux d'écrire l'histoire d'une école qui a beaucoup duré, comme le scepticisme grec pendant des siècles. Quand un écrivain rencontre dans le passé un personnage de la nature d'Ænésidème et de sa hauteur, au-dessous duquel se subordonnent sans effort, comme autant de membres d'un corps, tous ses prédécesseurs dans l'école dont il est la tête, c'est une bonne fortune pour les lecteurs comme pour lui. C'est l'ordre, la lumière, le mouvement, mis à la place des embarras d'une revue interminable. Craindra-t-on que personne y ait perdu ? Les sophistes, les mégariques, les académiciens probabilistes, les pyrrhoniens, toutes les écoles de scepticisme, tous leurs représentants éminents sont là caractérisés en traits précis et souvent nouveaux. Ænésidème y tient la plus grande place, comme il l'a tenue par son génie organisateur dans les destinées de l'école. Ce n'est pas tout : la question du scepticisme en lui-même y est posée, analysée avec étendue, et ramenée non sans profondeur à trois points précis sur lesquels l'auteur a établi une discussion régulière. Il en sort une démonstration de l'impossibilité pour un sceptique de bonne foi de garder l'équilibre systématique de l'école entre l’affirmation et la négation, tant sur l'évidence de nos principes naturels, que sur la légitimité de notre foi dans la raison.

Au reste, c'est ici un travail qui, j'ai trop tardé à le dire, n'est plus absolument à juger et auquel il m'est permis de présager, sur une première épreuve, un favorable accueil. Il n'est pas autre chose, en effet, que la reproduction d'une thèse soutenue par M. Émile Saisset devant la Faculté des lettres de Paris avec une solidité d'érudition et d'argumentation dont ses maîtres et ses témoins n'ont pas perdu le souvenir. On y admirera encore la savante restitution de la personnalité ense

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