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Un souffle, une ombre, un rien, tout lui donnait la fièvre.

Le mélancolique animal,

En rêvant à cette matière,
Entend un léger bruit : ce lui fut un signal

Pour s'enfuir devers sa tanière (1).
Il s'en alla passer sur le bord d'un étang.
Grenouilles aussitôt de sauter dans les ondes;
Grenouilles de rentrer en leurs grottes profondes.

Oh ! dit-il, j'en fais faire autant

Qu'on m'en fait faire! Ma présence
Effraie aussi les gens ! je mets l'alarme au camp!

Et d'où me vient cette vaillance?
Comment! des animaux qui tremblent devant moi!

Je suis donc un foudre de guerre !
Il n'est, je le vois bien, si poltron sur la terre,
Qui ne puisse trouver un plus poltron que soi (2).

(1) Le lièvre n'a point de tapière, il n'a qu'un gîte à ciel ouvert. (2) Un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire.

BOILEAU,

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Sur la branche d'un arbre était en sentinelle

Un vieux coq adroit et matois.
Frère, dit un renard, adoucissant sa voix,

Nous ne sommes plus en querelle :

Paix générale cette fois.
Je viens te l'annoncer; descends, que je t'embrasse;

Ne me retarde point, de grâce;
Je dois faire aujourd'hui vingt postes sans manquer.

(1) Æsop., 88, Canis, Gallus et Vulpes; 36, Canis et Gallus. Philibert Hégemon, fable 14, dans La Colonibière, 1583, in-12, p. 54 verso. -Pulci, Morgante maggiore, c. IX, st. 20.

(1) mesure itinéraire're

P, p. 123 d. Viss last

Les tiens et toi pouvez vaquer,
Sans nulle crainte, à vos affaires,
Nous vous y servirons en frères.
Faites-en les feux (1) dès ce soir,
Et cependant viens recevoir

Le baiser d'amour fraternelle.
Ami, reprit le coq, je ne pouvais jamais
Apprendre une plus douce et meilleure nouvelle

Que celle

De cette paix;
Et ce m'est une double joie
De la tenir de toi. Je vois deux lévriers,

Qui, je m'assdre, sont courriers

Que pour ce sujet on envoie :
Ils vont vite, et seront dans un moment à nous.
Je descends; nous pourrons nous entre-baiser tous.
Adieu, dit le renard, ma traite est longue à faire.
Nous nous réjouirons du succès de l'affaire

Une autre fois. Le galant aussitôt
Tire ses grègues (2), gagne au haut,
Mal content de son stratagème.
Et notre vieux coq en soi-même

Se mit à rire de sa peur;
Car c'est double plaisir de tromper le trompeur.

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L'oiseau de Jupiter enlevant un mouton,

Un corbeau, témoin de l'affaire,

(1) Verdizotti, Cento favole bellissime, 1661, in-8, p. 163; fab. 67, Aquila e'l Corvo.

- Corrozet, 69. – Esop., 3, Aquila et Graculus; 207, Graculus et Pastor.

Et plus faible de reins, mais non pas moins glouton,

En voulut sur l'heure autant faire.

Il tourne à l'entour du troupeau,
Marque entre cent moutons le plus gras, le plus beau,

Un vrai mouton de sacrifice :
On i'avait réservé pour la bouche des dieux.
Gaillard corbeau disait, en le couvant des yeux :

Je ne sais qui fut ta nourrice;
Mais ton corps me paraît en merveilleux état:

Tu me serviras de pâture.
Sur l'animal bêlant à ces mots il s'abat.

La moutonnière (1) créature
Pesait plus qu'un fromage; outre que sa toison

Était d'une épaisseur extrême,
Et mêlée à peu près de la même façon

Que la barbe de Polyphème.
Elle empêtra si bien les serres du corbeau,
Que le pauvre animal ne put faire retraite:
Le berger vient, le prend, l'encage bien et beau,
Le donne à ses enfants pour servir d'amusette (2).
Il faut se mesurer : la conséquence est nette :
Mal prend aux volereaux (3) de faire les voleurs..

L'exemple est un dangereux leurre :
Tous les mangeurs de gens ne sont pas grands seigneurs;
Où la guêpe a passé, le moucheron demeure.

(1) Mot créé par La Fontaine.
(2) Ce trait, qui n'est pas dans Ésope, a été emprunté à Corrozet, fable Lxıx:

Lors un pasteur, qui veid ceste folie,
Accourt bien tost, puis le prend et le lie,
Les esles couppe, et, sans aultre desbat,
A ses enfants le baille

pour

esbat. (3) Mot créé ou du moins introduit dans la laague classique par notre auteur.

XVII. Le Paon se plaignant à Junon (4).

Le paon se plaignait à Junon.
Déesse, disait-il, ce n'est pas sans raison

Que je me plains, que je murmure :
Le chant dont vous m'avez fait don

Déplaît à toute la nature;
Au lieu qu’un rossignol, chétive créature,

Forme des sons aussi doux qu'éclatants,
Est lui seul l'honneur du printemps.
Junon répondit en colère :

Oiseau jaloux, et qui devrais te taire,
Est-ce à toi d'envier la voix du rossignol,
Toi

que l'on voit porter à l'entour de ton col Un arc-en-ciel nué (2) de cent sortes de soies;

Qui te panades (), qui déploies
Une si riche queue et qui semble à nos yeux

La boutique d'un lapidaire?
Est-il quelque oiseau sous les cieux

Plus que toi capable de plaire?
Tout animal n'a pas toutes propriétés.
Nous vous avons donné diverses qualités :
Les uns ont la grandeur et la force en partage;
Le faucon est léger, l'aigle plein de courage,

Le corbeau sert pour le présage;
La corneille avertit des malheurs à venir;

Tous sont contents de leur ramage.
Cesse donc de te plaindre; ou bien, pour te punir,

Je t'ôterai ton plumage.

(1) Phædr., III, 18, Pavo ad Junonem. (2) Nuancé.

(3) Se panader a été fait du nom français du paon lui-même, comme se pavaner, qui est l'emploi ordinaire, a été fait du nom latin.

(Ch. NODIER.,

XVIII. La Chatte métamorphosée en Femme (1). Un homme chérissait éperdument sa chatte; Il la trouvait mignonne, et belle, et délicate,

Qui miaulait d'un ton fort doux :

Il était plus fou que les fous.
Cet homme donc, par prières, par larmes,

Par sortiléges et par charmes,
Fait tant qu'il obtient du destin
Que sa chatte, en un beau matin,
Devient femme; et, le matin même,
Maître sot en fait sa moitié.
Le voilà fou d'amour extrême,
De fou qu'il était d'amitié.
Jamais la dame la plus belle
Ne charma tant son favori
Que fait cette épouse nouvelle
Son hypocondre de mari.
Il l'amadoue; elle le flatte:
Il n'y trouve plus rien de chatte;
Et, poussant l'erreur jusqu'au bout,

La croit femme en tout et partout :
Lorsque quelques souris qui rongeaient de la natte
Troublèrent le plaisir des nouveaux mariés.

Aussitôt la femme est sur pieds.

Elle manqua son aventure.
Souris de revenir, femme d'être en posture :
Pour cette fois elle accourut à point;

Car, ayant changé de figure,
Les souris ne la craignaient point.
Ce lui fut toujours une amorce :
Tant le naturel a de force !

(1) Æsop., 48, 172, Felis el l'enus.

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