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Il se moque de tout : certain âge accompli,
Le vase est imbibé, l'étoffe a pris son pli (1).

En vain de son train ordinaire
On le veut désaccoutumer :
Quelque chose qu'on puisse faire,
On ne saurait le réformer.
Coups de fourche ni d'étrivières
Ne lui font changer de manières;
Et fussiez-vous embâtonnés, (1)
Jamais vous n'en serez les maîtres.
Qu'on lui ferme la porte au nez,
Il reviendra par les fenêtres (2).

(1) Quo semel est imbuta recens, servabit odorem testa diù.

(HORACB.) (8) Chassez le naturel, il revient au galop.

(Destouches.)

XIX. Le Lion et l'Ano chassants (-). Le roi des animaux se mit un jour en tête

De giboyer : il célébrait sa fête.
Le gibier du lion, ce ne sont pas moineaux,
Mais beaux et bons sangliers, daims et cerfs bons et beaux.

Pour réussir dans cette aflaire,
Il se servit du ministère

De l'âne à la voix de Stentor.
L'âne à messer lion fit office de cor.
Le lion le posta, le couvrit de ramée,
Lui commanda de braire, assuré qu'à ce son
Les moins intimidés fuiraient de leur maison.
Leur troupe n'était pas encore accoutumée

A la tempête de sa voix;

(1) Phædr., II, 1 (sive 2), Juvencus.- Æsop., 99, 130, Leo et Prædator. ,

laient bateri

L'air en retentissait d'un bruit épouvantable :
La frayeur saisissait les hôtes de ces bois;
Tous fuyaient, tous tombaient au piége inévitable

Où les attendait le lion.
N'ai-je pas bien servi dans cette occasion ?
Dit l'âne, en se donnant tout l'honneur de la chasse.
Oui, reprit le lion, c'est bravement crié :
Si je ne connaissais ta personne et ta race,

J'en serais moi-même effrayé.
L'âne, s'il eût osé, se fût mis en colère,
Encor qu'on le raillât avec juste raison;
Car qui pourrait souffrir un âne fanfaron

Ce n'est pas là leur caractère.

XX. — Testament expliqué par Ésope (1)
Si ce qu'on dit d'Esope est vrai,
C'était l'oracle de la Grèce :

Lui seul avait plus de sagesse
Que tout l'Aréopage. En voici pour essai

Une histoire des plus gentilles,
Et qui pourra plaire au lecteur (2).
Un certain bomme avait trois filles,
Toutes trois de contraire humeur:
Une buveuse; une coquette;
La troisième, avare parfaite.
Cet homme, par son testameni,

Selon les lois municipales,
Leur laissa tout son bien par portions égales,

(1) Phædr., IV, 5, Poeta.
(2) La Fontaine, dit Ch. Nodier, ne pense plus ici à son précepte:

Il ne faut jamais dire aux gens
Écoutez un bon mot, oyez une merveille.

En donnant à leur mère tant,

Payable quand chacune d'elles
Ne posséderait plus sa contingente part.

Le père mort, les trois femelles
Courent au testament, sans attendre plus tard.

On le lit, on tâche d'entendre
La volonté du testateur ;
Mais en vain : car comment comprendre

Qu'aussitôt que chacune seur
Ne possédera plus sa part héréditaire,

Il lui faudra payer sa mère ?
Ce n'est pas un fort bon moyen
Pour payer, que d'être sans bien.

Que voulait donc dire le père ?
L'affaire est consultée ; et tous les avocats,

Après avoir tourné le cas

En cent et cent mille manières,
Y jettent leur bonnet, se confessent vaincris,

Et conseillent aux héritières
De partager le bien sans songer au surplus.

Quant à la somme de la veuve,
Voici, leur dirent-ils, ce que le conseil treuve (1):
Il faut que chaque seur se charge par traité

Du tiers, payable à volonté;
Si mieux n'aime la mère en créer une rente,

Dès le décès du mort courante.
La chose ainsi réglée, on composa trois lots :

En l'un les maisons de bouteille,

Les buffets dressés sous la treille,
La vaisselle d'argent, les cuvettes, les brocs,

Les magasins de malvoisie,
Les esclaves de bouche, et, pour dire en deux mots,

L'attirail de la goinfrerie ;
Dans un autre, celui de la coquetterie,

(1) Troure.

La maison de la ville, et les meubles exquis,

Les eunuques et les coiffeuses,

Et les brodeuses,

Les joyaux, les robes de prix;
Dans le troisième lot, les fermes, le ménage,

Les troupeaux et le pâturage,

Valets et bêtes de labeur. Ces lots faits, on jugea que le sort pourrait faire

Que peut-être pas une seur

N'aurait ce qui lui pourrait plaire.
Ainsi chacune prit son inclination,

Le tout à l'estimation.
Ce fut dans la ville d'Athènes
Que cette rencontre arriva.

Petits et grands, tout approuva
Le partage et le choix : Ésope seul trouva

Qu'après bien du temps et des peines
Les gens avaient pris justement

Le contre-pied du testament.
Si le défunt vivait, disait-il, que l’Attique

Aurait de reproches de lui !

Comment! ce peuple, qui se pique D'être le plus subtil des peuples d'aujourd'hui, A si mal entendu la volonté suprême D'un testateur ! Ayant ainsi parlé,

Il fait le partage lui-même,
Et donne à chaque seur un lot contre son gré;

Rien qui pût être convenable,
Partant rien aux seurs d'agréable :
A la coquette, l'attirail
Qui suit les personnes buveuses;
La biberonne eut le bétail ;
La ménagère eut les coiffeuses.
Tel fut l'avis du Phrygien,
Alléguant qu'il n'était moyen
Plus sûr pour obliger ces filles

A se défaire de leur bien; Qu'elles se marieraient dans les bonnes familles

Quand on leur verrait de l'argent;

Paieraient leur mère tout comptant ;
Ne posséderaient plus les effets de leur père :

Ce que disait le testament.
Le peuple s'étonna comme il se pouvait faire

Qu'un homme seul eût plus de sens
Qu'une multitude de gens.

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