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quatre cens ans. Les Philofophes fe partagerent en deux Ecoles fameufes ; l'Ionique, dont Thalès fut le Chef; & l'Italique, qui fuivit Pythagore, comme je l'ai marqué auparavant. Mais les Philofophes qui fe font fait le plus de nom par-rapport à la Phyfique, font Démocrite & Leucippe parce qu'Epicure adopta leur fystême, qui nous a été expofé avec étendue par Lucréce.

Ce fystème, comme je l'ai déja obfervé, n'admettoit pour principes que les Atomes & le Vuide; deux points, dont P'un, je veux dire le Vuide, n'eft guéres concevable; & l'autre répugne à la raifon, fur tout par raport à l'inclinaison qu'Epicure donne à fes Atomes. Malgré les abfurdités qui fe trouvent dans ce fyftême, les Epicuriens font néanmoins, à proprement parler, les feuls Phyficiens de l'antiquité. Ils ont vû au moins qu'il ne faloit chercher les caufes de ce qui arrive aux corps que dans les corps mêmes, & leurs propriétés, le mouvement, le repos, la figure: & avec ce principe ils n'expliquent

*Depuis Thales jufqu'à Hipparque,qui termine le dénombrement des Phificiens de l'antiquité, on trouve à peu près ce nombre d'années.

pliquent pas mal certains effets de détail, quoiqu'ils foient dans des erreurs groffiéres fur les premiéres caufes.

Ariftote traita la Phyfique, ou plu tôt il la gâta, en fe fervant, pour l'explication des effets corporels, de ce qui ne peut appartenir qu'à l'ame, Sympathie, antipathie, horreur, &c. & ne donnant des définitions des chofes qu'en affignant quelques-uns de leurs effets, fouvent mal choifis, expofés d'une maniére obfcure, fans prefque jamais faire connoitre leurs caufes.

à

Ce ne fut qu'un fiécle avant la naif fance de Jefus - Chrift que la Phyfique commença à fe produire à Rome, & y parler le langage des Romains par la bouche de Lucréce.,, Enfin, dit ce Poéte Phyficien, les fecrets de la „Nature ne font plus des myftéres & je puis me vanter d'avoir fait pa ,,roitre le premier la Phyfique dans "Rome avec les agrémens de notre langue.

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Nunc ego fum, in patrias qui poffim verte

re voces.

Sénéque a avoue que c'eft depuis peu qu'on y connoit certainement la caufe des Eclipfes de Lune, & de plufieurs autres Phenoménes de la Nature. Je ne fai s'il a raifon. Dans le fiécle de b Pline, il y avoit déja longtems que l'on prédifoit & le jour & l'heure des Ecli pfes & Cicéron c affure que dès fon tems l'heure & la grandeur de toutes les Eclipfes, tant de la Lune que du Soleil, avoient été annoncées pour tous les fiécles à venir. On fait que Sulpitius Gallus, la veille du combat lib. 44. que devoit donner Paul Emile contre Perfée, prédit une Eclipfe de Lune qui devoit arriver la nuit fuivante, & en découvrit la raifon à l'armée. L'Eclipfe arriva précifément à l'heure marquée, ce qui le fit regarder com me un homme divin. Editâ horâ luna

cùn

a cur Luna deficiat, hoc apud nos quoque nuper ratio ad certum perduxit. Senec. Nat. Quaft. lib. 7. c. 25.

b Inventa eft jampridem ratio prænuntians horas, non modò dies ac noctes, folis lunæquæ defectum Plin. lib. 20. cap. 2.

c Defectiones folis & lunæ cognitæ prædic. tæque in omne pofterum tempus,quæ quantæ quando futuræ fint. Cic. de nat. deor. lib.z.n.

Livius

22.37

cum defeciffet, Romanis militibus Gall Sapientia prope divina videri. Ce dernier exemple prouve que ces fortes de connoiffances étoient fort rares alors parmi les Romains, & ils ne fe font jamais fortement appliqués à l'étude de la Phyfique, ni des autres fciences fupérieures.

Il n'en avoit pas été ainfi des Grecs. Elles furent longtems cultivées parmi eux; & fi l'honneur de l'invention ne leur en eft pas dû, on ne peut leur refufer celui de les avoir beaucoup perfectionnées. Il eft difficile de trouver un système du Monde applaudi de nos jours, que les Anciens au moins n'aient entrevû. Si nous fixons la Terre, comme Tycho, pour faire tourner autour d'elle le Soleil environné de Mercure & de Venus, c'est un fystéme connu de Vitruve. Il y en a qui fixent le Soleil & les Etoiles pour fai re tourner la Terre précisément fur fon centre de l'Occident à l'Orient : & c'eft le fyftême d'Ecphante Pytha cit. Phi- goricien du moins en partie, & celui lof. lib. de Nicétas le Syracufain. Le fiftéme 3.P. 896. à la mode aujourd'hui, c'est celui qui met le Soleil au centre d'un Tourbil lon, & qui range la Terre au nombre

Virtruv.

de Ar

chit, lib.

9. pag. 284.

287.

Plat

de pla

Cic.

Acad.

Quest.

lib. 4.

· des

des Planétes; qui fait tourner

Pla

nétes autour du Soleil dans cet ordre: Mercure, le plus proche du Soleil ; Vénus; la Terre tournoiant fur fon centre avec la Lune qui circule autour de la Terre, Mars, Jupiter; Saturne. Ce Système de Copernic n'est point nouveau: c'eft celui a d'Ariftarque, & d'une partie des Mathématiciens de l'Antiquité; celui de Cléanthe b de Samos; celui de c Philolaus ; des d Pythagoriciens enfin, & apparemment de Pythagore même.

En effet il feroit étonnant que ce fyftême de Copernic, qui paroit fi raifonnable, ne fût venu dans l'efprit d'aucun des anciens Philofophes. Je dis que ce fyftême paroit fort raifonnable: Car, fi la Terre étoit iminobile, il faudroit que le Soleil & tous les autres Aftres, qui font de très grands Corps, fiffent en vingt quatre heures autour de la Terre un tour immense; & que les Etoiles fixes qui feroient dans le plus grand Cercle, où le mouvement est toujours le plus fort, parcourruffent en un jour trois cens mil

a Stob. Eclog. Phys. pag. 54 56.
q Plut. de facie in orbe Luna, pag. 923.
c Plut. de placit. Philof. pag. 896.
d Ariftot. de cœlo, lib 2. cap. 13. pag. 658.

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