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rale le résultat de ses maurs : et j'aurai lieu d'observer en caractérisant l'écrivain, qu'un des plus grands ayantages de la forme dra- ; żnatique qu'il a donnée à son livre est de nous inontrer avec l'objet qui se présenté à sa pensée , l'impression qu'il en reçoit, et de nous inettre ainsi toujours en société avecluiîmême. Or, quand on a vécu long-tems dans cette société intime, il paraît moins difficile d'apprécier son ame que son esprit..,

PREMIÈRE PARTIE.

Écrire quelquefois avec génie est un don de la nature; écrire toujours avec art, c'est un métier qui deinande un long apprentisşage, un exercice laborieux. Voilà coinment écrit La Bruyère; et ces dernières expressions qui seules pouvaient rendre una pensée, c'est à lui que je les dois. « C'est un métier, dit» il, de faire un livre comme de faire une » pendule. Il ne suffit pas d'avoir de l'esprit » pour être auteur. » Non, sans doute, cela ne suffit pas pour être auteur comme La Bruyère : il ne suffirait pas même d'avoir plus d'esprit et de talent que lui. Il y a dans tout écrivain habile deux choses très - diffé.

MM

2 Une

rentes, le talent de l'auteur, et l'art de l'ouvrier. C'est la perfection de cet art qui m'é- * tonne sur-tout dans La Bruyère. Je le consi. dérerai donc d'abord comme un ouvrier excellent, plein d'industrie et de science."

Avant qu'il se proposât d'écrire , La Bruyère avait consumé plusieurs années de sa vie à observer les hommes (1). Jouissant enfin du repos et d'une heureuse indépendance, il pourrait méditer sur ses observations, les réunir en corps de doctrine, et en former un systêine de philosophie morale, Ce fut le projet de bien des moralistes; ce ne sera pas le sien. Soit qu'il ait plutôt, en effet, un esprit juste et perçant qu'une raison yaste et profonde, et qu'il se trouve ainsi moins porté à généraliser ses vues qu'à peindre ses impressions; soit qu'il redoute pour son livre le sort de ces Traités de morale qu’on admire en ne les lisant pas, et qui demeurent ensevelis dans le respect au fond

(1) Expressions de La Bruyère lui-même. -« Le philosophe consume sa vie à observer les hommes, etc.no Chap. I.er, Des Ouvrages de l'esprit.

des bibliothèques ; quoi qu'il en soit, il renoncé sans peine à la gloire d'un si long travail; et ce n'est point par modestie. « Ne verrons-nous pas de vous un in - folio, » se fait- il dire quelque part sous le nom *» d'un philosophe grec? Traitez de toutes » les vertus et de tous les vices dans un ou» vrage suivi, méthodique, qui n'ait point » de fin. — Ajoutez, répond-il, et qui n'au» rå nul cours ».

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Au moment donc de prendre la plume, il une semble l'entendre raisonner ainsi avec lui - même : Cet ouvrage suivi , ce Traité méthodique et qui n'ait point de fin, je ne le ferai point. Il faut être lu pour être utile. Au lieu de discourir savamment sur les vertus et sur les vices, je peindrai les vices et les vertus : ce que j'aurais mis en maximes, je le mettrai en action. J'ai vécu, observé, je . connais le monde ; j'introduirai dans le monde ceux qui ont nioins vécu ou moins observé que moi. Là, ils verront agir ceux que j'ai vu agir , et ceux que j'ai ouï parler je les leur ferai entendre. Or, si les hommes ont des mours, ou des habitudes morales, qui changent, et qui appartiennent aux indi

vidus, ils ont tous aussi des affections morales qui appartiennent à l'espèce , et qui ne changent point. En peignant ce qui est des hommes de mon tems et de ma nation, je peindrai donc ce qui est de l'homme de tous les siècles et de tous les lieux. Ainsi mon livre deviendra l'image des choses et des personnes : et dans les sociétés de Paris j'aurai fait voir l'espèce humaine. Il peut se faire que ce travail ne forme pas un gros in-folio; mais à cela près, et qu'il sera lu, il vaudra bien, je l'espère, un traité suivi , méthodique, et qui n'aurait point de fin.

Il me paraît donc que La Bruyère'a considéré son livre comme une scène morale et comique, où chacun de nous est à la fois spectateur et personnage, mais où lui seul est acteur , et se charge de jouer tous les rôles.

Si nous observons maintenant de quelle manière il étudie chacun de ces rôles, et comment il se prépare à chaque représenta- tion, nous découvrirons sans peine que la vérité, l'énergie, ou la finesse de l'exécution,

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tiennent beaucoup à l'idée première et au plan de son ouvrage; mais beaucoup plus ce-: pendant à sa méthode de coin position, où nous retrouvons encore ce même art de l'ouvrier dont lui seul peut nous offrir toutes les sortes d'exemples.

« L'homme du meilleur esprit, eomme il » l'observe lui-mêine, est inégal.... il entre • » en verve, inais il en sort : alors, s'il est

» sage, il parle peu , il n'écrit point..... » Chante-t-on avec un rhume ? ne faut-il » pas attendre que la voix revienne(1)? » La Bruyère est cet homme sage. Il ne chante pas avec un rhume; c'est-à-dire, il n'écrit jamais que dans ces moinens d'inspiration, où l'ame vivement frappée des objets, les reçoit et les réfléchit dans le discours coinme dans une glace fidèle. :

La forine seule de son livre pouvait lui permettre d'attendre toujours, et de toujours saisir , ces inoinens plus ou moins rares. Dans

(1) Chap. II, De l'homme. Tome II, édit. de Hollande, avec les Commentaires de M. Coste. *

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