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d'un abord farouche et difficile , qu'il n'aura point le visage austère et la mine triste, qu'il ne sera point paresseux et contemplatif, qu'il saura rendre, par une scrupuleuse attention, divers emplois très compatibles , qu'il pourra et qu'il voudra même tourner son esprit et ses soins aux grandes et laborieuses affaires, à celles sur-tout d'une suite la plus étendue pour les peuples et pour tout l'état : quand son caractère me fera craindre de le nommer en cet endroit, et que sa modestie l'empêchera, si je ne le nomme pas, de s'y reconnoître : alors je dirai de ce personnage, il est dévot; ou plutôt, c'est un homme donné à son siècle pour le modèle d'une vertu sincère et pour le discernement de l'hypocrisie.

Onuphre (1) n'a pour tout lit qu'une housse

(1) De Mauroy, qui, étant mousquetaire, se fit prêtre à Saint-Lazare, où il avoit été mis pour son libertinage. Il y vécut douze ans d'une manière assez régulière, ce qui lui fit donner la cure des Invalides; mais ensuite il revint à ses premiers excès, en gardant toujours les apparences; et ses dépenses avec les femmes furent telles, que pour les soutenir il engagea le patrimoine des Invalides : après avoir entretenu assez long-temps mademoiselle Doujat, il avoit fini par lui donner cinquante mille de serge grise, mais il couche sur le coton et sur le duvet : de même il est habillé simplement, mais commodément, je veux dire d'une étoffe fort légère en été, et d'une autre fort moelleuse pendant l'hiver ; il porte des chemises très déliées, qu'il a un très grand soin de bien cacher. Il ne dit point « ma haire et ma

discipline », au contraire; il passeroit pour ce qu'il est, pour un hypocrite, et il veut passer pour ce qu'il n'est pas, pour un homme dévot: il est vrai qu'il fait en sorte que l'on croie, sans qu'il le dise, qu'il porte une haire et qu'il se donne la discipline. Il y a quelques livres répandus dans sa chambre indifféremment: ouvrez-les, c'est le Combat spirituel, le Chrétien intérieur, et l'Année sainte : d'autres livres sont sous la clef. S'il marche par la ville et qu'il découvre de loin un homme devant qui il est nécessaire qu'il soit dévot; les yeux baissés, la démarche lente et modeste, l'air recueilli, lui sont familiers, il joue son rôle. S'il entre dans une église, il observe d'abord de qui il peut être vu, et, selon la découverte qu'il vient de faire, il se met à genoux et prie, ou il ne songe ni à se mettre à genoux ni à prier. Arrive-t-il vers lui un homme de bien et d'autorité qui le verra et qui peut l'entendre, non seulement il prie, mais il médite, il pousse des élans et des soupirs : si l'homme de bien se retire, celui-ci, qui le voit partir, s'apaise et ne souffle pas. Il entre une autre fois dans un lieu saint, perce la foule, choisit un endroit pour se recueillir, et où tout le monde voit qu'il s'humilie : s'il entend des courtisans qui parlent, qui rient, et qui sont à la chapelle avec moins de silence que dans l'antichambre, il fait plus de bruit qu'eux pour les faire taire : il reprend sa méditation, qui est toujours la comparaison qu'il fait de ces personnes avec lui-même, et où il trouve son compte. Il évite une église déserte et solitaire, où il pourroit entendre leux messes de suite, le sermon, vệpres, et complies, tout cela entre Dieu et lui, et sans que personne lui en sût gré : il' aime la paroisse, il fréquente les temples, où se fait un grand concours ; on n'y manque point son coup, on y est vu. Il choisit deux ou trois jours dans toute l'année, ou à propos de rien il jeûne ou fait abstinence: mais à la fin de l'hiver il tousse, il a une mauvaise poitrine, il a des

francs en la mariant avec M. Le Boindre, conseiller au parlement. Tout ceci s'étant ensuite découvert, il fut condamné à une prison perpétuelle, et envoyé à l'abbaye des Bernardins de Sept-Fonts, où il mourut assez repentant de sa vie déréglée.

vapeurs,

il a eu la fiévre : il se fait prier, presser, quereller, pour rompre le carême dès son commencement, et il en vient là par complaisance. Si Onuphre est nommé arbitre dans une querelle de parents ou dans un procès de famille, il est pour les plus forts, je veux dire pour les plus riches, et il ne se persuade point que celui ou celle qui a beaucoup de bien puisse avoir tort. S'il se trouve bien d'un homme opulent à qui il a su imposer, dont il est le parasite, et dont il peut tirer de grands secours, il ne cajole point sa femme, il ne lui fait du moins ni avance ni déclaration ; il s'enfuira, il lui laissera son manteau, s'il n'est aussi sûr d'elle

que

de luimême : il est encore plus éloigné d'employer pour la flatter et pour la séduire le jargon de la dévotion (1); ce n'est point par habitude qu'il le parle, mais avec dessein, et selon qu'il lui est utile, et jamais quand il ne serviroit qu'à le rendre très ridicule. Il sait où se trou

(1) Fausse dévotion.

vent des femmes plus sociables et plus dociles que celle de son ami; il ne les abandonne pas pour long-temps, quand ce ne seroit que pour faire dire de soi dans le public, qu'il fait des retraites : qui en effet pourroit en douter, quand on le revoit paroître avec un visagesexténué et d'un homme qui ne se ménage point? Les femmes d'ailleurs qui fleurissent et qui prospèrent à l'ombre de la dévotion (1) lui conviennent, seulement avec cette petite différence, qu'il néglige celles qui ont vieilli, et qu'il cultive les jeunes, et entre celles-ci les plus belles et les mieux faites, c'est son attrait: elles vont, et il va; elles reviennent, et il revient; elles demeurent, et il demeure; c'est en tous lieux et à toutes les heures qu'il a la consolation de les voir : qui pourroit n'en être pas édifié? elles sont dévotes, et il est dévot. Il n'oublie

pas

de tirer avantage de l'aveuglement de son ami et de la prévention où il l'a jeté en sa faveur : tantôt il lui emprunte de l'argent, tantôt il fait si bien que cet ami·lui en offre: il se fait reprocher de n'avoir pas recours à ses amis dans ses besoins. Quelquefois il ne veut

(1) Fausse dévotion.

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