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ont une ame, et se répandent en tant d'actions et d'exercices où il semble qu'elle est inutile , que

l'on croit parler avantageusement de quelqu'an, en disant qu'il pense; cet éloge même est devenu vulgaire, qui pourtant ne met cet homme qu'au-dessus du chien ou du cheval.

A quoi vous divertissez-vous ? à quoi passezvous le temps? vous demandent les sots et les gens d'esprit. Si je réplique que c'est à ouvrir les yeux et à voir, à prêter l'oreille et à entendre, à avoir la santé, le repos, la liberté ; ce n'est rien dire : les solides biens, les grands biens, les seuls biens, ne sont pas comptés , ne

pas

sentir. Jouez-vous ? masquez-vous ? il faut répondre. Est-ce un bien

pour
l'homme

que

la liberté, si elle peut être trop grande et trop étendue, telle enfin qu'elle ne serve qu'à lui faire desirer quelque chose, qui est d'avoir moins de liberté?

La liberté n'est pas oisiveté ; c'est un usage libre du temps, c'est le choix du travail et de l'exercice : être libre, en un mot, n'est

pas rien faire, c'est être seul arbitre de ce qu'on fait ou de ce qu'on ne fait point : quel bien en ce sens que la liberté !

se font

ne

César n'étoit point trop vieux pour penser à la conquête de l'univers (1): il n'avoit point d'autre béatitude à se faire que le cours d'une belle vie, et un grand nom après sa mort : né fier, ambitieux, et se portant bien comme il faisoit, il ne pouvoit mieux employer son temps qu'à conquérir le monde. Alexandre étoit bien jeune pour un dessein si sérieux : il est étonnant

que dans ce premier âge les femmes ou le vin n'aient plus tôt rompu son entreprise.

Un jeune prince (2), d'une race auguste , l'amour et l'espérance des peuples, donné du ciel pour prolonger la félicité de la terre, plus grand que ses aïeux, fils d'un héros qui est son modèle, a déja montré à l'univers, par ses divines qualités et par une vertu anticipée, que les enfants des héros sont plus proches de l'être que les autres hommes (3).

Si le monde dure seulement cent millions d'années, il est encore dans toute sa fraîcheur,

(1) Pascal dit le contraire. Voyez ses Pensées, Ire partie, art. IX, S. XLVII. Paris, Lefévre, 1819, in-8°.

(2) Monseigneur le Dauphin.
(3) Contre la maxime latine et triviale, Heroum filii

noxv.

et ne fait presque que commencer: nous-mêmes nous touchons aux premiers hommes et aux patriarches : et qui pourra ne nous pas confondre avec eux dans des siècles si reculés ? Mais si l'on juge par le passé de l'avenir, quelles choses nouvelles nous sont inconnues dans les arts, dans les sciences, dans la nature, et j'ose dire dans l'histoire ! quelles découvertes ne fera-t-on point! quelles différentes révolutions ne doivent point arriver sur toute la face de la terre, dans les états et dans les empires ! quelle ignorance est la nôtre ! et quelle légère expérience

que

celle de six ou sept mille ans. Il n'y a point de chemin trop long à qui marche lentement et sans se presser : il n'y a point davantages trop éloignés à qui s'y prépare par la patience

Ne faire sa cour à personne, ni attendre de quelqu'un qu'il vous fasse la sienne, douce situation, âge d'or, état de l'homme le plus naturel !

Le monde est pour ceux qui suivent les cours ou qui peuplent les villes : la nature n'est

que pour ceux qui habitent la campagne; eux seuls vivent, eux seuls du moins connoissent qu'ils vivent.

Pourquoi me faire froid, et vous plaindre de ce qui m'est échappé sur quelques jeunes gens qui peuplent les cours ? êtes-vous'vicieux, ô Thrasille? je ne le savois pas, et vous me l'apprenez ; ce que je sais est que vous n'êtes plus jeune.

Et vous qui voulez être offensé personnellement de ce que j'ai dit de quelques grands , ne criez-vous point de la blessure d'un autre? êtesvous dédaigneux, malfaisant, mauvais plaisant, flatteur, hypocrite? je l'ignorois, et ne pensois pas à vous ; j'ai parlé des grands.

L'esprit de modération , et une certaine sagesse dans la conduite, laissent les hommes dans l'obscurité : il leur faut de grandes vertus pour être connus et admirés, ou peut-être de grands vices.

Les hommes, sur la conduite des grands et des petits indifféremment, sont prévenus, charmés, enlevés par la réussite : il s'en faut peu que le crime heureux ne soit loué comme la vertu même, et que le bonheur ne tienne lieu de toutes les vertus. C'est un noir attentat, c'est une sale et odieuse entreprise que

use entreprise que celle que le succès ne sauroit justifier Les hommes, séduits

par
de belles

apparen

ces et de spécieux prétextes , goûtent aisément un projet d'ambition que quelques grands ont médité; ils en parlent avec intérêt, il leur plaît même par la hardiesse ou par la nouveauté que l'on lui impute , ils y sont déja accoutumés, et n'en attendent que le succès , lorsque, venant au contraire à avorter, ils décident avec confiance, et sans nulle crainte de se tromper, qu'il étoit téméraire et ne pouvoit réussir.

Il y a de tels projets (1), d'un si grand éclat et d'une conséquence si vaste, qui font parler les hommes si long-temps, qui font tant espérer ou tant craindre, selon les divers intérêts des peuples, que toute la gloire et toute la fortune d'un homme y sont commises. Il ne peut pas avoir paru sur la scène avec un si bel

appareil, , pour se retirer sans rien dire; quelques affreux périls qu'il commence à prévoir dans la suite de son entreprise , il faut qu'il l’entame; le moindre mal pour lui est de la manquer.

Dans un méchant homme il n'y a pas de quoi

(1) Guillaume de Nassau, prince d'Orange, qui entreprit de passer en Angleterre, d'où il a chassé le roi Jacques II, son beau-père. Il étoit né le 13 novembre 1650.

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