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THENEW YORK PUBLIC LIBRARY

ما فاز

ASTOR, LENOX ANO
TILDEN FOUNDATION

1897.

HISTOIRE DE FRANCE

DEPUIS CHARLES VIII JUSQU'A NOS JOURS

PREMIÈRE LEÇON

LES GUERRES D'ITALIE.

CHARLES VIII (1483-1498)

1. État de la France à la mort de Louis XI (1483). – A la fin du xve siècle, la France sort d'une horrible crise pendant laquelle l'existence même de notre malheureux pays fut compromise : les guerres de Cent ans.

L'Anglais envahisseur est un moment le maître. Un roi d'Angleterre, Henri IV, est proclamé roi de France à Paris, tandis que le descendant légitime des Valois, Charles VII, ne possède plus que le titre dérisoire de roi de Bourges. Partout la désolation, la ruine : la noblesse, toujours turbulente, toujours indépendante lorsque s'affaiblit le pouvoir royal, sert au gré de ses intérêts tantôt le prince légitime, tantôt l'usurpateur. Quant au pauvre peuple des villes et des campagnes, il est toujours l'éternelle victime: des Anglais, qui, maîtres passagers, le rançonnent sans merci; des seigneurs, grands et petits, qui profitent du désarroi général pour arrondir leurs domaines;

des bandes royales, qui, sous prétexte de protection, pillent tous ceux qui sont trop faibles.

Heureusement, grâce à un miracle providentiel, la scène change tout à coup. L'épée vengeresse de Jeanne d'Arc, les

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talents militaires du connétable Richemont, les exploits héroïques des La Hire et des Dunois, et de tant de

preux chevaliers chassent à jamais l'étranger. Les sages conseillers du trop égoïste Charles VII, par leurs habiles réformes, donnent au pouvoir royal une armée forte et fidèle; ils réorganisent les finances. Enfin, l'impitoyable Louis XI fait rentrer les grands dans le devoir; il porte le dernier coup à la féodalité en brisant la puissance redoutable du dernier des grands seigneurs féodaux, du duc de Bourgogne, Charles le Téméraire.

Jamais la France n'avait été aussi puissante. Mais qu'allait-elle faire de cette force renaissante? Qu'allait-elle faire de cette humeur guerrière des Français désormais sans emploi dans notre pays?

C'est alors que sont entreprises les guerres de conquête en Italie, où nous devions trouver beaucoup de gloire, mais peu de profit. Ces guerres, commencées par Charles VIII, occupent tout le règne de Louis XII et ne se terminent que pendant le règne de François Jer, après la bataille de Marignan (1494-1515). 2. Régence d'Anne de Beaujeu. – Révolte des

. grands. - Mariage du roi. – A la mort de son père

Louis XI (1483), Charles VIII n'avait que treize ans. Ce n'était pas un enfant qui pouvait diriger les affaires. Aussi, avant de mourir, Louis XI avait désigné comme régente ? sa fille aînée, Anne, mariée au sire de Beaujeu. C'était un heureux choix. Le vieux roi se plaisait à répéter « qu'elle était la moins folle de toutes les femmes,-car de vraiment sage, il n'en connaissait pas, » ajoutait le malicieux

» monarque.

L'intelligente politique d'Anne de Beaujeu montra qu'elle était la digne fille de son père. En eilet, la noblesse, domptée pour un moment seulement par la forte main de Louis XI,

1. Preux, adj., brave, vaillant.

2. Régent, fém. régente, personne qui gouverne un Etat pendant la minorité ou l'absence d'un souverain.

se hâta de relever la tête dès que le terrible roi fut mort. Mais l'armée royale défit complètement, à Saint-Aubin-duCormier', les révoltés, commandés par le duc d'Orléans (le futur roi Louis XII).

L'habile régente signala encore son trop court passage aux affaires par un coup de maître : elle maria son frère avec Anne, l'unique héritière des ducs de Bretagne. Le dernier duc venait de mourir et l'on se demandait avec inquiétude à qui appartiendrait ce duché? L'anxiété était d'autant plus grande que l'empereur d'Allemagne, Maximilien, était au rang des prétendants. Que serait devenue la France si un prince allemand avait été le maître à la fois sur le Rbin et en Bretagne ? Empêcher une telle éventualité, si grosse de périls, paraissait difficile : mais l'active régente donna une belle armée à son frère, et, spectacle inusité, l'on vit un jeune roi conquérir sa fiancée à la lête de ses soldats.

3. Caractère de Charles VIII. — Enfin, Charles VIII peut personnellement diriger les affaires du royaume. Quel était le caractère du nouveau roi?

Le méfiant Louis XI, jaloux de son autorité, se souvenant des tracas que, prince royal, il avait suscités à son père, Charles VII, avait complètement négligé l'instruction de son fils. Aussi le jeune prince, abandonné à lui-même, avait eu une triste enfance. Il se mit à lire toutes sortes de livres. Sa faible imagination s'enflamma à la lecture des exploits chimériques de fabuleux chevaliers qui, seuls, combattaient contre des armées entières et conquéraient le monde. Il se crut un nouvel Alexandre', appelé aux plus hautes destinées.

A peine arrivé au pouvoir, il signa deux traités par lesquels il abandonnait la Franche-Comté et l'Artois à l'empereur Maximilien, et le Roussillon à Ferdinand, le roi d'Aragon.

1. Saint-Aubin-du-Cormier, petite ville du département d'Ille-et-Vilaine.

2. Chimérique, adj. qui est sans réalité, qui n'existe que dans l'imagination.

3. Alexandre, célèbre roi de Macédoine, le plus grand conquérant de l'antiquité.

Qu'importait à ce futur dominateur de l'Univers la possession de ces trois provinces, dont l'acquisition avait coûté tant de soucis au politique Louis XI? D'ailleurs, il fallut deux siècles pour réparer un moment d'oubli de ce jeune écervelé, et ces provinces ne furent définitivement réunies que sous le règne de Louis XIV.

4. Prétentions sur le royaume de Naples. Contre qui Charles VIII allait-il diriger sa bouillante ardeur et par commencerait-il sa conquête du monde ?

Le testament du bon roi René permit au jeune prince de donner libre carrière à son ambition. René, à sa mort, avait légué à Louis Xi les provinces qu'il possédait en France : la Provence, le Maine et l'Anjou, en même temps que les prétentions de la maison d'Anjou sur le royaume de Naples. L'avisé Louis XI avait bien vite mis la main sur ces provinces, dont l'acquisition était si précieuse pour la France. Quant aux prétentions qui, depuis l'époque où le frère de saint Louis, Charles de Provence, avait régné sur Naples, avaient occasionné tant de maux à la maison d'Anjou, le monarque malin se plaisait à dire qu'il les donnait au diable.

Moins prudent, son fils réunit trente mille hommes, et, malgré les sages avis de sa sæur, Anne de Beaujeu, il franchit les Alpes pour s'emparer du royaume (1494).

Cette expédition devait être la première étape du nouvel Alexandre dans son voyage triomphal. Qui empêcherait ensuite de chasser le Turc de Constantinople, de délivrer le tombeau du Christ? René d'Anjou n'avait-il pas aussi des prétentions sur le royaume de Jérusalem ? Qui retiendrait la fougue des Français ?

Les chemins sont ouverts, qui peut nous arrêter ? Quand nous nous laissons aller à faire des châteaux en Espagne, il est doux de lâcher la bride à notre imagination. Toutefois, un brusque choc peut nous ramener d'une façon un peu brutale à la réalité. La Perrette de la fable et le roi Charles VIII ont fait cette cruelle expérience.

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