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S XII.

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assemblée avait précédemment dicté des lois; elle en devait dès-lors recevoir du souverain aidé d'un conseil formé par lui. Le principe démocratique était détruit; il n'y avait plus à redouter que les excès de l'aristocratie ou du despotisme.

Ces nouveaux conseils sont désignés par les divers auteurs, sous les noms de placita, conventus, parlamenta, etc. Quelquesuns ont voulu rapporter là l'origine du parlement : ce point est difficile à éclaircir; mais ce qui ne l'est pas, c'est que cès assemblées constatent que dans tous les temps de la monarehie l'autorité des rois reçut quelques limites. Elles décidaient des grandes affaires d'administration, jugeaient les grands, déféraient la régence , etc. Cum fidélium nostrorum consensu atque consilio , lit-on en tête de quelques édits de cette époque. Elles peuvent être considérées comme l'intermé. diaire entre le Champ-de-Mars et les états-généraux.

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S XII...

Des Maires. Le maire n'était, dans l'origine, que l'un de ces officiers qui portaient le titre de domestici regis. Il présidait à l'ordre qui devait régner dans le palais, et son pouvoir n'en dépašsait pas le seuil.

. . Cette charge devint insensiblement la plus importante de la maison royale; puis elle fut concédée pour plusieurs années fixes, puis pour la vie du possesseur; puis elle devint héréditaire comme la couronne - 15

Tant que le maire n'avait été qu’un oficier du palais', c'était le roi qui l'avait nommé; devenu le second personnage du royaume, il fut élù par la nation, c'est-à-dire pår l'assemblée des principaux seigneurs et écclésiastiques qui la représentaient. "

, "inde Alors fut offert un spectacle fort extraordinaire : on vit à la fois deux dynasties également respectées, l'une pour porter le diadême de la royauté , l'autre pour tenir le sceptre du pouvoir. La postérité du maire fut sacrée comme le sang des

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la mort.

rois. « Le délire de la nation pour la famille de Pepin, dit » Montesquieu (1), alla si loin qu'elle élut pour maire un de » ses petits-fils qui était encore dans l'enfance ; elle l'établit » sur un certain Dagobert, et mit un fantôme sur un fan» tômre. » J'emprunte souvent à l'Esprit des lois, parce qu'il me semble qu'il y a encore quelque mérite à savoir citer Montesquieu.

Les maires, sous les noms de ducs des Francs, furent premiers ministres et premiers généraux. Investis de la toutepuissance, ils étaient rois, au titre près. Pepin d'Héristal prépara les voies à ses descendans pour acquérir aussi ce titre, pour remplacer ces monarques de palais dont le peuple ne connaissait que le nom, l'avènement et la mort.

Sans doute l'indolence des successeurs de Clovis, et l'habileté de quelques maires concoururent puissamment à établir ce singulier gouvernement; mais il est une autre cause qu'il faut signaler. Les leudes et les prélats durent probablement favoriser l'extension d'une dignité qu'un de leurs pairs exer. çait; les uns, parce qu'ils pouvaient également y prétendre ; les autres, parce qu'ils y trouvaient un moyen d'arracher de nouvelles largesses. Enfin il semble qu'on put considérer quelque temps le maire comme une espèce de tuteur placé par le corps national auprès du monarque, pour le suivre jusques dans ses actes les plus secrets, et diriger toules ses volontés.

S XIII.

Charles-Martel. (8e siècle.) . L'épée victorieuse de Charles-Martel accéléra la révolution que devait nécessairement amener la situation des choses. Il prit une autre marche que ses prédécesseurs. Il ne s'arrêta point à de vains ménagemens à l'égard des grands ; il ne songea qu'à s'attacher les compagnons de ses triomphes. Les

(1) Liv. XXXI.

inmenses richesses acquises par le clergé furent saisies et distribuées.

C'est une grande époque : les donations que fit Charles furent faites à perpétuité; mais à la charge par les possesseurs de lui conserver la foi et de lui rendre le service militaire. Voilà, suivant plusieurs écrivains, la véritable date des fiefs. Mais qui peut répondre que cet établissement n'ait pas été une imitation de ce qui existait déjà! Au reste, il suffit d'annoter la divergence des opinions sur de semblables points; les discuter serait perdre du temps et des mots.

Charles-Martel régna quelques temps seul, mais sans prendre le titre de roi. Il mourut : son fils Pepin n'avait qu'un pas à faire; il le fit : et la deuxième dynastie commença à régner.

Et tel est à peu près le tableau qu'on peut se faire de l'état du pays, vers le milieu et la fin de la première. Des rois qui passent inconnus du trône au cloître, des maires ambitieux ou avides, des assemblées aristocratiques qui tiennent le trône et le peuple dans un égal abaissement; voilà le gouvernement.

Des souvenirs divisent encore en deux grandes portions la population; mais les conquérans dominent partout, et la scène historique ne présente plus qu'eux. Toute l'étendue du sol est coupée en vassalités et en terres allodiales. Les possesseurs de grands fiefs, clercs ou laïcs, sont déjà des souverains. Ils rendent la justice , exigent des droits et arment des guerriers, Les communes ont disparu, il ne reste plus que quelques traces des anciens offices conservés ou créés par les rois. A. côté d'une immense population réduite à un affreux servage, paraissent quelques hommes dont la liberté atteste encore l'existence des anciennes cités. Les villes sont en ruines , l'industrie s'éteint, les éclairs du génie cessent de luire, l'ignorance et la superstition abrutissent les esprits, la barbarie triomphe !

S XIV.

Pepin-le-bref. Ce fut un homme d'un grand courage, d'une haute prudence, et précisément doué du génie propre à consolider l'autorité conquise par ses ancêtres. Ilgouverna avec mesure, chercha à se rendre les leudes favorables, mais voulut ménager, en même temps, les intérêts du clergé. Une partie des biens dont ce corps avait été spolié, lui fut rendue, et l'établissement des précaires (1) lui tint lieu de l'autre. « Sans adopter, dit le » président Hénault (2), aucun système sur la succession à la » couronne, il suffira de dire historiquement, qu'à l'avè» nement de Pepin, on vit, pour la première fois, la cou» ronne passer dans une maison étrangère. Pendant toute la » première race, elle n'avait été portée que par les descen» dans de Clovis, à la vérité sans droit d'aînesse, ni distincmtion entre les bâtards et les légitimes, et avec partage. Elle » fut possédée de même sous la deuxième race, par les enfans » de Pepin; mais, ainsi qu'il avait dépouillé l'héritier légitime, » ses descendans furent dépossédés à leur tour. Enfin, sous la » troisième race, le droit successif héréditaire s'est si bien » établi, que les rois ne sont plus les maîtres de déranger » l'ordre de la succession, et que la couronne appartient à » leur ainé. »

Il paraît que Pepin demanda, et obtint l'assentiment des grands de la nation, pour placer sur sa tête la couronne de l'imbécille Childéric; mais il fonda surtout son usurpation sur l'appui d'un autre autorité, qu'il créa sur-le-champ souveraine, par cet acte de soumission. Jusqu'ici les évêques n'avaient fait que donner leur sanction à la royauté, comme placés au nombre des principaux personnages de l'Etat par leur dignité, leurs richesses et leurs vertus. L'Eglise fut alors appelée à consacrer une violation manifeste au principe

(1) Le paragraphe suivant expliquera ce mot.
(2) Abrégé chronologique de l'Histoire de France, règne de Pepin.

respecté de l'héréd ité. Son auguste chef établit, pour la première fois, un lien religieux entre le sang du nouveau monarque et la foi de ses sujets. La fidélité devint un devoir dont le courroux céleste devait punir les infractions: la cérémonie du sacre prit naissance.

On a dit, et cela a beaucoup de vraisemblance, qne Pepin avait payé ce service éminent rendu à sa royauté, et que la fameuse donation, au moyen de laquelle le chef des fidèles de vint un prince italien, en avait été le prix. Il n'est pas question d'examiner maintenant, si le pontife avait le droit d'intervenir dans une convention politique entre le trône et les sujets , si le nouveau roi pouvait concéder des terres en Italie, à un évêque de Rome, mais de constater un fait qui fit changer la royauté de face dans notre monarchie.

S XV.

Charlentagne, (9e siècle.) Le règne de Charlemagne, placé entre les âges qui le précédèrent et ceux qui le suivirent, frappe les regards de celui qui le contemple, comme un fanal étincelant 'qui jaillit du sein d'épaisses ténèbres.

C'est entre l'orient, armé pour ou contre les images, tan. dis que Mahomet l'envahit de toutes parts, et l'occident, où la postérité des conquérans semble conspirer pour anéantir jusqu'aux dernières ruines de Rome, jusqu'aux derniers vestiges de la civilisation, que ce grand homme apparaît , pour suspendre un instant la marche du génie de la barbarie.

Ce n'est pas le guerrier, quelquefois cruel, dominateur de presque toute l'Europe, qui doit paraître ici, c'est le monarque dans tout l'éclat d'une gloire pure et légitime, c'est le législateur que nous devons considérer.

Les grandes réformes de Charlemagne portent sur quatre points principaux : l'assemblée nationale, l'administration in. térieure, la justice et le clergé.

Pepin avait renouvelé le Champ-de-Mai, en convoquant

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