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leur père, et qu'il lui ait plu d'imputer à tous son péché, comme il leur aurait imputé sa justice, soit que le venin de sa désobéissance coule par la voie de la chair, ou par quelque autre voie mystérieuse dans toutes les générations qui sortent de lui; quand on est persuadé que le baptême est le remède spécifique que Dieu applique à cette maladie contagieuse ; que le péché de ce premier homme est réellement, actuellement et formellement effacé par les eaux salutaires ; quand on sait néanmoins par sa propre expérience qu'il ne laisse pas de rester de cette blessure une certaine faiblesse qu'on appelle concupiscence, qui sans être un péché, nous rend plus faciles à faire le mal qu'à pratiquer le bien : quand on admet ensuite la venue de Jésus-Christ, sa mission , sa grâce; de quel usage , de quel secours, je vous prié , peuvent-ils être à l'homme, s'ils ne fortifient sa foiblesse ? Si le trouvant incliné au vice , ils ne le redressent, et ne le plient à la vertu? S'ils ne le rendent fort et persévérant dans les voies de la justice? Mais quand il est vrai qu'il y a eu de ces hommes faibles et fragiles , qui prenant le dessus de la concupiscence, ont tenu ferme contre toutes les tentations, ont résisté à leur naturel et à leur complexion, ont fait de continuels efforts pour vaincre leurs passions, et ont terminé une vie sainte par une mort plus sainte ; où aller chercher la source de ces merveilles plus loin que la grâce qui justifie? que leur fallait-il davantage? dites, imaginez? Le dépouillement de la propriété, la vue distincte et indistincte de Dieu présent en tous lieux; des motions extraordinaires, sans fin, sans relâche; des voix de Dieu articulées à la fin de chaque oraison de simple regard ? Ouvrez les yeux, ma chère soeur; consultez votre raison ; souvenez-vous seulement de votre catéchisme ; que vous faut-il davantage? Je vais vous l'apprendre : notre consentement à la grâce, notre concours avec la grâce, c'est nous que Dieu récompense, c'est donc nous qui devons agir : notre coopération à la grâce qui est encore une autre grâce , mais qui suppose et qui aide l'action, le mouvement, et la détermination de notre volonté.

Il disait , mon père, toutes ces choses d'un ton fort passionné, mais qui ne m'irritait en aucune manière : Mon frère le docteur est le meilleur homme du monde , et qui m'a rendu auprès de ma belle-mère et de mon mari , tous les bons offices dont il s'est pu aviser. Je sais qu'il est catholique de bonne foi; il passe d'ailleurs, comme vous savez, pour fort savant sur la religion, qu'il sait accommoder à la portée de ceux à qui il en parle. Tout cela , je l'avoue , me donnait une grande attention pour tout ce qu'il me disait; je n'en perdais pas une seule parole, et ayant, Dieu merci, de la mémoire.

Direct. Oh prodigieuse !

Pénit. Avec ce que j'avais envie de vous rendre un fidele compte de tout l'entretien, pour avoir sur cela des éclaircissemens avec vous , qui me pussent affermir dans notre doctrine , il ne faut pas s'étonner qu'il ne me soit presque rien échappé ; jusque-là , mon cher père , qu'il m'en reste des scrupules, et bien de petites peines sur la plupart des choses qui m'ont été dites : je ne sais , mon père , si ma mémoire me les pourra fournir sans un nouveau recueillement qui m'en rappelle l'idée. - Direct. C'est bien dit, madame , remettons le reste à demain, s'il vous plaît, à la même heure qu'aujourd'hui ; car il n'y a rien à perdre d'une conversation aussi curieuse.

PÉNIT. A demain , puisque vous le voulez ainsi, et je serai exacte au rendez-vous.

DIALOGUE IV. Vie et actions d'un Saint opposées aux maximes et aux pratiques des

Quiétistes. Qu'il n'attend point des motions et des inspirations extraordinaires pour faire le bien. Examen de conscience devient un péché de propriété selon les Quiétistes. Célébration des fêtes, prières, assistance à la messe. Réception des sacremens et autres pratiques de piété commaudées par l'Eglise , indifférentes ou nuisibles selon

les mêmes principes. Directeur. J'ai renvoyé le comte de *** et madame la marquise de *** et madame la présidente de *** pour vous tenir ma parole. Je vous avoue que je souffre beaucoup dans leurs fades conversations : ce sont des gens ennuyeux qui ne font que des questions grossières et embarrassées : Si je leur propose quelques unes de nos maximes, ils me répondent avec un froid et une insipidité qui marque le peu de progrès qu'ils font dans nos mystères. Croiriez-vous que la présidente depuis un an, ne peut comprendre l'évacuation de l'esprit d’Adam? cependant on veut dans le monde qu'elle ait de l'esprit.

PÉNITENTE. De l'esprit! ce sont des gens qui jugent bien légèrement, et qui ne la voient guères :· Pour moi, je vous avoue qu'en trois différentes visites , elle m'a paru fort bornée. Convenez d'ailleurs, mon père, qu'elle n'a ni vivacité ni mémoire.

DIRECT. Il vous est fort aisé, ma fille, de trouver qu'on manque !. de mémoire , vous qui en êtes un prodige : il faut vous l'avouer; j'ai repassé toute la nuit avec admiration le récit fidèle que vous me fîtes hier de la longue et docte conversation de monsieur yotre beau-frère.

Pénit. Il est yrai, mon père, que j'ai la mémoire assez heu-.

teuse ; je n'en ai jamais tant senti le besoin , que dans ce quime reste à vous dire de tout notre entretien.

Direct. Je serai ravi d'en apprendre la suite.

PÉNIT. La suite est , qu'après y avoir un peu pensé, j'ai dit à mon beau-frère , que quelque homme saint qu'il voulût choisir à sa fantaisie , il n'aurait pu être tel sans le dépouillement de toute propriété, c'est-à-dire , de propre action, et sans motion divine qu'il aurait sentie en soi en conséquence de l'oraison de simple regard , et qui l'aurait réglé dans toute sa conduite. Il me dit sur cela que j'avançais cette proposition enl'air et sans preuve, et ajouta qu'il m'allait convaincre que les mouvemens extraordinaires n'étaient pas plus nécessaires à un homme né dans le christianisme, qu'à moi une motion divine pour me faire rendre mon pain-bénit : en un mot, qu'il ferait vivre et mourir son saint, sans qu'on pût avec le moindre fondement , relever aucune circonstance de sa vie où il eût besoin des conditions que je proposais, ni de dépouillement de propre action, ni de ce que j'appelais contemplation acquise, ni de motion divine , et continua de cette manière : Je suppose seulement que mon 'saint est baptisé ; je n'appréhende pas, dit-il, que vous me souteniez d'abord qu'il eût besoin quelques heures après sa naissance, de simple regard et de motion divine, pour se préparer à recevoir ce sacrement; peut-être me direz-vous que le simple regard a été nécessaire à ses parrains et marraines, ayant qu'ils aient répondu pour lui de sa foi au prêtre et à l'Église ? cet enfant, dis-je , à peine a l'usage de raison, qu'il entend parler de Dieu , d’Église , de Religion. Dans l'âge de l'adolescence, et ensuite dans sa jeunesse , il apprend de ses parens et de ses maîtres , les cérémonies, les mystères, les maximes de cette religion ; il sait ce que Dieu ordonne et ce qu'il défend, ce qu'il lui plaît, et ce qu'il lui déplaît; bientôl il sent, il goûte les preuves de cette religión; l'y voilà confirmé par la lecture de l'Évangile qu'il trouve dans une Église qui porte en soi les caractères de vérité et de sainteté, par la doctrine unanime de tous les fidèles, par la tradition : il est plein de la connaissance de ses devoirs ; il est prévenu qu'il faut éviter le péché ; il sait où est le péché et où il n'est pas ; il connaît la grâce, son efficacité; il n'ignore pas qu'elle lui est nécessaire pour fuir le péché et pratiquer la vertu ; qu'il faut vouloir cette grâce , la désirer, la demander , y acquiescer, y coopérer. Prenez garde, lui dis-je , mon frère, que pour la coopération, vous la supposez , et elle est en question entre nous.

Je la suppose , me répondit-il, comme la doctrine de l'Eglise universelle déclarée dans le concile de Trente, au canon 4 de

la 6e, session; vous ne vous en souvenez plus; mais ayez patience, s'il vous plaît : suivons le saint et ne le perdons pas de vue. Que voulez-vous qu'il fasse pendant le cours de sa vie ? lui défendrons-nous la prière ? je n'en serais pas le maître, ni vous non plus; il s'abstiendrait aussitôt de croire en Dieu , que de le prier; il sait par mémoire tout l'Evangile et tout saint Paul; les livres divins ne lui parlent que de foi en Jésus-Christ , que de soumissions de l'entendement sous le joug de la foi, que de justifications par la foi ; il a été alaité, il est nourri de ces maximes; il ne délibère point s'il croira ou s'il ne croira pas; il croit, et parce qu'il croit, il prie : la prière lui est marquée aussi souvent, aussi expressément que la foi : Veillez , priez , pour ne point entrer en tentation : Cherchez et vous trouverez , etc. Frappez et on vous ouvrira , etc. Bien plus, il trouve dans les livres saints une prière toute faite , l'oraison dominicale, le Pater noster, que JésusChrist a dictée et composée pour notre usage , pour nous être la formule ou le modèle de toute prière. Voulez-vous, ma soeur, tant qu'elle subsistera que mon saint la néglige pour l'oraison de simple regard? qu'il suive une motion extraordinaire, pour la prononcer dans son cæur? qu'il attende que Dieu lui dise formellement, dites mon oraison , ou ne la dites pas? priez-moi de la manière que mon fils vous a prescrite, ou n'ayez seulement qu'une vue confuse et indistincte de mon être, ou tout au plus de ma présence en tous lieux, comme l'enseignent les Quiétistes?

Il en est de même de l'aumône. Quel besoin d'inspiration extraordinaire pour la faire? Un pauvre la demande à notre saint; il la lui donne comme à Jésus-Christ : lui-même qui a dit qu'il réputerait ce que le chrétien aura fait pour le pauvre, comme s'il était fait à sa personne. Ailleurs il dit : J'avais faim, vous m'avez donné à manger ; j'avais soif, vous m'avez donné à boire. Venez , le royaume des cieux est à vous.

Quand Jésus-Christ pourra-t-il et voudra-t-il mieux s'expliquer plus nettement, dans l'oraison de simple regard ?

Ç'aurait été sans mentir une action bien édifiante dans ces derniers temps de misère publique causée par la stérilité de la terre, de remettre un misérable qui mourait de faim, après la motion divine, de peur de le secourir par propriété et par activité, c'est-à-dire par des mouvemens de pure charité chrétienne. Ne voyez-vous pas, ma sœur, jusqu'à quel point de ridicule et d'absurdité vos principes vous peuvent conduire?

Revenons au saint homme. Il n'ignore pas, il est vrai, que yos directeurs vous insinuent que l'austérité réveille la concupiscence , qu'elle met les sens en vigueur loin de los amortir : mais il ignore encore moins que la vie de Jésus-Christ n'a été qu'un tissu d'austérité, d'humiliations, de pauvreté, de jeûnes, de mortifications, de souffrances, qui s'est enfin terminé à une mort infâme et douloureuse : qu'il doit y avoir au moins une grande conformité de la vie des membres à celle de leur chef, à moins de vouloir faire de la religion chrétienne, un tout informe, et un composé monstrueux de pièces tout-à-fait désassorties : que le précepte du législateur y est formel : Celui qui veut venir après moi, doit renoncer à soi-même , porter sa croix et me suivre : Et dans un autre endroit : Le royaume des cieux souffre de la violence; c'est-à-dire, comme il est expliqué ensuite , qu'il n'y a que ceux qui se font violence à eux-mêmes qui soient capables de l'emporter. Ces paroles seules , à votre avis , ne sontelles pas assez précises et assez claires, pour imposer au saint homme la loi du jeûne, de la haire, du cilice, des veilles, des austérités, pour le régler ensuite sans aucune motion divine dans toutes les actions de sa vie et dans la manière de sa mort? Je yeux vous dire davantage : le saint qui se croit pécheur, n'ira-t-il point à confesse (1) ? Je répondis, que cela lui était aussi permis qu'à un autre.

Direct. Cela n'est pas, ma fille , tout-à-fait comme vous le dites , mais poursuivez.

PÉNIT. Il me dit, que non-seulement cela lui était permis, mais qu'il le devait faire. Oui, lui dis-je; si après avoir consulté Dieu dans l'oraison de vue confuse et indistincte , il en sort avec un mouvement extraordinaire d'aller se jeter aux pieds du prêtre.

Il s'échauffa un peu sur ma réponse , et me dit que je me mnoquais de lui et de toute la compagnie, de parler de la sorte : qu'à un homme éclairé dans les voies de Dieu , comme nous supposions lui et moi, qu'était le saint homme, le sentiment seul de sa conscience qui lui reprochait le moindre péché de vanité par exemple, et de complaisance sur son état, ou de relâchement dans ses exercices de piété, lui était une détermination , une raison pour s'en confesser : que faire dépendre cette démarche d'une inspiration extraordinaire, c'était s'exposer à n'user pas une seule fois en toute sa vie du sacrement de la pénitence. Et en élevant sa voix : Que serait-ce, me dit-il, des grands pécheurs, s'ils attendaient une inspiration pour aller à

(1) Si l'on dit à ces ames abandonnées de se confesser , elles le font; car elles sont très-soumises ; mais elles disent de bouche ce qu'on leur fait dire comme à un petit enfant, à qui l'on dirait : Il faut vous confesser de cela. Il le dit, sans connaître ce qu'il dit, sans savoir si cela est , ou non. Livre des Torrens.

Ces âmes dont je parle, ne peuvent presque jamais se confesser. Ibid.

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