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Dans une préface remplie de recherches intéressantes, il instruit le lecteur de tout ce que les anciens nous apprennent sur son auteur, des secours qu'il a eu pour son propre travail, et de celui des éditeurs qui l'ont précédé. On sait peu de choses d'Athénée. Il paraît que de son temps même, ses écrits furent plus connus que lui, puisque les plus anciens auteurs qui aient fait mention de son ouvrage, ne nous disent rien de sa vie. On ne peut même fixer que d'une manière assez vague le temps où il a écrit, et ce n'est que sur une conjecture un peu hasardée que C. Schweighouser se croit fondé à nous dire qu'Athénée a fini son livre vers l'an 128 de l'ère vulgaire. Au reste, dans le jugement qu'il porte de son auteur, le C. Schweighaeuser est fort éloigné de la partialité ordinaire aux commentateurs. Il avoue de bonne foi que l'ouvrage d'Athénée lui paraît en soi assez mal conçu, et que cette immense compilation, où tant de matières hétérogènes se trouvent entassées sans ordre ni mesuré, tire aujourd'hui tout son prix de la perte des auteurs dont on y retrouve les débris. Du reste, peu d'anciens ont parlé d'Athénée. Quelques-uns, comme OŁlien et Macrobe, l'ont pillié sans le nommer. Lc plus ancien qui l'ait cité paraît être Harpocration ou bien Étienne de Bysance. Hésichius, et tous les autres glossateurs ou lexicographes s'en sont servis nécessairement; mais tous n'ont pas eu sous les yeux l'ouvrage d'Athénée. Quelques-uns entre autre Eustache, n'en ont connu que l'abrégé. On ne sait quel est l'auteur de cet abrégé, ni en quel temps il a vécu, et c'est sans aucun fondement que quelques-uns l'ont attribué à Hermolaus de Bysance. Mais quel qu’ait été cet

auteur, le nouvel éditeur en pense assez favorablement. Il lui trouve du jugement (tout en le blåmant d'avoir supprimé le plus souvent les titres des ouvrages, et les noms des écrivains allégués par Athénée), et ne découvre rien dans son style qui ne lui paraisse convenir au temps où la langue grecque s'écrivait encore purement.

Ensuite venant au temps où le texte même d’Athénée

parut imprimé, il parle de l'édition d'Alde, la première de toutes, donnée à Venise en 1414. II en rapporte le titre accompagné d'un espèce de didascalie fort curieuse, où l'éditeur Musurus se vante d'avoir corrigé plusieurs milliers de fautes dans le texte, et réduit à la mesure qui leur convenait les vers qu'il a trouvés écrits sous la même forme que la prose; nouvelle preuve ajoutée à toutes celles qu'on a déjà de l'audace des premiers éditeurs, qui, plus ils étaient savants, plus ils doivent être suspects. Quant au mérite de cette édition, le C. Scweighouser, d'accord avec Casaubon, dont il emploi les expressions, la trouve inexacte ct indigne de ceux quien ont pris soin. Cependant il rend justice à l'érudition de Musurus, qui a rétabli heureusement plusieurs passages altérés dans les manuscrits. La seconde édition se fit à Bâle, en 1535, par les soins de Jean Bedrot et de Christian Herlin. Ce ne serait qu'une réimpression de celle de Venise, avec de nouvelles fautes, comme il arrive toujours, si les éditeurs n'avaient corrigé, assez maladroitement, le texte d'Athénée, toutes les fois qu'ils l'ont pu faire, en recourant aux auteurs qu'il cite. Cependant le C. Schweighauser ne fait pas de cette édition aussi peu de cas que Ca

saubon, qu'il accuse de l'avoir en même temps trop méprisée et trop suivie en beaucoup d'endroits, dont il eût trouvé de meilleures leçons dans Alde ou dans les manuscrits.

Après ces deux éditions, Athénée se trouvant dèslors entre les mains de tous les savants, on ne tarda pas à le traduire. Le premier qui s'en occupa fut Noël le Comte (comme nous l'appelons), dont tout le travail, dit Casaubon, est de nulle ou de peu d'utilité, quoiqu'il ait eu l'avantage de remplir, à l'aide des manuscrits, une grande lacune qui se trouvait avant lui dans le quinzième livre. A cette occasion, le le C. Schweighæuser entre dans des détails curieux sur les fragments et les variantes du texte d'Athénée, recueillis vers ce temps-là par des hommes très-savants, tels que Pietro Vettori, Muret, Henry ne, et publiés depuis, ou seulement cités dans divers ouvrages, et cachés aujourd'hui dans les bibliothèques. Casaubon fait mention quelque part d'une édition d'Athénée, entreprise par Turnèbe, et dont il a vu le premier livre : c'est tout ce que l'on en sait. En 1583, on imprima à Lyon la version de Dalechamp, le premier travail considérable qui se soit fait sur Athénée. Pour peu qu'on connaisse Dalechamp comme interprète d'Athénée, on souscrira sans peine au jugement qu'en porte le C. Schweighæuser, lorsqu'il dit qu'encore que ce traducteur ait manqué en mille endroits le vrai sens de son auteur, il ne laisse pas néanmoins de mériter beaucoup d'éloges, pour avoir surmonté le premier, dénué des secours que nous avons, de grandes difficultés, et montré presque partout une sagacité admirable. Ca

Étien

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saubon ne lui a pas rendu assez justice, et c'est de quoi le C. Schweighæuser le reprend modérément. Enfin, parut, en 1597, l'édition de Casaubon, la seule imprimée sous ses yeux, et l'original de celles dont on se sert aujourd'hui, qui fut suivie trois ans après de son grand commentaire. Il n'y a guère d'ouvrage plus connu ni plus fréquemment cité parmi les savants, et on ne peut lire sans intérêt les détails que donne le C. Schweighouser sur cet admirable livre. Par exemple, ce qu'il nous apprend des manuscrits dont Casaubon s'est servi, et des variantes qu'il a eues au moyen de divers extraits, montre à merveille l'usage qu'en faisaient alors les savants, moins minutieux, si l'on veut, mais aussi beaucoup moins exacts qu'on ne l'est aujourd'hui sur ce point.

Voilà en raccourci le tableau que trace M. Schweighæuser du petit nombre d'éditions qui ont précédé la sienne. Il parle ensuite des secours qu'il a dû tirer des ouvrages de plusieurs savants, qui, sans avoir travaillé ex professo sur son auteur, en ont traité quelque partie dans des recueils de fragments, corrigé ou éclairci par occasion divers passages; car on sent que c'était un point des plus importants, et le premier devoir, sans contredit, d'un éditeur d'Athénée, de mettre sous les yeux des lecteurs toutes les conjectures ou explications éparses dans une infinité de livres de critique ou de philologie qui ont paru depuis Casaubon, et il n'y en avait presque point qui n'offrit quelques observations à citer ou à réfuter. Ce seul travail, bien exécuté, était un grand service à rendre à la littérature antique. Le C. Schweighouser n'a rien négligé pour s'en acquitter

autant que le lui ont permis les ressources qu'il avait à sa disposition; et, comme il n'a point cherché (ainsi qu'on le fait trop souvent) à éblouir ses lecteurs par des proniesses fastueuses, ses lecteurs lui sauront gré d'avoir tenu plus qu'il n'avait promis.

Mais un mérite inappréciable de cette nouvelle édition, ce sera d'avoir été revue sur deux excellents manuscrits, dont l'un était presque oublic, l'autre paraît n'avoir été connu de personne jusqu'à présent. Le premier contient en entier l'abrégé d'Athénée, et l'on y retrouve non seulement les passages que divers savants ont publiés séparément comme manquant dans les imprimés, mais encore quelques autres entièrement inédits. Quoiqu'il ne soit pas plus ancien que le milieu du quatorzième siècle, selon la conjecture de M. Schweighäuser, il ne laisse pas d'être d'une grande utilité, d'abord pour la correction de tous les endroits où l’abrégé nous tient lieu du texte perdu, et ensuite pour rétablir beaucoup de passages du texte même. Ce manuscrit est passé de la bibliothèque de Sédan dans celle de Paris. d'où il a été envoyé à M. Schweighưuser, par ordre du ministre de l'intérieur. Le second et le plus important est venu de Venise à Paris : on le croit du neuvième siècle, et par conséquent plus ancien qu'aucun des manuscrits connus du même auteur. Mais ce qui le rend plus précieux, c'est qu'il est évidemment l'original de tous ceux qui existent aujourd'hui. Aux preuves qu'on en apporte, il n'est pas permis d'en douter ; et ces preuves sont les mêmes auxquelles on a reconnu également pour original un manuscrit de Longin de la même bibliothèque, c'est-à-dire que

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