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M. Boileau dans son ode sur la prise de
Namur , a dit l'airain pour dire les canons :

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Et par cent bouches horribles
L’airain sur ces monts terribles

Vomit le fer & la mort.
L'airain en latin æs, se prend aussi fréquen-
ment pour la monoie, les richesses : la pre-
mière monoie des Romains étoit de cuivre ;
æs aliénum , le cuivre d'autrui , c'est-à-dire,
le bien d'autrui, qui est entre nos mains, nos
dettes, ce que nous devons.

Enfin æra se prend pour des vases de cuivre, pour des trompetes, des armes, en un mot, pour tout ce qui se fait de cuivre.

Dieu dit à Adam, tu es poussière & tu reGen, c3, tourneras en poussière, pulvis es ein púlverem

revertéris, c'est-à-dire, tu as été fait de pouc fière , tu as été formé d'un peu de terre.

Virgile s'est servi du nom de l'éléphant, pour marquer simplement de l'ivoire ; * c'est ainsi que nous disons tous les jours un caftor, pour dire un chapeau fait de poil de caftor,

&c.

V, 194

* Ex auro , solidóque elephanto. Georg. nr. V. 26. Dona dehinc auro grávia sectóque elephanto. ÆN. TIT. V. 4641

Le pieux Enée, dit Virgile, * lança sa halte t avec tant de force contre Mézence, † Hafte,pi qu'elle perça le bouclier fait de trois plaques que, lance

. de cuivre, & qu'elle traversa les piquures de Montfaue , toile , & l'ouvrage fait de trois taureaux , c'est- con, tome

4. P. 65. à-dire, de trois cuirs. Cette façon de parler ne seroit pas entendue en notre langue.

Mais il ne faut pas croire qu'il soit permis de prendre indiférenment un nom pour un autre , soit par métonymie , soit par fynecdoque : il faut , encore un coup, que les expressions figurées soient autorisées par l'usage; ou du moins que le sens literal qu'on veut faire entendre, se présente naturèlement à l'esprit sans révolter la droite raison, & sans blesser les oreilles acoutumées à la pureté du langage. Si l'on disoit qu'une armée navale étoit composée de cent mats, ou de cent avirons, au lieu de dire de cent voiles pour cent vaisseaux, on se 'rendroit ridicule : chaque partie ne se prend pas pour le tout, & chaque nom générique ne se prend pas pour une espèce particulière,ni tout nom d'espèce pour le genre : c'est l'usage seul qui done à son * Tum pius Æneas hastam jacit: illa per orbem Are cavum triplici per línea terga , tribúsque Tránsit intéxtum cauris opus. Æn.l. X. v. 783

G iiij

gré ce privilège à un mot plutot qu'à un

autre.

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Ainsi, quand Horace a dit que les combats Hor.1.r.od. font en horreur aux méres,bella måtribus detesta

ta ; je suis persuadé que ce poète n'a voulu parler précisément que des méres. Je vois une mére alarmée pour son fils, qu'elle fait être à la guerre , ou dans un combat , dont on vient de lui aprendre la nouvèle: Horace excite ma sensibilité en me fefant penser aux alarmes où les méres sont alors pour leurs enfans ; il me semble même que cette tendresse des méres est ici le seul sentiment qui ne soit pas susceptible de foiblesse ou de quelqu'autre interprétation peu favorable : les alarmes d'une maitresse pour son amant, n'oferoient

pas

toujours se montrer avec la mè me liberté, que la tendresse d'une mére

pour son fils. Ainsi quelque déférence que j'aie pour le savant P. Sanadon, j'avoue que je ne saurois trouver une fynecdoque de l'espèce dans bella mátribus deteftáta. Le P. Sanadon

croit que mátribus comprend ici, même les jeuPoéfics d'Horace,

nes filles : voici sa traduction : Les combats , qui Tom. 1.p.7. font pour les femmes un objet d'horreur. Et dans * pag. 12. les remarques il dit , que » * les méres redou

» tent la guerre pour leurs époux & pour leurs

is enfans ; mais les jeunes filles, ajoute-t-il, » ne DOIVENT pas moins la redouter pour » les objets d'une tendresse légitime que la » gloire leur enlève, en les rangeant sous les drapeaux de Mars. Cette raison m'a fait

prendre matres dans la signification la plus » étendue , come les poètes l'ont souvent » employé. Il me semble, ajoute-t-il, que ce w sens fait ici un plus bel éfet. «

Il ne s'agit pas de doner ici des instructions aux jeunes filles, ni de leur aprendre ce qu'elles doivent faire, lorsque la gloire leur enlève les objets de leur tendresse , en les rangeant sous les drapeaux de Mars ; c'est-à-dire, lorsque leurs amans sont à la guerre; il s'agit de ce qu'Horace a pensé : or, il me semble que

le terme de méres n'est rélatif qu'à enfans ; il ne l'est pas même à époux , encore moins aux objets d'une tendresse légitime. J'ajouterois volontiers, que les jeunes filles s'oposent à ce qu'on les confonde sous le nom de méres ; mais pour parler plus sérieusement ; j'avoue que lorsque je lis dans la traduction du P. Sanadon , que les combats sont pour les femmes un objet d'horreur, je ne vois que des femmes épouvantées ; au lieu que les paroles d'Horace me font voir une mére atendrie:ainsi je ne sens point que l'une

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de ces expressions puisse jamais être l'image de l'autre ; & bien loin que la traduction du P. Sanadon fasse sur moi un plus bel éfet , je regrète le sentiment tendre qu'elle me fait perdre. Mais revenons à la fynecdoque.

Come il est facile de confondre cette figure avec la métonymie, je crois qu'il ne sera pas inutile d'observer que ce qui distingue la fynecdoque de la métonymie , c’est 1°. Que la fynecdoque fait entendre le plus par un mot qui dans le sens propre signifie le moins , ou au contraire elle fait entendre le moins par un mot qui dans le sens propre marque le plus.

20. Dans l'une & dans l'autre figure il y a une rélation entre l'objet dont on veut parler & celui dont on emprunte le nom ; car s'il n'y avoit point de raport entre ces objets, il n'y auroit aucune idée accessoire , & par conséquent point de trope : mais la rélation qu'il y a entre les objets, dans la métonymie, est de telle forte , que l'objet dont on emprunte le nom subsiste indépendanment de celui dont il réveille l'idée, & ne forme point ụn ensemble avec lui : Tel est le raport qui se trouve entre la cause & l'éfet, entre l'auteur & son ouvrage, entre Cérès & le blé ; entre le contenant & le contenu , come entre la bouteille

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