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I.

Toutes deux de même sang,

Traitez-nous de même sorte:
Aussi bien qu'elle je porte
Un poison prompt et puissant.
Enfin, voilà ma requête:
C'est à vous de commander
Qu'on me laisse précéder,
A mon tour, ma sœur la tête.
Je la conduirai si bien,

Qu'on ne se plaindra de rien.

Le ciel eut pour ses vœux une bonté cruelle.
Souvent sa complaisance a de méchants effets.
Il devroit être sourd aux aveugles souhaits.
Il ne le fut pas lors; et la guide* nouvelle,
Qui ne voyoit, au grand jour,

Pas plus clair que dans un four,
Donnoit tantôt contre un marbre,

Contre un passant, contre un arbre :
Droit aux ondes du Styx elle mena sa sœur.

Malheureux les états tombés dans son erreur !

* Du temps de La Fontaine, ce mot s'employait encore au féminin dans une acception qui n'admet plus aujourd'hui que le masculin.

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Pendant qu'un philosophe assure

Que toujours par leurs sens les hommes sont dupés, Un autre philosophe jure

Qu'ils ne nous ont jamais trompés.

Tous les deux ont raison; et la philosophie
Dit vrai quand elle dit que les sens tromperont,
Tant que sur leur rapport les hommes jugeront;
Mais aussi, si l'on rectifie

L'image de l'objet sur son éloignement,
Sur le milieu qui l'environne,

Sur l'organe et sur l'instrument,

Les sens ne tromperont personne.

La nature ordonna ces choses sagement:
J'en dirai quelque jour les raisons amplement.
J'aperçois le soleil: quelle en est la figure?
Ici-bas ce grand corps n'a que trois pieds de tour;
Mais si je le voyois là-haut dans son séjour,
Que seroit-ce à mes yeux que l'œil de la nature?
Sa distance me fait juger de sa grandeur;

La Fontaine a puisé le sujet de cette fable dans un fait contemporain.

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