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tie qui n'estoit plus guerre eftimée. 11 estoit Souverain Pontife, puis qu'il eftoit Empereur, mais les Empereurs n'avoient pas coûtume de faire grand usage de cette Dignité Sacerdotale. Pour luy, il prit la chose

bien plus serieusement , & nous voyons dans une de ses Lettres qui font venuës jusqu'à nous , qu'en qualité de Souverain Pontife, il défend à un Prestre Païen de faire pendant trois mois aucune fonction de Prestre. La Lettre qu'il écrit à Arface, Pontife de la Galatie, nous apprend de quelle maniere il se prenoit à faire refleurir le Paganisme. ll se félicite d'abord des grands effets que son zele a produits en fort peu de temps. I juge que le meilleur secret pour rétablir le Paganisme', eft d'y transporter les vertus du Chriftianis. me, la Charité pour les Etrangers, le foin d'enterrer les Morts, & la Sainteté de vie que les Chrétiens, dit-il, feignent fi bien. Il veut que ce Pontife, par raison ou par menaces, oblige les Prestres de Ga latie à vivre regulierement; à s'abstenir des Spectacles, & des Cabarets,'à quitter tous les emplois bas ou infames, à s'adonner uniquement avec toute leur famille au culte des Dieux, & à avoir l'eil sur les Galiléens pour reprimer leurs impietez & leurs profanations. Il remarque qu'il eft honteux que les Juifs & les Galiléens nourriffent non seulement leurs pauvres, mais ceux des Payens, & que les Payens abandonnoient les

leurs,

leurs, & ne se souviennent plus que l'hospitalité & la liberalité sont des vertus qui leur sont propres , puis qu'Homere fait ainsi parler Eumée. Mon Hofte , quand il me viendroit quelqu'un moins considerable que tog, il ne me foroit pas permis de ne le point

récee' voir. Tous viennent de la part de Jupiter 8 estrangers. pauvres. Je donne peu, mais je donne avec joje. Enfin il dit quelles diftritions il a ordonné que l'on fasse tous les ans aux pauvres de la Galatie, & il commande à ce Pontife de faire bastir danschau que Ville plufieurs Hospitaux, ou soient reçûs non seulement les Payens, mais aufli les autres. Il ne veut point que le Pontife aille souvent voir les Gouverneurs chez eux,mais seulement qu'il leur écrive, & que les Prestres aillent au devant d'eux quand ils entrent dans les Villes , mais seulement quand ils viennent aux Temples; encore ne veut-il pas qu'on les aille recevoir plus loin que le Vestibule. Il défend à ces Gouverneurs, dans cette occasion, de faire marcher devant eux des Soldats parce qu'alors ils ne sont que des personnes privées, mais il permet aux Soldats de les suivre s'ils veulent,

Avec ces soins , & cette imitation du Chriftianisme, Julien, s'il euft vécu, euft apparemment retardé la ruïne de la Religion, mais Dieu ne luy laiffa pas achever deux années de Regne. Jovien qui luy fuccéda commençoit à

se porter avec zele à la destruction du Pan ganisme , mais en sept mois qu'il regna, il ne put pas faire de grands progrés.

Valens qui eut l'Empire d'Orient permit à chacun d'adorer tels Dieux qu'il voudroit, & prit plus à cæur de foûtenir l'Arianisme,

le Chriftianisme mesme. * Aussi pendant fon Regne on immoloit publiquement, & on faisoit publiquement des repas de vi&times immolées. Ceux quieftoient initiez aux Mifteres de Bachus les célébroient sans crainte, ils couroient avec des Boucliers, déchiroient des Chiens, & faisoient toutes les extravagances que cette devotion demandoit.

Valentinien son Frere qui eut l'Occident, fut plus zelé pour la gloire du Chriftianisme, cependant la conduite ne fut pas auffi ferme qu'elle cuft du eftre. Il avoit fait une Loy par laquelle il défendoit toutes les ceremonies pocturnes. Prétextatus, Proconsul de la Gréce, luy representa qu'en oftant aux Grecs ces ceremonies ausquelles. ils étoient tres-attacheż, on leur rendoit la vie tout-à-fait desagréable. Valentinien se laissa toucher, & consentit que sans avoir d'égard à sa Loy on pratiquastles anciennes coutumes. Il est vray que c'est Zofime, un Payen, de qui nous tenons cette Histoire ; on peut dire qu'il l'a supposée pour donner à croire que les Empereurs confideroient encore les Payens. On peut

répons * Ti, eodousti

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répondre aufli que Zofime, dans l'estat od estoient les affaires de la Religion, devoit estre pluftoft d'humeur à se plaindre du mal qu'on ne luy faisoit pas, qu'à se louer d'une grace qu'on ne luy auroit pas faite.

Ce qui est contiant, c'est que l'on a des inscriptions & de Rome & d'autres villes d'Italie, 'par lesquelles il paroist que sous l'Empire de Valentinien des personnes de grande confideration firent les Sacrifices nommez Taurobolia & Criobolia, c'est-àdire Afperfion de fang de Taureau, ou de fang de Belier, Il semble mesme par la quantité des Inscriptions que cette cérémonie ait esté principalement à la mode du temps de Valentinien, & des deux autres Empereurs du mesme nom. - Comme elle est une des plus bizarres, & des plus fingulieres du Paganisme, je croy qu'on ne sera pas faché de la connoistre. Prudence qui pouvoit l'avoir veüe, nous la décrit affez au long.

On creusoit une foffe affez profonde, où celuy pour qui se devoit faire la cérémcnie, descendoit avec des bandelettes sacrées à la tefte , avec une Couronne , enfin avec tout un équipage mifterieux. On mettoit sur la toffe un couvercle de bois percé de quantité de trous. On amenoit fur ce couvercle un Taureau couronné de fleurs , & ayant les cornes & le front orné de petites lames d'or. On l'égorgeoit avec un couteau facré; son sang couloit par ces

trous

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trous dans la foffe, & celuy qui y estoit, le recevoit avec beaucoup de respect; il y presentoit son front, ses joues ses bras, ses espaules, enfin toutes les parties de son corps, & tâchoit à n'en laiffer pas tomber une goutte ailleurs que sur luy. Ensuite il fortoit de la hideux à voir, tout fouillé de ce fang, ses cheveux, sa barbe, ses habits tout degoutans, mais aussi il estoit purgé de tous les crimes , & regeneré pour l'Éternité ; car il paroist pofitivement par les In. scriptions, que ce Sacrifice estoit pour ceux qui le recevoient, une Regeneration miftique & éternelle.

Il faloit le renouveller tous les vingt ans, autrement il perdoit cette force qui s'étendoit dans tous les Siecles à venir.

Les femmes recevoient, cette regeneration aussi bien que les hommes. On y affo. cioit qui l'on vouloit, & ce qui est encore plus remarquable, des Villes entieres la rece. voient per Deputez,

Quelquefois on faisoit ce Sacrifice pour le salut des Empereurs. Des Provinces faisoient leur cour d'envoyer un homme fe barbouiller en leur nom de fang de Taureau , pour obtenir à l'Empereur une longue & heureuse vie. Tout cela est clair par les Inscriptions.

Nous voicy enfin fous Theodofe & fes Fils, à la ruïne entieré du Paganisme.

Theodose commença par l'Egypte où il fit fermer tous les Temples. Ensuite il

alla

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