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quoient li l'on pouvoit consulter les Sorts.

Un passage de Ciceron au 2. 1. de la Divination, où il dit que l'on consultoit les Sorts de Prénelte par le consentement de la Fortune, peur faire croire que cette Fortune sçavoit aussi remuer la tefte , ou donner quelque autre figne de ses volontez. : Nous trouvons encore quelques Statuës qui avoient cette mesme proprieté. Dio. dore de Sicile, & Quinte-Curse , disent que Jupiter Hammon estoit porté par quatre-vingts Prestres dans une espece de Gondole d'or, d'où pendoient des coupes d'argent, qu'il estoit suivy d'un grand nombre de Femmes & de Filles qui chantoient des Himnes en langue du Pais, & que ce Dieu porté par ses Prestres, les conduisoit en leur marquant par quelques mouvemens, où il vouloit aller.

Le Dieu d'Heliopolis de Sirie , selon Macrobe, en faisoit autant. Toute la difference estoit qu'il vouloit estre porté par des Gens les plus qualifiez de la Province, qui eussent long temps auparavant vescu en continence, & qui fe fuffent fait raser la teste.

Lucien dans le Traité de, la Déeffe de Sirie, dit qu'il a veu un Apollon encore plus miraculeux; car estant porté sur les épaules de ses Prestres, il s'avisa de les laisser là, & de se promener par les airs, & cela aux yeux d'un homme tel que Lucien, ce qui est confiderable.

Je suis fi lais de découvrir les fourberies des Prestres Payens, & je suis fi perfuadé auffi qu'on eft ias de m'en entendre parler, que je ne m'amuseray point à dire conment on pouvoit faire jouer de pareilles Marionnettes.

Dans l'Orient, les Sorts eftoient des Fle ches, & aujourd'huy encore les Turcs & les Arabes s'en servent de la mesme maniere. Ezechiel dit que Nabucodonosor mela ses fléches contre Ammon & Jerufalem, & que la Aéche fortit contre Jerusalem. C'estoit là une belle maniere de resoudre auquel de ces deux Peuples il feroit la Guerre,

Dans la Gréce & dans l'Italie on tirort fouvent les Sorts de quelque Poëte celebre, comme Homere, ou Euripide; ce qui se presentoit à l'ouverture du livre estoit l'Arreft du Ciel. L'Histoire en fournit mille exemples.

On voit mesme que quelque deux ceng ans aprés la mort de Virgile, on faifoit déja affez de cas de fes Vers pour les croire prophetiques, & pour lesmettre en la place des Sorts qui avoient efté à Prénofte. Car * Alexandre Severe, encore particulier, & dans le temps que l'Empereur Heliogabale ne luy vouloit pas de bien reçût pour réponse dans le Temple de Preneste cet endroit de Virgile dont le sens eft, Si tu peux furmon. ter ler Deftints contraires, t# feras Marcellus.

ley mon Auteur se fouvient que Rabelaisa

parlé

* Lampridius.

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parlé des Sores Virgilianes que Panurge va consulter sur son prariage , & il trouve cet endroit du Livre aaffi fçavant qu'il eft agréable & badin. Il dit que les bagatelles & Fes fotifes de Rabelais vatent fouvent mieux que les discours les plus ferićux des autres. Je n'ay point voulu oublier

cet éloge parce que c eft une chofe fimguliere de le sencontrer au milieu d'an Traité des Oracles, plein de fcience & d'érudition. Il est certain que Rabelais avoit beaucoup d'esprit & de le&ture, & un art tres - particulierde de biter des choses sçavantes cottime de pures fadaifes , & de dire de pures fadaifes le plus fouvent sans ennuyer. C'est dommage qu'it n'ait vécu dans un Siecle qui l'euft obligé à plus d'honnefteté, & de politefle.

Les Sorts pafferent jusque dans le Christianisme, on les prit dans les Livres Sacrez, au lieu que les Payens les prenoient dans leurs Poëtes. S. Augustin dans l'Epitre 119. à Januarius, pároift ne desapprouver cet usage que sur ce qui regarde les affaires du Sie. cle. Gregoire de Tours nous apprend luymême quelle estoit la pratique, il paffoit plusieurs jours dans le jeune & dans la priere, ensuite il'alloit au Tombeau, de S. Martin où il ouvroit tel Livre de l'Ecriture qu'il vouloit, & il prenoit pour la réponse de Dieu, le premier paffage qui s'offroit à ses yeux, Si ce paffage ne faisoit rien au sujet, il ouvroit un autre livre de l'Ecriture. D'autres prenoient pour Sort divin, la

pre

YLOR

premiere chose qu'ils entendoient chanter en entrant dans l'Eglise.

Mais qui croiroit que * l'Empereur Heraclius déliberant en quel lieu il feroit pas. fer l'hiver à fon Armée, se détermina par cette espece de Sort ? Il fit purifier. Ion Armée pendant trois jours, ensuite il ouvrit le Livre des Evangiles, & trouva que son quartier d'hyver luy estoit marqué dans l'Albanie. Eftoit-ce là une affaire dont on puft esperer de trouver la décision dans

L'Eglise eft enfin venuë à bout d'exterminer cette Superftition, mais il luy a fallu du temps. Du moment que l'Erreur est en poffeffion des esprits, c'est une merveille fi elle ne s'y maintient toûjours.

* Cedrenus.

SE

SECONDE

DISSERTATION. Que les Oracles n'ont point cefau temps de la Venuë

de Jesus-Christ. A plus grande difficulté qui regarde les Oracles eft furmontée, depuis que

nous avons reconnu que les Demons n'ont point dû y avoir de part. Les Oracles estant ainsi devenus indifferens à la Religion Chrestienne on ne s'intereffera plus à les faire finir précisement à la Venüe de Jesus - Christ.

L

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CHAPITRE I. Foiblesse des raisons sur lesquelles

cette Opinion est fondée.
Equi a fait croireà la plupart desGens
que les Oracles avoient ceflé à la Vé-
nüe de Jesus-Christ ce sont les Oracles

mesme

C

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