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Sont-ils méchants, tant moindre en est la somme, Et tant plutôt on s'en doit contenter.

ODE

POUR LA PAIX.

1659.

LE noir démon des combats Va quitter cette contrée ; Nous reverrons ici-bas Régner la déesse Astrée.

La paix, sœur du doux repos, Et que Jules va conclure, Fait déjà refleurir Vaux; Dont je tire un bon augure. S'il tient ce qu'il a promis, Et qu'un heureux mariage Rende nos rois bons amis, Je ne plains pas son voyage. Le plus grand de mes soubaits Est de voir, avant les roses, L'infante aveeque la paix; Car ce sont deux belles choses.

O paix, infante des cieux,
Toi que tout heur accompagne,
Viens vite embellir ces lieux
Avec l'infante d'Espagne.
Chasse des soldats gloutons
La troupe fière et hagarde,
Qui mange tous nos moutons,
Et bat celui qui les garde.

Délivre ce beau séjour
De leur brutale furie;
Et ne permets qu'à l'Amour
D'entrer dans la bergerie.

Fais qu'avecque le berger
On puisse voir la bergère,
Qui coure d'un pied léger,
Qui danse sur la fougère,
Et qui, du berger tremblant
Voyant le peu de courage,
S'endorme, ou fasse semblant
De s'endormir à l'ombrage.
O paix, source de tout bien,
Viens enrichir cette terre,
Et fais qu'il n'y reste rien
Des images de la guerre.
Accorde à nos longs désirs
De plus douces destinées,
Ramène-nous les plaisirs
Absents depuis tant d'années.

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ÉPITRE

A M. FOUQUET.

1659.

DUSSE JE une fois vous déplaire, Seigneur, je ne me saurois taire. Celui qui, plein d'affection, Vous promet une pension Bien payable et bien assignée A tous les quartiers de l'année, Qui, , pour tenir ce qu'il promet, Va souvent au sacré sommet, Et, n'épargnant aucune peine, Y dort après tout d'une baleine Huit ou dix heures réglément, Pour l'amour de vous seulement, J'entends à la bonne mesure, Et de cela je vous assure; Celui-là, dis-je, a contre vous Un juste sujet de courroux. L'autre jour, étant en affaire, Et le jugeant peu nécessaire, Vous ne daignâtes recevoir Le tribut qu'il croit vous devoir D'une profonde révérence. Il fallut prendre patience, Attendre une heure, et puis partir. J'eus le cœur gros, sans vous mentir, Un demi-jour, pas davantage; Car enfin ce seroit dommage Que, prenant trop mon intérêt, Vous en crussiez plus qu'il n'en est.

Et

Comme on ne doit tromper personne,
que votre ame est tendre et bonne,
Vous m'iriez plaindre un peu trop fort,
Si, vous mandant mon déconfort,
Je ne contois au vrai l'histoire;
Peut-être même iriez-vous croire
Que je souhaite le trépas
Cent fois le jour, ce qui n'est pas.
Je me console, et vous excuse:

Car après tout on en abuse;

On se bat à qui vous aura.
Je crois qu'il vous arrivera

Choses dont aux courts jours se plaignent
Moines d'Orbais, et surtout craignent,
C'est qu'à la fin vous n'aurez pas
Loisir de prendre vos repas.
Le roi, l'état, votre patrie,
Partagent toute votre vie;
Rien n'est
pour vous, tout est pour eux.
Bon Dieu que l'on est malheureux
Quand on est si grand personnage !
Seigneur, vous êtes bon et sage,
Et je serois trop familier
Si je faisois le conseiller.
A jouir pourtant de vous-même
Vous auriez un plaisir extrême :
Renvoyez donc en certains temps
Tous les traités, tous les traitants,
Les requêtes, les ordonnances,
Le parlement et les finances,
Le vain murmure des frondeurs,
Mais plus que tous les demandeurs,
La cour, la paix, le mariage,
Et la dépense du voyage,
Qui rend nos coffres épuisés,
Et nos guerriers les bras croisés.
Renvoyez, dis-je, cette troupe,
Qu'on ne vit jamais sur la croupe
Du mont où les savantes sœurs
Tiennent boutique de douceurs.
Mais que pour les amants des Muses
Votre suisse n'ait point d'excuses,
Et moins pour moi que pour pas un :
Je ne serai pas importun:

Je prendrai votre heure et la mienne.
Si je vois qu'on vous entretienne,
J'attendrai fort paisiblement
En ce superbe appartement
Où l'on a fait d'étrange terre,
Depuis peu,
venir à grand'erre
(Non sans travail et quelques frais)
Des rois Céphrim et Kiopès
Le cercueil, la tombe, ou la bière:
Pour les rois, ils sont en poussière.
C'est là que j'en voulois venir.
Il me fallut entretenir

Avec ces monuments antiques,
Pendant qu'aux affaires publiques

Vous donniez tout votre loisir.
Certes j'y pris un grand plaisir.
Vous semble-t-il pas que l'image
D'un assez galant per sonnage
Sert à ces tombeaux d'ornement?
Pour vous en parler franchement,
Je ne puis m'empêcher d'en rire.
Messire Orus, me mis-je à dire,
Vous nous rendez tous ébabis:
Les enfants de votre pays
Ont, ce me semble, des bavettes
Que je trouve plaisamment faites.
On m'eût expliqué tout cela;
Mais il fallut partir de là
Sans entendre l'allégorie.
Je quittai donc la galerie,
Fort content, parmi mon chagrin,
De Kiopès et de Céphrim,
D'Orus, et de tout son lignage,
Et de maint autre personnage.
Puissent ceux d'Égypte en ces lieux,
Fussent-ils rois, fussent-ils dieux.
Sans violence et sans contrainte,
Se reposer dessus leur plinthe
Jusques au bout du genre humain!
Ils ont fait assez de chemin
Pour des personnes de leur taille.
Et vous, seigneur, pour qui travaille
Le temps qui peut tout consumer,
Vous, que s'efforce de charmer
L'antiquité qu'on idolâtre,
Pour qui le dieu de Cléopâtre,
Sous nos murs enfin abordé,
Vient de Memphis à Saint-Mandé,
Puissiez-vous voir ces belles choses
Pendant mille moissons de roses!
Mille moissons, c'est un peu trop;
Car nos ans s'en vont au galop,
Jamais à petites journées.
Hélas! les belles destinées
Ne devroient aller que le pas.
Mais quoi! le ciel ne le veut pas.
Toute ame illustre s'en console,
Et, pendant que l'âge s'envole,
Tâche d'acquérir un renom
Qui fait encor vivre le nom

uand le héros n'est plus que cendre.

Témoin celui qu'eut Alexandre,
Et celui du fils d'Osiris,
Qui va revivre dans Paris.

EPITRE

A MADAME FOUQUET SUR LA NAISSANCE DE SON DERNIER FILS A FONTAINEBLEAU.

Vous avez fait des poupons le héros, Et l'avez fait sur un très bon modèle.

Il tient déjà mille menus propos;
Sans se méprendre il rit à la plus belle.
C'est, ce dit-on, la meilleure cervelle
De nourrisson qui soit sous le soleil:
Pour bien teter il n'a pas son pareil;
Il fait en tout son jugement paroître.
Quelqu'un m'a dit qu'il sera du conseil
(Sans y manquer) du dauphin qui va naître.

Or vous voilà mère de trois Amours :

Dieu soit loué! La reine de Cythere N'en a qu'un seul, qu'elle montre toujours; Et cet enfant ne va pas sans sa mère : A se conduire il n'a d'affaire, pas peu Étant privé de la clarté des cieux.

Mais vos trois fils ont chacun deux beaux yeux, Deux magasins de lumière et de flamme, Deux vrais soleils, dont l'éclat radieux Éblouira quelque jour plus d'une ame.

De vos aînés d'autres gens ont écrit ;
De ce cadet je dirai quelque chose.
C'est un enfant tout sens et tout esprit :
D'un feu de joie au Parnasse il est cause;
A le louer déjà l'on se dispose.

Son nom, chanté par cent auteurs divers,
Sera bientôt le sujet de nos vers,
Et remplira, selon son horoscope,
Tous les échos qui sont dans l'univers :
Pour un tel nom trop petite est l'Europe.
J'ai de mon dire Apollon pour garant.
Voici de plus ce qu'ajoute Uranie:
Notre petit doit un jour être grand;
C'est Jupiter qui réglera sa vie :
Il lui promet des biens dignes d'envie,
De hauts emplois, des honneurs à foison:
Et cet enfant est né dans sa maison,
Ce qui présage une grandeur suprême.
Vous voyez bien que ma Muse a raison;
Car Jupiter et Louis c'est le même.

Dans l'horoscope il est encor parlé
Des qualités nobles, grandes et belles,
Par qui sera cet enfant signalé,
Et dont il a déjà des étincelles.
Je crois qu'en lui la raison a des ailes.
Comme son père il aimera l'honneur:
Il logera quelque jour dans son cœur
De rares dons une troupe infinie:
Ce me seroit un insigne bonheur
Si je logeois en telle compagnie.

LETTRE

A MADAME DE C***

ABBESSE DE M.

1658.

Très révérente mère en Dieu,

Qui révérente n'êtes guère,

Et qui moins encore êtes mère,
On vous adore en certain lieu
D'où l'on n'ose vous l'aller dire,
Si l'on n'a patentes du sire
Qui fit attraper Girardin,
Lequel alloit voir son jardin,
Puis le mit à grosse finance.
Les Rocroix, gens sans conscience,
Me prendroient aussi bien que lui,
Vous allant conter mon ennui.
J'aurois beau dire à voix soumise :
Messieurs, cherchez meilleure prise;
Phébus n'a point de nourrisson
Qui soit homme à haute rançon.
Je suis un homme de Champagne,
Qui n'en veux point au roi d'Espagne ;
Cupidon seul me fait marcher.
Enfin, j'aurois beau les prêcher,
Montal ne se soucieroit guère

De Cupidon ni de sa mère :

Pour cet homme, en fer tout confit,
Passeport d'Amour ne suffit.

En attendant que Mars m'en donne un, et le sine
(Mars ou Condé, car c'est tout un,
Comme tout un vous et Cyprine,)
Je ne bouge; et j'ai bien la mine
De ne pas être importun.

Votre séjour sent un peu trop la poudre ;
Non la poudre à têtes friser,
Mais la poudre à têtes briser;

Ce que je crains comme la foudre,
C'est à dire un peu moins que vous;

Car tous vos coups

Ne sont pas doux

Comme ils le semblent :

Le cœur dès l'abord ils nous emblent, Puis le repos, puis le repas,

Puis ils font tant, qu'ils causent le trépas.

Je vis pourtant, à ne vous point mentir :
Que serviroit de déguiser les choses?
Mais comment vis-je ? et qu'il nous faut pâtir
Dans vos prisons, où l'on fait longues pauses!
Noires ne sont, et pourtant sont mieux closes
Qu'aucun châtel. Quand léans on se voit,
Pleurs et soupirs ce sont boutons de roses;
On n'en sort pas ainsi que l'on voudroit.
Aussi, quand on vous fit abbesse,
Et qu'on renferma vos appas,
Qui fut camus? c'est le trépas.
Que les champs libres on leur laisse
Un peu,

Je gage

Qu'on verra, s'ils sortent de cage,

-Beau jeu.

Dessous la clef on les a mis

Comme une chose rare et dangereuse;

Et pour épargner ses amis Le ciel vous fit jurer d'être religieuse.

Comme vos yeux alloient tout embraser,
Il fut conclu par votre parentage
Qu'on vous feroit un couvent épouser :
Deux ans après se fit le mariage.
De s'y trouver votre bonté fut sage;
Sans point de faute Hymen en fit autant;
Mot ne sonnoit; et, quant à moi, je gage
Que de l'affaire il n'étoit pas content.

Ce même jour, pour le certain,
Amour se fit bénédictin;
Et, sans trop faire la mutine,

Vénus se fit bénédictine;
Les Ris, ne bougeant d'avec vous,
Bénédictins se firent to us:

Et les Grâces, qui vous suivirent, Bénédic ines se rendirent :

Tous les dieux qu'en Cypre on connoît Prirent l'habit de saint Benoit.

Vous vêtir d'or, ce seroit grand dommage,
Puisqu'en habits sans coûts et sans façon
De triompher votre beauté fait rage;
Si qu'à la cour elle en feroit leçon.
Pardonnez-moi si j'ai quelque soupçon
Que cet habit dont vous êtes vêtue,
En vous voilant, soit receleur d'appas :
N'en est-il point dont il puisse à ma vue
Se confier? je ne le dirois pas.

DIZAIN

POUR MADAME DE SÉVIGNÉ, ENVOYÉ A M. FOUQUET SUR LE SUJET DE LA LETTRE PRÉCÉDENTE.

1658.

De Sévigné, depuis deux jours en-çà,
Ma lettre tient les trois parts de sa gloire.
Elle lui plut; et cela se passa

Phébus tenant chez vous son consistoire.
Entre les dieux, et c'est chose notoire,
En me louant Sévigné me plaça ;
J'étois alors deux cent mille au-deçà,
Voire encor plus, du temple de Mémoire,
Ingrat ne suis; son nom seroit piéça
Delà le ciel, si l'on m'en vouloit croire.

QUATRAIN

A M***.

Je ne m'attendois pas d'être loué de vous;
Cet honneur me surprend, il faut que je l'avoue
Mais de tous les plaisirs le plaisir le plus doux
C'est de se voir loué de ceux que chacun loue.

ÉPITAPHE

D'UN GRAND PARLEUR.
1660.

Sous ce tombeau pour toujours dort
Paul, qui toujours contoit merveilles ;
Louange à Dieu, repos au mort,
Et paix en terre à nos oreilles

RONDEAU REDOUBLÉ.

1660.

Qu'on vain scrupule à ma flamme s'oppose,
Je ne le puis souffrir aucunement,
Bien que chacun en murmure et nous glose;
Et c'est assez pour perdre votre amant.

Si j'avois bruit de mauvais garnement,
Vous me pourriez bannir à juste cause;
Ne l'ayant point, c'est sans nul fondement
Qu'un vain scrupule à ma flamme s'oppose.
Que vous m'aimiez, c'est pour moi lettre close;
Voire on diroit que quelque changement
A m'alléguer ces raisons vous dispose:
Je ne le puis souffrir aucunement.

Bien moins pourroit vous cacher mon tourment,
N'ayant pas mis au contrat cette clause;
Toujours ferai l'amour ouvertement,
Bien que chacun en murmure et nous glose.
Ainsi s'aimer est plus doux qu'eau de rose;
Souffrez-le donc, Phyllis; car autrement,
Loin de vos yeux je vais faire une pause;
Et c'est assez pour perdre votre amant.
Pourriez-vous voir ce triste éloignement ?
De vos faveurs doublez plutôt la dose.
Amour ne veut tant de raisonnement:
Ce point d'honneur, ma foi, n'est autre chose
Qu'un vain scrupule.

BALLADE

A M. FOUQUET,

POUR LE PONT DE CHATEAU-THIERRY.

1659.

DANS cet écrit, notre pauvre cité

Par moi, seigneur, humblement vous supplie,
Disant qu'après le pénultième été
L'hiver survint avec grande furie,
Monceaux de neiges, et gros randons de pluie,
Dont maint ruisseau croissant subitement,
Traita nos ponts bien peu courtoisement.
Si vous voulez qu'on les puisse refaire,

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