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Et, capable d'amour, ne me sauroit aimer.
Il ne me restoit plus que ce nouveau martyre:
Veux-tu que je l'éprouve, Amour? tu n'as qu'à dire.
Quand tu ne voudrois pas, Clymène aura mon cœur :
Dis-le-lui, car je crains d'irriter sa douleur.

ÉLÉGIE II.

Me voici rembarqué sur la mer amoureuse, Moi pour qui tant de fois elle fut malheureuse, Qui ne suis pas encor du naufrage essuyé, Quitte à peine d'un vœu nouvellement payé. Que faire ? mon destin est tel qu'il faut que j'aime. On m'a pourvu d'un cœur peu content de lui-même, Inquiet, et fécond en nouvelles amours: Il aime à s'engager, mais non pas pour toujours. Si faut-il une fois brûler d'un feu durable : Que le succès en soit funeste ou favorable, Qu'on me donne sujet de craindre ou d'espérer, Perte ou gain, je me veux encore aventurer. Si l'on ne suit l'amour, il n'est douceur aucune. Ce n'est point près des rois que l'on fait sa fortune: Quelque ingrate beauté qui nous donne des lois, Encore en tire-t-on un souris quelquefois; Et pour me rendre heureux un souris peut suffire. Clymène, vous pouvez me donner un empire, Sans que vous m'accordiez qu'un regard d'un instant: Tiendra-t-il à vos yeux que je ne sois content? Hélas! qu'il est aisé de se flatter soi-même! Je me propose un bien dont le prix est extrême, Et ne sais seulement s'il m'est permis d'aimer. Pourquoi non, s'il vous est permis de me charmer? Je verrai les plaisirs suivre en foule vos traces, Votre bouche sera la demeure des Grâces, Mille dons près de vous me viendront partager; Et mille feux chez moi ne viendront pas loger! Et je ne mourrai pas! Non, Clymène, vos charmes Ne paroîtront jamais sans me donner d'alarmes ; Rien ne peut empêcher que je n'aime aussitôt. Je veux brûler, languir, et mourir s'il le faut : Votre aveu là-dessus ne m'est pas nécessaire. Si pourtant vous aimer, Clymène, étoit vous plaire, Que je serois heureux! quelle gloire! quel bien! Hors l'honneur d'être à vous je ne demande rien. Consentez seulement de vous voir adorée; Il n'est condition des mortels révérée Qui ne me soit alors un objet de mépris. Jupiter, s'il quittoit le céleste pourpris, Ne m'obligeroit pas à lui céder ma peine. Je suis plus satisfait de ma nouvelle chaîne Qu'il ne l'est de sa foudre. Il peut régner là-haut: Vous servir ici-bas, c'est tout ce qu'il me faut. Pour me récompenser, avouez-moi pour vôtre; Et, si le sort vouloit me donner à quelque autre, Dites: Je le réclame; il vit dessous ma loi : Je vous en avertis, cet esclave est à moi; Du pouvoir de mes traits son cœur porte la marque, N'y touchez point. Alors je me croirai monarque.

J'en sais de bien traités ; d'autres il en est peu :
Je serai plus roi qu'eux après un tel aveu.
Daignez donc approuver les transports de mon zèle;
Il vous sera permis après d'être cruelle.
De ma part, le respect et les soumissions,
Les soins, toujours enfants des fortes passions,
Les craintes, les soucis, les fréquentes alarmes
L'ordinaire tribut des soupirs et des larmes,
Et, si vous le voulez, mes langueurs, mon trépas,
Clymène, tous ces biens ne vous manqueront pas.

ÉLÉGIE III.

Au! Clymène, j'ai cru vos yeux trop de léger; Un seul mot les a fait de langage changer. Mon amour vous déplaît: je vous nuis, je vous gêne: Que ne me laissiez-vous dissimuler ma peine? Ne pouvois-je mourir sans que l'on sût pourquoi? Vouliez-vous qu'un rival pût triompher de moi? Tandis qu'en vous voyant il goûte des délices, Vous le rendez heureux encor par mes supplices: Il en jouit, Clymène, et vous y consentez ! Vos regards et mes jours par lui seront comptés! J'ose à peine vous voir; il vous parle à toute heure! Honte, dépit, Amour, quand faut-il que je meure? Hélas! étois je né pour un si triste sort? Sont-ce là les plaisirs qui m'attendoient encor? Vous me deviez, Clymène, une autre destinée. Mais, puisque mon ardeur est par vous condamnée Le jour m'est ennuyeux, le jour ne m'est plus rien Qui me consolera ? je fuis tout entretien ; Mon cœur veut s'occuper sans relâche à sa flamme. Voilà comme on vous sert; on n'a que vous dans l'ame. Devant que sur vos traits j'eusse porté les yeux, Je puis dire que tout me rioit sous les cieux. Je n'importunois pas au moins par mes services; Pour moi le monde entier étoit plein de délices: J'étois touché des fleurs, des doux sons, des beaux jours, Mes amis me cherchoient, et parfois mes amours. Que si j'eusse voulu leur donner de la gloire, Phébus m'aimoit assez pour avoir lieu de croire Qu'il n'eût en ce moment osé se démentir. Je ne l'invoque plus que pour vous divertir. Tous ces biens que j'ai dits n'ont plus pour moi de char

mes:

Vous ne m'avez laissé que l'usage des larmes;
Encor me prive-t-on du triste réconfort
D'en arroser les mains qui me donnent la mort.
Adieu plaisirs, honneurs, louange bien aimée;
Que me sert le vain bruit d'un peu de renommée ?
J'y renonce à présent ; ces biens ne m'étoient doux
Qu'autant qu'ils me pouvoient rendre digne de vous.
Je respire à regret; l'ame m'est inutile.
J'aimerois autant être une cendre infertile
Que d'enfermer un cœur par vos traits méprisé :
Clymène, il m'est nouveau de le voir refusé.
Hier encor, ne pouvant maîtriser mon courage,

Je dis sans y penser: Tout changement soulage;
Amour, viens me guérir par un autre tourment.
Non, ne viens pas, Amour, dis-je au même moment;
Ma cruelle me plaît. Vois ses yeux et sa bouche.
O dieux! qu'elle a d'appas ! qu'elle plait! qu'elle touche!
Dis-moi s'il fut jamais rien d'égal dans ta cour.
Ma cruelle me plaît ; non, ne viens pas, Amour.
Ainsi je m'abandonne au charme qui me lie:
Les nœuds n'en finiront qu'avec ceux de ma vie.
Puissent tous les malheurs s'assembler contre moi
Plutôt que je vous manque un seul moment de foi!
Comme ai-je pu tomber dans une autre pensée ?
En premier mouvement vous a done offensée?
Punissez-moi, Clymène, et vengez vos appas;
Avancez, s'il se peut, l'heure de mon trépas.
Lorsque je vous rendis ma dernière visite,
Votre accueil parut froid, vous fûtes interdite.
Clymène, assurément mon amour vous déplaît:
Pourquoi donc de ma mort retardez-vous l'arrêt?
Faut-il long-temps souffrir pour l'honneur de vos char-
mes?
Eh bien! j'en suis content; baignez-vous dans mes lar-

mes.

Je suis à vous, Clymène : heureux, si quelque jour, Je vous plais par ma mort plus que par mon amour!

ELEGIE IV.

J'AVOIS cru jusqu'ici bien connoître l'amour :
Je me trompois, Clymène ; et ce n'est que d'un jour
Que je sais à quel point peuvent monter ses peines.
Non pas qu'ayant brûlé pour beaucoup d'inhumaines,
Un esclavage dur ne m'ait assujetti;

Mais je compte pour rien tout ce que j'ai senti.
Des douleurs qu'on endure en servant une belle
Je n'avois pas encor souffert la plus cruelle.
La jalousie aux yeux incessamment ouverts,
Monstre toujours fécond en fantômes divers,
Jusque-là, grâce aux dieux, n'en avoit pu produire
Que mon cœur eût trouvés capables de lui nuire.
Pour les autres tourments, ils m'étoient fort communs :
Je nourrissois chez moi les soucis importuns,
La folle inquiétude en ses plaisirs légère,

Des lieux où l'on la porte hôtesse passagère ;
J'y nourrissois encor les désirs sans espoir,
Les soins toujours veillants, le chagrin toujours noir,
Les peines que nous cause une éternelle absence.
Tous ces poisons mêlés composoient ma souffrance;
La jalousie y joint à présent son ennui.
Hélas! je ne connois l'amour que d'aujourd'hui.
Un mal qui m'est nouveau s'est glissé dans mon ame;
Je meurs. Ah! si c'étoit seulement de ma flamme!
Si je ne périssois que par mon seul tourment!
Mais le vôtre me perd: Clymène, un autre amant,
Même après son trépas, vit dans votre mémoire.
Il y vivra long-temps; vos pleurs me le font croire.
Un mort a dans la tombe emporté votre foi!

Peut-être que ce mort sut mieux aimer que moi.
Certes, il en donna des marques bien certaines,
Quand, pour le soulager de l'excès de ses peines,
Vous lui voulûtes bien conseiller, par pitié,
De réduire l'amour aux termes d'amitié.

Il vous crut; et pour moi je n'ai d'obéissance
Que quand on veut que j'aime avecque violence.
Tant d'ardeur semblera condamnable à vos yeux;
Mais n'aimez plus ce mort, et vous jugerez mieux.
Comment ne l'aimer plus ? On y songe à toute heure,
On en parle sans cesse, on le plaint, on le pleure;
Son bonheur avec lui ne sauroit plus vieillir:
Je puis vous offenser; il ne peut plus faillir.
O trop heureux amant! ton sort me fait envie.
Vous l'appelez ami ; je crois qu'en votre vie
Vous n'en fites un seul qui le fût à ce point.
J'en sais qui vous sont chers; vous ne m'en parlez point:
Pour celui-ci, sans cesse il est dans votre bouche.
Clymène, je veux bien que sa perte vous touche;
Pleurez-là, j'y consens, ce regret est permis :
Mais ne confondez point l'amant et les amis.
Votre cœur juge mal du motif de sa peine ;
Ces pleurs sont pleurs d'amour : je m'y connois, Cly

mene:

Des amis si bien faits méritent, entre nous,
Que sous le nom d'amants ils soient pleurés par vous.
Ne déguisez donc plus la cause de vos larmes ;
Avouez que ce mort eut pour vous quelques charmes.
Il joignoit les beautés de l'esprit et du corps:
Ce n'étoient cependant que ses moindres trésors;
Son ame l'emportoit. Quoi qu'on prise la mienne,
Je la réformerois de bon cœur sur la sienne.
Exceptez-en un point qui fait seul tous mes biens,
Je ne changerois point mes feux contre les siens.
Puisqu'il n'étoit qu'ami, je le surpasse en zèle;
Et mon amour vaut bien l'amitié la plus belle.
Je n'en puis relâcher. N'engagez point mon cœur
A tenter les moyens d'en être le vainqueur :
Je me l'arracherois; et vous en seriez cause.
Moi cesser d'être amant! eh! puis-je être autre chose?
Puis-je trouver en vous ce que j'ai tant loué,

Et vouloir pour ami sans plus être avoué?
Non, Clymene, ce bien, eucor qu'inestimable,
N'a rien de votre part qui me soit agréable:
D'une autre que de vous je pourrois l'accepter;
Mais quand vous me l'offrez je dois le rejeter.
Il ne m'importe pas que d'autres en jouissent;
Gardez votre présent à ceux qui me haïssent:
Aussi-bien ne m'est-il réservé qu'à demi.
Dites, me traitez vous encor comme un ami?
Tachez-vous de guérir mon cœur de sa blessure?
On diroit que ma mort vous semble trop peu sûre.
Depuis que je vous vois, vous m'offrez tous les jours
Quelque nouveau poison forgé par les Amours.
C'est tantôt un clin d'œil, un mot, un vain sourire,
Un rien; et pour ce rien nuit et jour je soupire!
L'ai-je à peine obtenu, vous y joignez un mal
Qu'après moi l'on peut dire à tous amants fatal.
Vous me rendez jaloux et de qui? Quand j'y songe,

Il n'est excès d'ennui où mon cœur ne se plonge. J'envie un rival mort! m'ajoutera-t-on foi, Quand je dirai qu'un mort est plus heureux que moi? Cependant il est vrai. Si mes tristes pensées Vous sont avec quelque art sur le papier tracées, Cléandre, dites-vous, avoit cet art aussi. Si par de petits soins j'exprime mon souci, Il en faisoit autant, mais avec plus de gråce. Enfin, si l'on vous croit, en rien je ne le passe. Vous vous représentez tout ce qui vient de lui, Tandis que dans mes yeux vous lisez mon ennui. Ce n'est pas tout encor; vous voulez que je voie Son portrait, où votre ame a renfermé sa joie. Remarquez, me dit-on, cet air rempli d'attraits: J'en remarque après vous jusques aux moindres traits. Je fais plus: je les loue, et souffre que vos larmes Arrosent à mes yeux ce portrait plein de charmes. Quelquefois je vous dis : C'est trop parler d'un mort. A peine on s'en est tu, qu'on en reparle encor. Je porte, dites-vous, malheur à ceux que j'aime : Le ciel, dont la rigueur me fut toujours extrême, Leur fait à tous la guerre, et sa haine pour moi S'étendra sur quiconque engagera ma foi. Mon amitié n'est pas un sort digne d'envie : Cléandre, tu le sais, il t'en coûte la vie. Hélas! il m'a long-temps aimée éperdument: En présence des dieux il en faisoit serment. Je n'ai réduit son feu qu'avec beaucoup de peine. Si vous l'avez réduit, avouez-moi, Clymène, Que le mien, dont l'ardeur augmente tous les jours, Mieux que celui d'un mort mérite vos amours.

ÉLÉGIE V.

POUR M. L. C. D. C.

Vors demandez, Iris, ce que je fais.

Je pense à vous, je m'épuise en souhaits.
Etre privé de les dire moi-même,

Aimer beaucoup, ne point voir ce que j'aime,
Craindre toujours quelque nouveau rival,
Voilà mon sort. Est-il tourment égal ?
Un amant libre a le ciel moins contraire ;
Il peut vous rendre un soin qui vous peut plaire;
Ou, s'il ne peut vous plaire par des soins,
Il peut mourir à vos pieds tout au moins.
Car je crains tout; un absent doit tout craindre.
Je prends l'alarme aux bruits que j'entends feindre.
On dit tantôt que votre amour languit;
Tantôt, qu'un autre a gagné votre esprit.
Tout m'est suspect; et cependant votre ame
Ne peut si tôt brûler d'une autre flamme.
Je la connois; une nouvelle amour
Est chez Iris l'œuvre de plus d'un jour.
Si l'on m'aimoit! je suis sûr que l'on m'aime.
Mais m'aimoit-on? Voilà ma peine extrême.
Dites-le-moi, puis le recommencez.
Combien ? cent fois? Non, ce n'est pas assez.

Cent mille fois Hélas! c'est peu de chose.
Je vous dirai, chère Iris, si je l'ose,
Qu'on ne le croit qu'au milieu des plaisirs
Que l'hyménée accorde à nos désirs.
Même un tel soin là-dessus nous dévore,
Qu'en le croyant on le demande encore.
Mais c'est assez douter de votre amour.
Doutez-vous point du mien à votre tour?
Je vous dirai que toujours même zèle,
Toujours ardent, toujours pur et fidèle,
Regne pour vous dans le fond de mon cœur.
Je ne crains point la cruelle longueur
D'une prison où le sort vous oublie,
Ni les vautours de la mélancolie;

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Le plus sage s'endort sur la foi des zéphyrs. Jamais un favori ne borne sa carrière; Il ne regarde pas ce qu'il laisse en arrière ; Et tout ce vain amour des grandeurs et du bruit Ne le sauroit quitter qu'après l'avoir détruit. Tant d'exemples fameux que l'histoire en raconte Ne suffisoient-ils pas, sans la d'Oronte ? perte Ah! si ce faux éclat n'eût pas fait ses plaisirs, Si le séjour de Vaux eût borné ses désirs, Qu'il pouvoit doucement laisser couler son âge ! Vous n'avez pas chez vous ce brillant équipage, Cette foule de gens qui s'en vout chaque jour Saluer à longs flots le soleil de la Cour : Mais la faveur du ciel vous donne en récompense Du repos, du loisir, de l'ombre et du silence, Un tranquille sommeil, d'innocents entretiens; Et jamais à la Cour on ne trouve ces biens. Mais quittons ces pensers: Oronte nous appelle. Vous, dont il a rendu la demeure si belle, Nymphes, qui lui devez vos plus charmants appas, Si le long de vos bords Louis porte ses pas, Tâchez de l'adoucir, fléchissez son courage: Il aime ses sujets, il est juste, il est sage; Du titre de clément rendez-le ambitieux; C'est par là que les rois sont semblables aux dieux Du magnanime Henri qu'il contemple la vie : Dès qu'il put se venger il en perdit l'envie. Inspirez à Louis cette même douceur:

La plus belle victoire est de vaincre son cœur.
Oronte est à présent un objet de clémence.
S'il a cru les conseils d'une aveugle puissance,
Il est assez puni par son sort rigoureux;
Et c'est être innocent que d'être malheureux.

ODE AU ROI

SUR LE MÊME SUJET.

1663.

PRINCE qui fais nos destinées,
Digne monarque des François,
Qui du Rhin jusqu'aux Pyrénées
Portes la crainte de tes lois,
Si le repentir de l'offense
Sert aux coupables de défense
Près d'un courage généreux,
Permets qu'Apollon t'importune,
Non pour les biens de la fortune,
Mais pour les jours d'un malheureux.

Ce triste objet de ta colère
N'a-t-il point encore effacé
Ce qui jadis t'a pu déplaire
Aux emplois où tu l'as placé?
Depuis le moment qu'il soupire,
Deux fois l'hiver en ton empire

A ramené les aquilons;

Et nos climats ont vu l'année Deux fois de pampre couronnée Enrichir coteaux et vallons.

Oronte seul, ta créature,
Languit dans un profond ennui :
Et les bienfaits de la nature
Ne se répandent plus pour lui.
Tu peux d'un éclat de ta foudre
Achever de le mettre en poudre:
Mais si les dieux à ton pouvoir
Aucunes bornes n'ont prescrites,
Moins ta grandeur a de limites,
Plus ton courroux en doit avoir.

Réserve-le pour des rebelles :
Ou, si ton peuple t'est soumis,
Fais-en voler les étincelles
Chez tes superbes ennemis.
Déjà Vienne est irritée
De ta gloire aux astres montée;
Ses monarques en sont jaloux :
Et Rome t'ouvre une carrière
Où ton cœur trouvera matière
D'exercer ce noble courroux.

Va-t-en punir l'orgueil du Tibre;
Qu'il te souvienne que ses lois
N'ont jadis rien laissé de libre
Que le courage des Gaulois;
Mais parmi nous sois débonnaire :
A cet empire si sévère

Tu ne te peux accoutumer,

Et ce seroit trop te contraindre. Les étrangers te doivent craindre ; Tes sujets te veulent aimer.

L'amour est fils de la clémence ;
La clémence est fille des dieux :
Sans elle toute leur puissance
Ne seroit qu'un titre odieux.
Parmi les fruits de la victoire,
César, environné de gloire,
N'en trouva point dont la douceur
A celui-ci pût être égale ;

Non pas même aux champs où Pharsale
L'honora du nom de vainqueur.

Je ne veux pas te mettre en compte
Le zèle ardent ni les travaux
En quoi tu te souviens qu'Oronte
Ne cédoit point à ses rivaux.
Sa passion pour ta personne,
Pour ta grandeur, pour ta couronne,
Quand le besoin s'est vu pressant,
A toujours été remarquable:
Mais, si tu crois qu'il est coupable,
Il ne veut pas être innocent.
Laisse-lui donc pour toute grâce

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