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Ne l'or ni la grandeur ne nous rendent beureus.
Ces deux divinités n'accordent à nos væax
Que des biens peu certains,qu'un plaisir peu travquille:
Des soucis dévorants c'est l'éternel asile ;
Véritables vautours, que le fils de Japet
Représente , enchaîné sur son triste sommet.
L'humble toit est exempt d'un tribut si funeste.
Le sage y vit en paix, et méprise le reste :
Content de ses douceurs, errant parmi les bois ,
Il regarde à ses pieds les favoris des rois;
II. lit au froot de ceux qu'un vain luxe environne,
Que la Fortune vend ce qu'on croit qu'elle donne.
Approche-t-il du but, quitte-t-il ce séjour ;
Rien ne trouble sa fin : c'est le soir d'un beau jour.

Philémon et Baucis nous en offrent l'exemple :
Tous deux virent changer leur cabane en un temple.
Hymenée et l'Amour, par des désirs constants,
Avoient uni leurs cæurs dès leur plus doux printemps.
Ni le temps ni l'hymen n'éteignirent leur flamme;
Clothon prenoit plaisir à filer cette trame.
Ils surent cultiver, sans se voir assistés,
Leur enclos et leur champ par deux fois vingt étés,
Eux seuls ils composoient toute leur république :
Heureux de ne devoir à pas un domestique
Le plaisir ou le gré des soins qu'ils se rendoient!
Tout vieillit: sur leur front les rides s'étendoient ;
L'amitié modéra leurs seus sans les détruire,
EL par des traits d'amour sut encor se produire.
Ils habitoient un bourg plein de gens dont le cæur
Joignoit aux duretés un sentiment moqueur.
Jupiter résolut d'abolir cette engeance.
Il part avec son fils, le dieu de l'éloquence;
Tous deux en pélerins vont visiter ces lieux.
Mille logis y sont, un seul ne s'ouvre aux dieux,
Prêts enfin à quitter un séjour si profane,
Ils virent à l'écart une étroite cabane ,
Demeure hospitalière, humble et chaste maison.
Mereure frappe : on ouvre. Aussitôt Philémon
Vient au-devant des dieux, et leur tient ce langage :
Vous me semblez tous deux fatigués du voyage,
Reposez-vous. Usez du peu que nous avons ;
L'aide des dieux a fait que nous le conservons :

Usez-en. Saluez ces pénates d'argile :
Jamais le Ciel ne fut aux humains si facile ,
Que quand Jupiter même étoit de simple bois;
Depuis qu'on l'a fait d'or, il est sourd à nos voix.
Baucis, ne tardez point, faites tiédir cette onde :
Encor que le pouvoir au désir ne réponde,
Nos hôtes agréeront les soins qui leur sont dus.
Quelques restes de feu sous la cendre épandus
D'un souffle haletant par Baucis s'allumèrents
Des branches de bois sec aussitôt s'enflammérent.
L'onde tiède, on lava les pieds des voyageurs.
Philemon les pria d'excuser ces longueurs :
Et pour tromper l'ennui d'une attente importune,
Il entretint les dieux, non point sur la fortune ,
Sur ses jeux, sur la pompe el la grandeur des rois;
Mais sur ce que les champs, les vergers et les bois
Ont de plus innocent, de plus doux, de plus rare.
Cependant par Baucis le festin se prépare.
La table où l'on servit le champêtre repas
Fut d'ais non façovnės à l'aide du compas:
Encore assure-t-on, si l'histoire en est crue,
Qu'en un de ses supports le temps l'avoit rompue.
Baucis en égala les appuis chancelants
Du débris d'un vieux vase, autre injure des ans.
Un tapis tout usé couvrit deux escabelles:
Il ne servoit pourtant qu'aux fêtes solennelles.
Le linge orné de fleurs fut couvert, pour tout mets,
D'un

peu de lait, de fruits, et des dons de Cérès.
Les divins voyageurs, altérés de leur course ,
Meloient au vin grossier le cristal d'une source.
Plus le vase versoit, moins il s'alloit vidant.
Philémon reconnut ce miracle évident;
Baucis n'en fit pas moins : tous deux s'agenouillèrent ;
A ce signe d'abord leurs yenx se dessillèrent.
Jupiter leur parut avec ces noirs sourcils
Qui font trembler les cieux sur leurs pôles assis.
Grand Dieu , dit Philemon, excusez notre faute :
Quels bumains auroient eru recevoir un tel hôte ?
Ces mels, nous l'avouons, sont peu délicieux :
Mais, quand nous serions rois, que donner à des dieux ?
C'est le cæur qui fait tout: que la terre et que l'onde
Apprêtent un repas pour les maîtres du monde ;
Ils lui préfèreront les seuls présents du caur.
Baucis sort à ces mots pour réparer l'erreur.

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Les dieux sortent enfin, et font sortir leurs hôtes.
De ce bourg, dit Jupin , je veux pupir les fantes:
Suivez-nous. Toi, Mercure , appelle les vapeurs.
O gens durs / vous n'ouvrez vos logis ni vos cours !
Il dit : et les autans troublent déjà la plajne,
Nos deux époux suivoient, ne marchant qu'avec peine;
Un appui de roseau soulageoit leurs vieux ans :
Moitié secours des dieux, moitié peur, se båtants,
Sur un mont assez proche enfin ils arrivèrent.
A leurs pieds aussitôt cent nuages crevèrent.
Des ministres du dieu les escadrons flottants
Entrainerent, sans choix. animaux, habitants,
Arbres, maisons, vergers, toute cette demeure ;
Sans vestiges du bourg, tout disparut sur l'heure.
Les vieillards déploroient ces sévères destins.
Les animaux périr! car encor les humains,
Tous avoient da tomber sous les célestes armes :
Baucis en répandit en secret quelques larmes.
Cependant l'bumble toit devient temple, et ses muss
Changent leur fréle enduit aux marbres les plus durs.
De pilastres massifs les cloisons revêtues
En moins de deux instants s'élèvent jusqu'aux nues;
Le chaume devient or, tout brille en ce pourpris:
Tous ces événements sont peints sur le lambris.
Loin, bien loin les tableaux de Zeusis et d'Apelle !
Ceux-ci furent tracés d'une main immortelle.
Nos deux époux, surpris, élonnés, confondus,
Se crurent, par miracle, en l'Olympe rendus.
Vous comblez, dirent ils, vos moindres créatures:
Aurions-nous bien le caur et les mains assez pures
Pour présider ici sur les honneurs divins,
Et prétres vous offrir les væux des pèlerins ?
Jupiter exauça leur prière innocenie.
Hélas ! dit Philémon, si votre main puissante
Vouloit favoriser jusqu'au bout deux mortels,
Ensemble nous mourrions en servant vos autels.
Clothon feroit d'un coup ce double sacrifice;
D'autres mains nous rendroient un vain triste oblico;
Je ne pleurerois point celle-ci, ni ses yeux
Ne troubleroient non plus de leurs larmes ces lieux.
Jupiter à ce rau sut encor favorable.
Mais oserai-je dire un fait presque incroyable?
Un jour qu'assis tous deux dans le sacré parvis
Ils contoient cette histoire aux pélerins ravis,
La troupe à l'entour d'eux debout prêtoit l'oreille ;
Philémon leur disoit : Ce lieu plein de merveille

N'a pas loujours servi de temple aux immortels
Un bourg étoit autour , ennemi des autels,
Gens barbares, gens durs, habitacle d'impies;
Du céleste courroux tous furent les hosties.
Il ne resta que nous d'un si triste débris :
Vous en verrez tantôt la suite en pos lambris;
Jupiter l'y peignit. En contant ces annales,
Philémon regardoit Baucis par intervalles ;
Elle devenoit arbre, et lui tendoit les bras :
Il veut lui tendre aussi les siens, et ne peut pas.
Il veut parler , l'écorce a sa langue pressée,
L'un et l'autre se dit adieu de la pensée :
Le corps n'est tantôt plus que feuillage et que bois.
D'étonnement la troupe, ainsi qu'eux, perd la voix,
Même instant, même sort à leur fin les entraîne;
Baucis devient tilleul, Philémon devient chène.
On les va voir encore, alin de mériter
Les douceurs qu'en hymen Amour leur fit goûter.
Ils courbent sous le poids des offrandes sans nombre.
Pour peu que des épour séjournent sous leur ombre,
Ils s'aiment jusqu'au bout , malgré l'effort des ans.
Ab! si... Mais autre pari j'ai porté mes présents.
Célébrons seulement cette métamorphose.
De fidèles témoins m'ayant conté la chose ,
Clio me conseilla de l'étendre en ces vers,
Qui pourront quelque jour l'apprendre à l'univers.
Quelque jour on verra chez les races sutures,
Sous l'appui d'un grand nom passer ces aventures.
Vendôme, consentez au los que j'en attends;
Faites-moi triompher de l'Envie et du Temps :
Enchainez ces démons, que sur nous ils n'attentent,
Ennemis des béros et de ceux qui les chantent.
Je voudrois pouvoir dire en un style assez haut,
Qu'ayant mille vertus vous n'avez nul défaut.
Toutes les célébrer seroit ouvre infinie;
L'entreprise demande un plus vaste génie :
Car quel mérite enfin ne vous fait estimer?
Sans parler de celui qui force à vous aimer.
Vousjoignez à ces dons l'amour des beaux ouvrages;
Vous y joignez un goût plus sûr que nos sullrages;
Don du Ciel, qui peut seul tenir lieu des présents
Que nous font à regret le travail et les aps.
Peu de gens élevés, peu d'autres encor même,
Font voir par ces faveurs que Jupiter les aime.
Si quelque enfant des dieux les possède, c'est vous;
Je l'ose dans ces vers soutenir devant tous.
Clio, sur son giron, à l'exemple d'Homère ,
Vient de les retoucher, attentive à vous plaire :
On dit qu'elle et ses scurs, par l'ordre d'Apollon,
Transportent dans Anet tout le sacré vallon :
Je le crois. Puissions-nous chanter sous les ombrages
Des arbres dont ce lieu va border ses rivages!
Puissent-ils tout d'un coup élever leurs sourcils,
Comme on vit autrefois Philémon et Baucis !

LES FILLES DE MINÉE.

SVJET TIL

DES MÉTAMORPHOSES D'OVIDE.

Je chante dans ces vers les filles de Minée,
Troupe aux arts de Pallas dès l'enfance adonnée,
Et de qui le travail lit entrer en courroux
Bacchus, à juste droit de ses honneurs jalous.
Tout dieu veut aux humains se faire reconnoitre :
On ne voit point les champs répondre auxsoiosdumaitre,
Si dans les jours sacrés, autour de ses guérels,
Il ne marche en triomphe en l'honneur de Cérès.

La Grèce étoit en jeux pour le fils de Séméle.
Seules on vit trois sæurs condamner ce saint zèle:
Alcithoé l'ainée, ayant pris ses fuseaux,
Dit aux autres: Quoi done! toujours des dieux nouveaux!
L'Olympe ne peut plus contenir tant de têtes,
Ni l'an fournir de jours assez pour tant de sèles.
Je ne dis rien des yeux dus aux travaux divers
De ce dieu qui purgea de monstres l'univers :
Mais à quoi sert Bacchus, qu'à causer des querelles,
Affoiblir les plus sains, enlaidir les plus belles,
Souvent mener au Styx par de tristes chemins ?
Et nous irons chômer la peste des humains !
Pour moi, j'ai résolu de poursuivre ma tâche.
Se donne qui voudra, ce jour-ci , du relâche;
Ces mains n'en prendront point. Je suis encor d'avis
Que nous rendionsle temps moins long par des récits.
Toutes trois, tour à tour , racontons quelque histoire.
Je pourrois retrouver sans peine en ma mémoire
Du monarque des dieux les divers changements;
Mais, comme chacun sait tous ces événements,
Disons ce que l'Amour inspire à nos pareilles :
Non loutefois qu'il faille, en contant ses merveilles,
Accoutumer nos cæurs à goûter son poison;
Car, ainsi que Bacchus , il trouble la raison.
Récitons-nous les maux que ses biens nous attirent.
Alcitboé se lut, et ses sæurs applaudirent.
Après quelques moments, haussant un peu la voix:

Divisant leurs parents ces deux amants unit,
Et concourut aux traits dont l'Amour se servit.
Le hasard, non le choix, avoit rendu voisines
Leurs maisons , où régnoient ces guerres intestines:
Ce fut un avantage à leurs désirs naissants.
Le cours en commença par des jeux innocents:
La première étincelle eut embrasé leur ame,
Qu'ils ignorvient encor ce que c'étoit que flamme.
Chacun favorisoit leurs transports mutuels;
Mais c'étoit à l'insu de leurs parents cruels.
La défense est un charme : on dit qu'elle assaisonne
Les plaisirs , et surtout ceux que l'Amour nous donne.
D'un des logis à l'autre, elle instruisit du moins
Nos amants à se dire avec signes leurs soins.
Ce léger reconfort ne les put satisfaire ;
Il Callut recourir à quelque autre mystère.
Un vieux mur entr'ouvert séparoit leurs maisons ;
Le temps avoit miné ses antiques cloisons:
Là, souvent de leurs maux ils déploroient la cause;
Les paroles passoient, mais c'étoit peu de chose.
Se plaignant d'un tel sort, Pyrame dit un jour :
Chère Thisbé, le Ciel veut qu'on s'aide en amour;
Nous avons à nous voir une peine infinie ;
Fuyons de nos parents l'injuste tyrannie :
J'en ai d'autres en Grèce; ils se tiendront heureux
Que vous daigniez chercher un asile chez eux ;
Leur amitié, leur bien, leur pouvoir, tout m'invite
A prendre le parti dont je vous sollicite.
C'est votre seul repos qui me le fait choisir ;
Car je n'ose parler , hélas ! de mon désir.
Faut il à votre gloire en faire un sacrifice?
De crainte des vains bruits faut il que je languisse ?
Ordonnez : j'y consens; tout me semblera doux :
Je vous aime , Thisbé, moins pour moi que pour vous.
J'en pourrois dire autant , lui repartit l'amante :
Votre amour étant pure, encor que véhémente,
Je vous suivrai partout ; notre commun repos
Je doit mettre au-dessus de tous les vains propos :
Tant que de ma vertu je serai satisfaite,
Je rirai des discours d'une langue indiscrète ,
Et m'abandonnerai sans crainte à votre ardeur,
Contente que je suis des soins de ma pudeur.
Jugez ce que sentit Pyrame à ces paroles.
Je n'en fais point ici de peintures frivoles :

Dans Thèbes, reprit-elle, on conte qu’autrefois?
Deux jeunes caurs s'aimoient d'une égale tendresse:
Pyrame, c'est l'amant, eut This bé pour maîtresse.
Jamais couple ne fut si bien assorti qu'eux :
L'un bien fait, l'autre belle, agréables tous deux,
Tous deux dignes de plaire, ils s'aimerent sans peine ;
D'autant plus tôt épris, qu'une invincible haine

Et du sang des amants (cignirent par des charmes
Le fruit d'un mūrier proche , et blanc jusqu'à ce jour,
Éternel monument d'un si parfait amour.

Suppléez au peu d'art que le Ciel mit en moi ; Vous-mêmes peignez-vous cet amant hors de soi. Demain, dit-il, il faut sortir avant l'aurore; N'attendez point les traits que son char fait éclore, Trouvez-vous aux degrés du terme de Cérés; Là, nous nous attendrons : le rivage est tout près, Une barque est au bord; les rameurs, le vent même Tout pour notre départ montre une bâte extrême ; L'augure en est heureux , notre sort va changer; Et les dieux sont pour vous , si je sais bien juger. Thi bé consent à tout : elle en donne pour gage Deux baisers, par le mur arrêtés au passage. Heureux muri tu devois servir mieux leur désir; Ils n'obtinrent de toi qu'une ombre de plaisir. Le lendemain Thi bé sort, et prévient Pyrame; L'impatience , hélas ! maîtresse de son ame, La fait arriver seule et sans guide aux degrés. L'ombre et le jour luttoient dans les champs azurés. Une lionne vient, monstre imprimant la crainte ; D'un carnage récent sa gueule est toute teinte. Thisbé fuit ; et son voile, emporté par les airs, Source d'un sort cruel, tombe dans ces déserts. La lionne le voit , le souille , le déchire, Et, l'ayant teint de sang, aux forêts se retire. Thisbé s'étoit cachée en un buisson épais. Pyrame arrive , et voit ces vestiges tout frais. O dieux ! que devient-il ! Un froid court dans ses reines, Il aperçoit le voile étendu dans ces plaines, Il le lève; et le sang, joint aux traces des pas, L'empêche de douter d'un suneste trépas. Thi-bé ! s'écria-t-il, Thisbé, je l'ai perdue! Te voilà , par ma frute, aux enfers descendue! Je l'ai voulu ; c'est moi qui suis le monstre affreux Par qui tu t'en vas voir le séjour ténébreux; Attends-moi, je le vais rejoindre aux rives sombres. Mais m'oserai-je à toi présenter chez les ombres ? Jouis au moins du sang que je le vais offrir, Mulheureux de n'avoir qu'une mort à soufrir. Il dit, et d'un poignard coupe aussitôt sa trame. Thisbé vient : Thisbé voit tomber son cher Pyrame. Que devient-elle aussi ? Tout lui manque à la fois, Les sens et les esprits, aussi bien que la voix. Elle revient enfin ; Clothon, pour l'amour d'elle, Laisse à Pyrame ouvrir sa mourante prunelle. Il ne regarde point la lumière des cieux; Sur Thisbé seulement il tourne encor les yeux. Il voudroit lui parler ; sa lauguc est retenue: Il témoigne mourir content de l'avoir vue. Thisbé prend le poignard ; et découvrant son sein: Je n'accuserai point, dit-elle, ton dessein, Bien moins encor l'erreur de ton ame alarmée : Ce seroit t'accuser de m'avoir trop aimée. Je ne t'aime pas moins : tu vas voir que mon caur Na, non plus que le tien , mérité ec malheur. Cher amant! reçois donc ce triste sacrifice. Sa main et le poignard font alors leur office; Elle tombe, et, tombant , range ses vêtements; Dernier trait de pudeur même aux derniers moments. Les nymphes d'alentour lui donnèrent des larmes,

Cette histoire attendrit les filles de Minée. L'une accusoit l'amant, l'autre la destinée ; Et toutes, d'une voix, conclurent que nos cours De cette passion devroient être vainqueurs. Elle meurt quelquefois avant qu'être contente: L'est-elle; elle devient aussitôt languissante: Sans l'hymen on n'en doit recueillir aucun fruit; Et cependant l'hymen est ce qui la détruit. Il y joint, dit Clymène , une âpre jalousic, Poison le plus cruel dont l'ame soit saisie: Je n'en veux pour témoin que l'erreur de Procris. Alcithoé ma sæur, attachant vos esprits, Des tragiques amours vous a conté l'élite : Celles que je vais dire ont aussi leur mérite. J'accourcirai le temps, ainsi qu'elle , à mon tour. Peu s'en faut que l'hébus de partage le jour ; A ses rayons perçants opposons quelques voiles ; Voyons combien nos inains ont avancé nos toiles. Je veux que, sur la mienne, avant que d'être au soir, Un progrès tout nouveau se fasse apercevoir. Cependant donnez-moi quelque heure de silence : Ne vous rebutez point de mon peu d'éloquence; Souffrez-en les défauts, et songez seulement. Au fruit qu'on peut tirer de cet événement. Céphale aimoit Procris ; il étoit aimé d'elle: Chacun se proposoit leur hymen pour modèle. Ce qu'amour fait sentir de piquant et de dous Combloit abondaminent les væux de ces époux. Ils ne s'aimoient que trop ! leurs soins et leur tendresse Approeboient des transports d'amant et de maîtresse. Le Ciel même envia cette felicité : Céphale eut à combattre une divinite. Il étoit jeune et beau; l'Aurore en sut charmée, N'étant pas à ces biens chez elle accoutumée. Nos belles cacherojent un pareil sentiment : Chez les divinités on en use autrement. Celle-ci déclara son amour à Céphale. Il eut beau lui parler de la foi conjugale : Les jeunes déités qui n'ont qu'un vieil époux, Ne se soumellent point à ces lois comme nous; La déesse enleva ce héros si fidele. De modérer ses feux il pria l'iınmortelle : Elle le fit; l'amour devint simple amitié. Retournez , dit l'Aurore, avec votre moitié : Je ne troublerai plus votre ardeur ni la sienne: Recevez seulement ces marques de la mienne. ( C'étoit un javelot toujours sûr de ses coups. ) Un jour cette Procris qui ne vit que pour vous Fera le désespoir de votre ame charmée, Et vous aurez regret de l'avoir tant aimée. Tout oracle est douteux, et porte un double sens : Celui-ci mit d'abord notre époux en suspens, J'aurai cegret aux væux que j'ai formés pour elle ! Et comment ? n'estce point qu'elle n'est infidèle ?

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Ah! finissent mes jours plutôt que de le voir !
Éprouvons toutefois ce que peut son devoir.
Des mages aussitôt consultant la science,
D'un seint adolescent il prend la ressemblance,
S'en va trouver Procris, élève jusqu'aux cieux
Ses beautés, qu'il soutient être dignes des dieux;
Joint les pleurs aux soupirs, comme un amant sait faire,
Et ne peut s'éclaircir par cet art ordinaire.
Il fallut recourir à ce quei porte coup.
Aux présents : il offrit donna , promit beaucoup,
Promittant, que Procris lui parut incertaine.
Toute chose a son prix. Voilà Céphale en peine :
Il renonce aux cités, s'en va dans les forêts ;
Conte aux vents, conte aus bois ses déplaisir: secrels;
S'imagine en chassant dissiper :on martyre.
C'éloit pendant ces mois où le chaud qu'on respire
Oblige d'implorer l'haleine des zephyrs.
Doux vents, s'écrioit-il, prêtez-moi des soupirs !
Venez, légers démons par qui nos champs fleurissent ;
Aure , fais-les venir, je sais qu'ils t'obéissent :
Ton emploi dans ces lieux est de tout ranimer.
On l'entendit : on crut qu'il venoit de nommer
Quelque objet de ses væux , autre que son épouse.
Elle en est avertie; et la voilà jalouse.
Maint voisin charitable entretient ses ennuis.
Je ne le puis plus voir , dit-elle, que les nuits :
Il aime donc cette Aure, et me quitte pour elle?--
Nous vous plaignons: il l'aime, et sans cesse il l'appelle :
Les échos de ces lieux n'ont plus d'autres emplois
Que celui d'enseigner le pom d'Aure à nos bois;
Dans tous les environs le nom d'Aure résonde.
Profitez d'un avis qu'en passant on vous donne :
L'intérêt qu'on y prend est de vous obliger.
Elle en profite, hélas ! et ne fait qu'y songer.
Les amants sont toujours de légère croyance :
S'ils pouvoient conserver un rayon de prudence,
(Je demande un grand point, la prudence en amours!)
Ils seroient aux rapports insensibles et sourds.
Notre épouse ne fut l'une ni l'autre chose.
Elle se lève un jour ; et lorsque tout repose ,
Que de l'Aube au teint frais la charmante douceur
Force tout au sommeil , hormis quelque chasseur,
Elle chercbe Céphale; un bois l'offre à sa vue.
Il invoquoit déjà cette Aure prétendue :
Viens me voir , disoit-il, chère déesse , accours;
Je n'en puis plus, je meurs: sais que par ton secours
La peine que je sens se trouve soulagée.
L'épouse se pretend par ces mots outragée :
Elle croit y trouver, non le sens qu'ils cachoient,
Mais celui seulement que ressoupçons cherchoient.
O triste jalousie ! ô passion amere!
Fille d'un fol amour, que l'erreur a pour mere!
Ce qu'on voit par tes yeux cause assız d'embarras,
Sans voir encor par eux ce que l'on ne voit pas !
Procris s'étoit cachée en la même retraite
Qu'on faon de biche avoit pour demeure secrète.
Il en sort; et le bruit trompe aussitôt l'épous.
Céphale prend le dard toujours sûr de ses coups,

Le lance en cet endroit, et perce sa jalouse :
Malheureux assassin d'une si chère épouse!
Un cri lui fait d'abord soupçonner quelque erreur ;
Il accourt, voit sa faule ; et, tout plein de fureur,
Du même javelot il veut s'oter la vie.
L'Aurore et les Destins arrêtent cette envie.
Cet ollice lui fut plus cruel qu'indulgent :
L'infortuné mari sans cesse s'afligeant,
Eūt accru par ses pleurs le nombre des fontaines,
Si la déesse enfin , pour terminer ses peines ,
N'eût obtenu du Sort que l'on tranchât ses jours !
Triste fin d'un bymen bien divers en son cours!
Fuyons ce naud, mes saurs, je ne puis trop le dire :
Jugez par le meilleur quel peut être le pire.
S'il ne nous est permis d'aimer que sous ses lois,
N'aimons point. Ce dessein fut prispar toutes trois :
Toutes trois, pour chasser de si tristes pensées,
A revoir leur travail se montrent empressées.
Clymène , en un tissu riche , pénible, et grand,
Avoit presque achevé le fameus différend
D'entre le dieu des eaux et Pallas la savante.
On voyoit en lointain une ville naissante.
L'honneur de la nommer, entre eux deux conteste,
Dépendoit du présent de chaque déité.
Neptune fit le sien d'un symbole de guerre :
Un coup de son trident lit sortir de la terre
Un animal fougueux, un coursier plein d'ardeur.
Chacun de ce présent admiroit la grandeur.
Minerve l'eľaça , donnant à la contrée
L'olivier, qui de paix est la marque assurée.
Elle

emporta le prix, et nomma la cité :
Athène offrit ses yeux à cette déité.
Pour les lui présenter en choisit cent pucelles,
Toutes sachant broder, aussi sages que belles.
Les premières portoient force présents divers;
Tout le reste entouroit la déesse aux yeux pers.
Avec un doux souris elle acceptoit l'hommage.
Clymène ayant enfin reployé son ourrage :
La jeune Iris commence en ces mots son récit :

Rarement pour les pleurs mon talent réussit:
Je suivrai toutefois la matière imposée.
Télamon pour Chloris avoit l'ame embrasée :
Chloris pour Télamon brûloit de son côté.
La naissance, l'esprit , les grâces, la beauté,
Tout se trouvoit en eux, hormis ce que les hommes
Font marcher avant tout dans le siècle où nous somines :
Ce sont les biens, c'est l'or, mérite universel.
Ces amants, quoique épris d'un désir mutuel
N'osoient au blond Hymen sacrifier encore ,
Faute de ce métal que tout le monde adore.
Amour s'en passeroit : l'autre état ne le peut :
Soit raison, soit abus, le Sort ainsi le veut.
Cette loi, qui corrompt les douceurs de la vie,
Fut par le jeune amant d'une autre erreur suivie.
Le démon des combats vint troubler l'univers :
Un pays contesté par des peuples divers
Engagea Télamon dans un dur exercice ;

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