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MIEUX QUE CA.

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Joseph II., empereur d'Allemagne, frère de MarieAntoinette, reine de France, n'aimait ni la représentation ni l'appareil, témoin ce fait: Un jour que, revêtu d'unc simple redingote boutonnée, accompagné d'un seul domestique sans livrée, il était allé, dans une calèche à deux places qu'il conduisait lui-même, faire une promenade du matin aux environs de Vienne, il fut surpris par la pluie, comme il reprenait le chemin de la ville.

Il en était encore éloigné, lorsqu’un piéton, qui regagnait aussi la capitale, fait signe au conducteur d'arrêter, -ce que Joseph II. fait aussitôt.—“Monsieur,” lui dit le militaire (car c'était un sergent), "y aurait-il de l'indiscrétion à vous demander une place à côté de vous ? cela ne vous gênerait pas prodigieusement, puisque vous êtes seul dans votre calèche, et ménagerait mon uniforme que je mets aujourd'hui pour la première fois.”_" Ménageons votre uniforme, mon brave,” lui dit Joseph,“ et mettez-vous là. D'où venez-vous ?" — Ah!” dit le sergent,“ je viens de chez un garde-chasse de mes amis, où j'ai fait un fier déjeuner.”. “Qu'avez-vous donc mangé de si bon ?' « Devinez.” “Que sais-je, moi, une soupe à la bière ?”—“Ah! bien, oui, une soupe ; mieux que ça."

“ De la choucroute ?". “ Mieux que ça."“ Une longe de veau ?". “ Mieux que ça, vous dit-on."

“Oh! je ne puis plus deviner,” dit Joseph.—“ Un faisan, mon digne homme, un faisan tiré sur les plaisirs de Sa Majesté,” dit le sergent en lui frappant sur l'épaule.

“ Tiré sur les plaisirs de Sa Majesté, il n'en devait être que meilleur ?' — " Je vous en réponds.”

Comme on approchait de la ville, et que la pluie tombait toujours, Joseph demanda à son compagnon dans quel quartier il logeait, et où il voulait qu'on le descendit.

Monsieur, c'est trop de bonté...." Non, non," dit Joseph, “ votre rue ?" Le sergent, indiquant sa de. meure, demanda à connaitre celui dont il recevait tant j'honnêtetés

“Ai votre tour,” dit Joseph,“ devinez.'

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DIX MILLE LIVRES DE RENTE.

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16. Mieux que

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“ Monsieur est militaire, sans doute ?"

« Comme dit Monsieur." - -“ Lieutenant ?” – “Ah! bien oui, lieutenant; mieux que ça.”- Capitaine ?”. ça.'

“ Colonel, peut-être ?" “ Mieux que ça, vous dit-on." " Comment !” dit l'autre en se rencognant auss,tôt dans la calèche, “seriez-vous feld-maréchal ?"

“ Mieux que ça.” “Ah! c'est l'Empereur !". · Lui-même," dit Joseph. Il n'y avait pas moyen de tomber à genoux dans la voiture ; le sergent se confond en excuses et supplie l'Empereur d'arrêter pour qu'il puisse descendre.—“Non pas,” lui dit Joseph ; " après avoir mangé mon faisan, vous seriez trop heureux de vous débarrasser de moi aussi promptement ; j'entends bien que vous ne me quittiez qu'à votre porte.” Et il l'y descendit.

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DIX MILLE LIVRES DE RENTE.

QUAND j'avais dix-huit ans, j'allais, durant la belle saison, passer la journée du dimanche à Versailles, ville qu'habitait ma mère. Pour m'y transporter, j'allais presque toujours à pied, rejoindre sur cette route une des petites voitures qui en faisaient alors le service.

En sortant des barrières, j'étais toujours sûr de trouver un grand pauvre qui criait d'une voix glapissante : La charité, s'il vous plaît, mon bon Monsieur ! De son côté, il était bien sûr d'entendre résonner dans son chapeau une grosse pièce de deux sous.

Un jour que je payais mon tribut à Antoine,—c'était le nom de mon pensionnaire—il vint à passer un petit monsieur poudré, sec, vif, et à qui Antoine adressa son mémento criard : La charité, s'il vous plait, mon bon Monsieur! Le passant s'arrêta, et, après avoir considéré quelques moments le pauvre : “ Vous me paraissez,” lui ditis, “ intelligent et en état de travailler : pourquoi faire un si vil métier ? Je veux vous tirer de cette triste situation et vous donner dix mille livres de rente." Antoine se mit à rire et moi aussi. “ Riez tant que vous le voudrcz," l'eprit le monsieur poudré,“ mais suivez nies conseils, et

vous acquerrez ce que je vous promets. Je puis d'ailleurs vous prêcher 'd'exemple : j'ai été aussi pauvre que vous : mais, au lieu de mendier, je me suis fait une hotte avec un mauvais panier, et je suis allé dans les villages et dans les villes de province, demander, non pas des aumônes mais de vieux chiffons qu'on me donnait gratis et que je revendais ensuite, un bon prix, aux fabricants de papier. Au bout d'un an, je ne demandais plus pour rien les chiffons, mais je les achetais, et j'avais en outre une charrette et un âne pour faire mon petit commerce.

Cinq ans après, je possédais trente mille francs, et j'épousais la fille d'un fabricant de papiers, qui m'associait à sa maison de commerce peu achalandée, il faut le dire ; mais j'étais jeune encore, j'étais actif, je savais travailler et m'imposer des privations. A l'heure qu'il est, je possède deux maisons à Paris, et j'ai cédé ma fabrique de papier à mon fils, à qui j'ai enseigné de bonne heure le goût du travail et de la persévérance. Faites comme moi, l'ami, et vous deviendrez riche comme moi.”

Là-dessus, le vieux monsieur s'en alla, laissant Antoine tellement préoccupé, que deux dames passèrent sans entendre l'appel criard du mendiant: La charité, s'il vous plaît.

En 1836, pendant mon séjour à Bruxelles, j'entrai un jour chez un libraire pour y faire emplette de quelques livres. Un gros et grand monsieur se promenait dans le magasin et donnait des ordres à cinq ou six commis. Nous nous regardâmes l'un l'autre comme des gens qui, sans pouvoir se reconnaître, se rappelaient cependant qu'ils s'étaient vus autrefois quelque part. “Monsieur," me dit à la fin le libraire, " il y a vingt ans, n'alliez-vous pas souvent à Versailles, le dimanche ?"_" Quoi ! Antoine, c'est vous !" m'écriai-je.—“Monsieur," répliqua-til,“ vous le voyez, le vieux monsieur poudré avait raison ; il m'a donné dix mille livres de rente."

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ENTREE DANS LE MONDE.

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ENTREE DANS LE MONDE.

PAR ALEXANDRE DUMAS.

nous

I. Je venais d'avoir vingt ans lorsque ma mère entra un matin dans ma chambre, m'embrassa en pleurant, et nie dit: “ Mon ami, je viens de vendre tout ce que nous avions pour payer nos dettes.”_"Eh bien, ma mère ?” _.“ Eh bien, mon pauvre enfant, nos dettes payées, il reste 253 francs.”—

L" De rente ?...”—Ma mère sourit tristement.—“ En tout ?...” repris-je.—“En tout.” —“Eh bien, ma mère, je prendrai ce soir, les 53 francs, et je partirai pour Paris.”—“Qu'y feras-tu, mon pauvre ami ?"_“ J'y verrai les amis de mon père, le duc de Bellune, ministre de la guerre ; Sébastiani aussi puissant de son opposition que les autres de leur faveur. Mon père, plus ancien qu'eux tous comme général, et qui a commandé en chef quatre armées, les a vus presque tous sous ses ordres. Nous avons là une lettre de Bellune qui constate que c'est à mon père qu'il redoit sa faveur près de Bonaparte ; une lettre de Sébastiani, qui le reniercie d'avoir obtenu qu'il fit partie de l'armée d'Egypte ; des lettres de Jourdan, de Kellermann, de Bernadotte même. Eh bien, j'irai jusqu'en Suède, s'il le faut, trouver le roi et faire un appel à ses souvenirs de soldat.”—“ Et moi, pendant ce temps-là, que deviendrai je ?”_" Tu as raison; mais sois tranquille, je n'aurai pas besoin de faire d'autre voyage que celui de Paris. Ainsi ce soir je pars.”

“ Fais ce que tu voudras," me dit ma mère en m'embrassant une seconde fois ; “ c'est peut-être une inspiration de Dieu.” Et elle sortit. Je sautai à bas de mon lit, plus fier qu'attristé des nouvelles que je venais d'appren dre. J'allais donc, à mon tour, être bon à quelque chose, rendre à ma mère, non pas les soins qu'elle m'avait prodigués, c'était impossible, mais lui épargner ces tourments journaliers que la gêne traine après elle, assurer par mon travail ses vieilles années ; j'étais donc un homme, puisque l'existence d'une femme allait reposer sur moi. Mille projets, mille espoirs me traversaient l'esprit : d'ailleurs il était impossible que je n'obtinsse pas tout ce que je

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le moindre mouvement qu'il eût fait
réveil, ne pouvait manquer de le pre
entre mes mains ; j'ai pris soin de l'e
cautions convenables, et l'ai tiré de
"Ah! mon fils," s'écria le bon père
l'embrassant tendrement, “ c'est à toi
le diamant est dû."

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AMITIÉ DE COLLE Les deux classes de l'école de We n'étaient séparées que par un rideau par hasard. Comme cet enfant était timide, il tremblait de la tête aux pied châtiment qui lui serait infligé par u être très rigide. Un de ses camarena lui promettant de se charger de sa fer ce que réellement il fit. Cet éco voyez, avait du courage, et savait faveur de l'amitié. Je blâmerais for eu la lâcheté de laisser punir son la suite il n'eût bien réparé cette fan

Lorsque ces deux écoliers fur d'homme, il y eut en Angleterre u versa le gouvernement, et qui divi prirent le parti du roi, et les autre on forma des armées de part et avec fureur.

Dans une affaire, prisonniers plusieurs des officier aussitôt des juges pour faire le Parmi ces juges se trouva l'écolie sous la bannière du parlement; devaient être condamnés à mort, qui s'était dévoué au roi. L'écolti cer le nom de son ami, qu'il n'a il le considère avec attention, cro par des questions sages qu'il ne Ho découvrir lui-même, prend avec

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