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LES ANCIENS PERUVIENS

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La nature a peuplé le Mexique de charmnants oiseauxmouches dont le plumage a un reflet métallique, ainsi que d'autres oiseaux de toutes couleurs. Les Mexicains enluminaient un dessin tracé sur une feuille d'aloès, en y appliquant les parties les plus fines du plumage d'oiseaux, et en exprimant ainsi toutes les nuances de couleurs.

Ils avaient érigé des pyramides semblables à celles d'Egypte, et ils avaient construit des temples dignes d'un grand peuple.

Les Mexicains avaient des connaissances assez exactes de la révolution des astres : ils parlaient une langue douce et riche; au lieu de l'écriture, ils employaient des peintures hiéroglyphiques, c'est-à-dire qu'ils peignaient les choses par des figures, au lieu de les exprimer par des mots. Au lieu de monnaie, ils se servaient de noix de cacao, parce que cette production est commune dans le Mexique. On sait que dans l'Inde on paie en petits coquillages. Comme les monnaies ne servent qu'à représenter la valeur des choses, il est assez indifférent qu'on y emploie telle ou telle matière ; seulement il faut donner la préférence aux matières qui se transportent facilement, et qui ne sont pas sujettes à l'altération : sous ce rapport, les monnaies usitées dans les pays civilisés ne laissent rien à désirer.

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LES ANCIENS PÉRUVIENS. LES Péruviens, ou habitants du Pérou, étaient comme les Mexicains, assez avancés dans les arts et les sciences; et ils avaient de plus une douceur de caractère qui manquait aux habitants du Mexique. Le soleil était l'objet principal de leur adoration. Les ruines du fort de Cusco, où résidait leur inca ou roi, excitent encore l'admiration par les pierres énormes qui y ont été employées. Ce sont des murs gigantesques qu’on n'a pu élever sans des machines ingénieuses, ou du moins sans une très grande patience. L'or et l'argent abondaient chez eux, mais c'était aussi leur seule richesse. Le Pérou est un pays générale

ment stérile, dont le sol n'a pu être amélioré depuis plusieurs siècles, malgré le soin des Européens.

Ce sont partout des mines de métaux que l'on n'exploite pas sans de grandes peines et sans danger pour la santé : les Européens et les Nègres y périssent. Les Péruviens seuls sont en état d'y résister, à cause de l'habitude qu'ils ont de vivre dans un air chargé des exhalaisons des mines. Ainsi le Pérou, pour être le dépôt de l'or et de l'argent, n'en est pas plus heureux que d'autres pays. S'il est riche en métaux, il est pauvre sous d'autres rapports, et ce pays qui a tant d'or n'a pas assez de blé pour le pain qu'il consomme.

Voilà comme la Providence répand d'une manière à peu près égale le bien et le mal dans les diverses contrées de la terre. A côté des avantages, on voit toujours des inconvénients, et les maux sont toujours adoucis par le bien qui vient s'y joindre. Les Espagnols, éblouis par l'éclat de l'or et de l'argent, assaillirent avec une avidité honteuse les paisibles Péruviens, les subjuguèrent, s'emparèrent de leurs trésors et fouillèrent leurs mines. Mais qu'y ont-ils gagnés ? Par l'abondance de l'or et de l'ar gent le prix de ces métaux diminua en Europe, tandis que celui des marchandises haussa rapidement. Les Espagnols négligèrent leur beau pays, pour courir au Pérou ; la plupart y trouvèrent leur tombeau ou la misère: les Péruviens disparurent peu à peu ; le pays se dépeupla et s'appauvrit malgre ses mines; enfin, l'Espagne perdit le Pérou comme le Mexique. L'injustice s'est punie elle-même; mais elle a causé la ruine d'un peuple doux et paisible, dont la religion était à la vérité infectée d'erreurs grossières, mais il eût été aisé de lui faire goûter les avantages du christianisme et de la civilisation, sans employer la violence, et de faire avec lui un commerce aussi avantageux aux Péruviens qu'aux Espagnols.

LES GAULOIS ET LES FRANCS. Avez-vous lu quelques relations des voyageurs qui oni visité les pays sauvages du nouveau monde, qui ont aperçu les grossières peuplades, errantes dans ses vastes soli

LES GAULOIS ET LES FRANCS.

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ludes ? Eh bien ! notre terre de France, aujourd'hui, si fertile et si belle, ne fut pas jadis moins inculte que

les savanes de l'Amérique. Là où des moissons aux épis dorés, des vignobles aux pampres verdoyants sourient maintenant à nos regards, il n'y avait, alors, que marais insalubres, que noires forêts de chênes dont les glands formaient la principale nourriture de quelques hordes barbares. Ces hordes furent nos premiers ancêtres. Peu à peu le génie de la civilisation qui n'est autre chose

que

l'e désir du mieux réveillé chez l'homme par ses besoins, sans cesse multipliés, éclaircit ces forêts, défricha quelques champs, construisit des huttes, puis des maisons, les groupa sur le bord des fleuves, et, lorsque le grand César, à la tête de ses légions romaines, descendit les Alpes, pour conquérir la vaste contrée qu'on appelait alors les Gaules, il y trouva des peuples régulièrement organisés, avec leurs dieux, leurs lois, leurs chefs, et leurs villes.

C'était déjà une vertu commune parmi les Gaulois, que l'amour de la patrie et de l'indépendance. Aussi la tâche du conquérant ne fut pas facile, il y eut une guerre acharnée et longue avant qu'il pût réduire la Gaule au rang de simple province romaine. Quelques siècles se passèrent. La tyrannie des Empereurs et la corruption des meurs allaient toujours croissant. Tout à coup des nuées de barbares, chassés de l'Asie et du nord de l'Europe par l'amour du pillage et par la faim se ruèrent sur les riches

pays

dont Rome était le centre et la capitale. Longtemps ils furent en proie aux gigantesques luttes de ces guerriers qui, apres avoir terrassé de concert la puissance romaine, tournèrent leurs armes les uns contre les autres. Mais enfin, de guerre lassé, chacun se reposa sur la terre qui se trouva le plus à portée de sa convenance. Gaule échut aux peuples Francs, qui, se mêlant peu à peu avec les indigènes, adoptèrent plus tard leur religion, c'est-à-dire le christianisme, que de saints apôtres y avaient déjà propagé. Clovis fut le premier roi franc, qui reçut le baptême dans les murs de Reims, et par les mains de l'évêque Remi. Ce fut lui aussi qui, le premierétendit sa domination sur la plus grande port'on du ter• ritoire, qui forme aujourd'hui la France.

La

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que je sache à quoi vous êtes bon.”—“Oh! pas à grand'. chose.”--- Voyons, que savez-vous ? un peu de mathéma. tiques ?”... Non, général.”—“ Vous avez au moins quelques notions d'algèbre, de géométrie, de physique ?"... Il s'arrêtait entre chaque mot, et à chaque mot je sentais la sueur me couler sur le front.-—"Non, général,” répondis-je en balbutiant.

Il s'aperçut de mon embarras.- -“ Vous avez fait votre droit ?”—“Non, général.”—

L" Vous savez le latin et le grec ?”—“Un peu.”- _" Parlez-vous quelques langues vivantes ?”—“L'italien assez bien, l'allemand assez mal.”—“ Je verrai à vous placer chez Laffitte alors. Vous vous entendez en comptabilité ?”—“Pas le moins du monde._0 général !” lui dis-je, “mon éducation est faussée; mais je la referai, je vous en donne ma parole d'honneur.” -“ Mais, en attendant, mon ami, avez-vous de quoi vivre ?”—“ Oh! je n'ai rien,” répondis-je, écrasé par le sentiment de mon impuissance.- -" Donnez-moi votre adresse," dit-il ; "je réfléchirai à ce qu'on peut faire de vous.”- J'écrivis.—“Nous sommes sauvés ; vous avez une belle écriture.”—Je laissai tomber ma tête entre mes deux mains.-Le général Foy continua sans s'apercevoir de ce qui se passait en moi.—“Ecoutez, je dine aujourd'hui chez le duc d'Orléans, je lui parlerai de vous.-Faites une pétition.”—J'obéis; puis il la plia après y avoir écrit quelques lignes en marge, la mit dans sa poche, et, me tendant la main en signe d'amitié, m’invita à déjeuner le lendemain avec lui. Rentrant à mon hôtel, j'y trouvai une lettre du ministre, qui, n'ayant pas le temps de me recevoir, m’invitait à lui exposer par écrit le sujet de ma demande. Je lui répondis que l'audience que je lui avais demandée n'avait pour but que de lui remettre l'original d'une lettre de remercîment qu'il avait écrite à mon père, son général en chef; mais que, ne pouvant le voir, je me contentais de lui en envoyer la copie.-Le lendemain je m'acheminai vers l'hôtel du général Foy, mon seul esnoir.

--" Eh bien,” me dit-il avec une figure riante, “ votre affaire est faite, vous entrez au secrétariat du duc d'Orléans, comme surnuméraire, aux appointements de 1,200 fr.; ce n'est pas grand'chose, mais c'est à vous de bien travailler." ~“C'est une fortune. Et quand serai-je installé ?”—“ Au:

ATHALIE ET JOAS.

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jourd'hui même, si vous voulez.”—"Permettez-vous que j'annonce cette bonne nouvelle à ma mère ?"_" Oui. Mettez-vous là.”—Je lui écrivais de vendre tout ce qui nous restait et de venir me rejoindre ; lorsque j'eus fini, je me retournai vers le général ; il me regardait avec une expression de bonté inexprimable. Je lui sautai au cou ot l'embrassai. Il se mit à rire.

ATHALIE ET JOAS.

ATHALIE. Comment vous nommez-vous ?
JOAS.

J'ai nom Eliacin.
Ath. Votre père ?
Joas.

Je suis, dit-on, un orphelin,
Entre les bras de Dieu jeté dès ma naissance,
Et qui de mes parents n'eus jamais connaissance.

Ath. Vous ētes sans parents !
Joas.

Ils m'ont abandonné.
Ath. Comment ? et depuis quand ?
Joas.

Depuis que je suis né.
Ath. Ne sait-on pas au moins quel pays est le vôtre ?
Jo. Ce temple est mon pays, je n'en connais point d'autre.
Ath. Où dit-on que le sort vous a fait rencontrer ?
Joas. Parmi des loups cruels prêts à me dévorer.
Arh. Qui vous mit dans ce temple ?
Joas.

Une femme inconnue, Qui ne dit point son nom, et qu'on n'a point revue.

At. Mais de vos premiers ans quelles mains ont pris soin?

Johs. Dieu laissa-t-il jamais ses enfants au besoin ?
Aux petits des oiseaux il donne leur pâture,
Et sa bonté s'étend sur toute la nature.
Tous les jours je l’invoque, et, d'un soin paternel,
Il me nourrit des dons offerts sur son autel.
Arh.

Quel est tous les jours votre emploi ?
Joas. J'adore le Seigneur; on m'explique sa loi.
Dans son livre divin on m'apprend à la lire,
Et déjà de ma main je commence à l'écrire.

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